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Sujet Histoire Date 24-05-2007
Titre Les anges et les démons judéo-chrétien et islamique Section Société
Article

Sommaire

1. Les anges judéo-chrétien et islamique
1.1 Le bien et le mal
1.2 Les anges
1.3 Les anges dans la Bible
1.4 Les archanges
1.5 Les anges gardiens
1.6 Représentation des anges
1.7 Le Paradis
1.8 Les anges de la Kabbale
1.9 L’ange du jour de naissance
1.10 Les anges de l’Islam
2. Les démons judéo-chrétien et islamique
2.1 Les démons
2.2 Le dragon
2.3 Les démons babyloniens
2.4 Les démons de la Bible et de la kabbale
2.5 La hiérarchie infernale
2.6 L’Enfer
2.7 Simon le magicien - Ménandre
2.8 Les basilidiens - Abrasax
2.9 Ophites et caïnites
2.10 Évangile de Judas
2.11 La création selon les carpocratiens
2.12 Manichéens, priscillianistes, pauliciens, bogomiles et cathares
2.13 Les démons du manichéisme
2.14 Les messaliens
2.15 Les démons de l’Islam
3. Textes et Encartés
3.1 Table des matières des sujets


Avant-propos

Mythe, légende ou réalité, la culture des anges et des démons préfigure les caractères humains. De tout temps l’homme inventa des Dieux, accepter l’existence de Dieu est logiquement accepter l’existence du Diable dans le principe judéo-chrétien et islamique.

Les anges et les démons ne sont-ils pas l'expression archaïque des méandres psychologiques humains ? Le lecteur en sera seul juge !

Je tiens à saluer le remarquable travail d'historien de son auteur, ce texte est extrait d’un texte plus complet : « Les anges et les démons » du Site Web Compil Histoire.

Eric - Infologisme.com


1. Les anges judéo-chrétien et islamique
1.1 Le bien et le mal Début de page

Le Bien et le Mal, ces forces antagonistes qui s’affrontent dans l’Univers, sont des contraires qui ne peuvent exister l’un sans l’autre : la lumière et les ténèbres, la vie et la mort, l’amour et la haine, le plaisir et la douleur, les rires et les pleurs, la beauté et la laideur, le positif et le négatif, l’endroit et l’envers, le côté droit et le côté gauche, la matière et l’antimatière, etc.

Le mazdéisme ou parsisme, religion des anciens iraniens, oppose Ahura Mazda (ou Ormuzd), le dieu du Bien, à Ahriman, le dieu du Mal.

Selon Zoroastre, tout le Bien procède des émanations de Ahura Mazda qui lui donnent forme et existence : Spenta Mainyu (l’Esprit saint, la force créative) prend 6 aspects différents (3 masculins et 3 féminins). Ces aspects deviennent 6 dieux différents (Bon Esprit, Vérité, Pouvoir, Dévotion, Santé et Vie), puis leur nombre s’accroît : par exemple avec Mithra, le dieu du Soleil. Tout ce qui est Mauvais provient du mauvais jumeau de Spenta Mainyu, Angra Mainyu (Esprit Diabolique ; en persan Ahriman) et de ses assistants.

Les mithraïstes se représentaient la fin du monde comme une conflagration universelle, la victoire totale du Bien sur le Mal après un combat qui a fait la texture même de l’existence.

De nombreuses sectes gnostiques comme les messaliens et les manichéens prétendaient que Satan était le créateur du monde matériel. Ce monde matériel était essentiellement mauvais puisque il avait été créé par le Mal. L’Esprit du Bien finirait par l’emporter sur la matière corrompue et corruptrice.

La doctrine fondamentale du manichéisme est sa division dualiste de l’Univers, divisé en royaumes du Bien et du Mal : le royaume de Lumière (esprit) où règne Dieu, et le royaume des Ténèbres (matière) où règne Satan. A l’origine, les deux royaumes étaient complètement séparés, mais à la suite d’une catastrophe, le royaume des Ténèbres envahit le royaume de Lumière ; ils se mélangèrent et entamèrent une lutte perpétuelle.

Les cathares croyaient que toute l’existence était déterminée par la lutte entre 2 dieux : le dieu de la Lumière, de la Bonté et de l’Esprit, généralement associé à Jésus-Christ et au Dieu du Nouveau Testament, et le dieu du Mal, de l’Obscurité et de la Matière, associé à Satan et au Dieu de l’Ancien Testament.

Dans le symbolisme chrétien, le Bien et le Mal sont personnifiés respectivement par la sainte Trinité et par Satan le père de la tromperie ; des récompenses sont promises à ceux qui font le bien, alors que des tourments éternels attendent ceux qui font le mal.

L’idée orientale de karma, suggère des condamnations moins tranchées : chaque être vivant dispose d’un nombre illimité de chances pour parvenir à sa libération.

La plupart des traditions ésotériques rejettent l’idée d’un Mal et d’un Bien absolus et opposés, et enseignent que toute action est à la fois bonne et mauvaise.

Dans le symbole chinois du taiji, l’union du yang (clair, masculin, céleste) et du yin (sombre, féminin, terrestre) représente l’équilibre des contraires nécessaire pour qu’apparaisse le monde des formes. Chacun n’existe que par rapport à l’autre, dont il porte en lui l’embryon, et peut se transformer en son inverse.

A l’origine, le daimon grec (daemon) est un génie, ni bon ni mauvais (quand il est mauvais, on le nomme cacodémon « mauvais démons »), tel le Géant Vert des traditions celtes (dangereux mais positif quand on arrive à le maîtriser) et le djinn (génie) islamique ; il désigna plus tard un dieu inférieur, puis un esprit malfaisant.

Pour beaucoup de populations primitives, les démons sont les âmes des défunts, génies tutélaires ou redoutables, intermédiaires entre les dieux immortels et les hommes vivants, mais mortels. Un génie est attaché à chaque homme et joue le rôle de conseiller secret. Il y a un démon intérieur qui joue parfois à l’ange gardien et la foule des démons, êtres innombrables, tourbillonnant partout pour le meilleur et pour le pire.

Avant de créer les hommes et l’univers matériel, Dieu avait créé une multitude d’esprits purs, doués d’une intelligence incomparablement supérieure à la nôtre : les anges.

Mais cette perfection fut leur plus grande épreuve : elle fascina certains anges qui refusèrent alors d’adorer et de se soumettre à Dieu Tout Puissant, leur fin dernière, leur béatitude.

Lucifer, nom qui signifie « porteur de lumière », le plus beau de tous les esprits purs, un séraphin ou un chérubin, prit la tête de cette révolte : il voulait être heureux en lui-même par ses propres forces.

Tout au moins, il voulait mériter strictement cette béatitude que Dieu lui donnerait alors comme un salaire.

Il voulait ne rien tenir du Créateur et, tout en étant maître des autres créatures, se soustraire à la règle imposée par le Supérieur de toutes choses.

« C’est vouloir commander et ne pas obéir, et en cela consiste le péché d’orgueil ; aussi a-t-on raison de dire que le premier péché du démon fut l’orgueil ». (saint Thomas)

Jésus déclare : « Il (le Diable) a été homicide dès le commencement, et n’est point demeuré dans la vérité, parce qu’il n’y a point de vérité en lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, car il est menteur et père du mensonge. » (Jean 8,44)

Pour Zoroastre, c’est l’un des fils d’Ahura Mazda, Ahriman, qui a opté pour le mal.

L’Islam considère Iblis (Lucifer, Satan, le Diable) comme chef des démons. Seul ange à avoir refusé de se prosterner devant Adam après que Dieu l’eût créé de l’argile, il fut maudit par Allah qui le laissa libre de tenter les faibles.

Des théologiens chrétiens disent que les anges furent éprouvés par la révélation de l’Incarnation de la deuxième Personne de la Sainte Trinité (Jésus-Christ, Fils de Dieu).

En effet pour ces purs esprits, il était inconcevable de s’abaisser devant un homme, créature infirme et débile en comparaison de leurs facultés angéliques prodigieuses.

De plus, ils allaient devoir reconnaître pour reine (Regina angelorum « Reine des anges ») une femme, la Vierge Marie, qui ne pouvait comme Jésus-Christ se prévaloir de la nature divine. Lucifer devint Satan, l’adversaire, entraînant le tiers des siens à sa suite.

L’archange Michel se porta au combat avec les milices célestes et, au cri de « Qui est comme Dieu ? », remporta la première bataille de la création.

Depuis, le combat n’a cessé de faire rage entre les forces de l’enfer et les armées célestes, ayant pour enjeu la perte ou le salut des âmes.

Tous des Anges ?

Il existe une théorie selon laquelle :

- une fraction des anges choisit de soutenir Lucifer.
- une autre suivit Michel et resta fidèle à Dieu
- une autre n’osa pas prendre parti. Ces esprits lâches ou indécis furent emprisonnés par Dieu dans des corps humains, afin que, disposant de leur libre arbitre, ils choisissent enfin leur camp...

« Écoutons la fin du discours : Crains Dieu et observe ses commandements. C’est là ce que doit faire tout homme. Car Dieu amènera toute œuvre en jugement, au sujet de tout ce qui est caché, soit bien, soit mal » (Ecclésiaste, 12,13 ou 12,15 ; 12,14 ou 12,16)

« Quand on affirme que Dieu est au-delà de l’opposition entre le bien et le mal, cela signifie, non que pour Dieu le mal n’existe pas en tant que tel, mais que Dieu voit les choses sous tous les rapports les concernant et que par conséquent le mal n’est pour Dieu qu’un aspect fragmentaire, provisoire et tout extrinsèque d’un bien qui le compense et finalement l’anéantit. » (Frithjof Schuon, Le jeu des masques, p. 38)

1.2 Les anges Début de page

La croyance aux anges, c’est-à-dire à des êtres supérieurs à la nature humaine, n’est pas particulière au judaïsme, au christianisme et à l’islam. Elle tient une grande place dans les théories religieuses de l’Inde, de la Chine, de l’Égypte et de la Perse ; en un mot, c’est une des croyances générales de l’humanité.

Le nom des anges (hébreu maleak, grec aggelos, latin angelus) n’est pas un nom de nature mais un nom de fonction : il signifie « messager ».

Les anges sont de purs esprits « destinés à servir, envoyés en mission pour le bien de ceux qui doivent hériter du salut ». (Hébreux 1,13-14)

L’Ancien Testament les appelle : beney ’elohim, « Fils de Dieu » (Job 1,6), beney ’elim, « êtres appartenant au monde divin » (Psaumes 29,20), « saints » (Ps 89,6 et Daniel 8,13), « fils du Très Haut » (Ps 82,6), « forts » (Ps 78,25), « sublimes » (Job 21,22), « vaillants » (Ps 103,20), « veilleurs » (Daniel 4,10), « armée de Yahvé » (Josué 5,14), « armée du ciel » (I Rois 22,19).

Que l’on se situe dans la religion grecque ancienne, dans le judaïsme, dans le christianisme, ou dans l’islam, ce sont des anges, messagers divins envoyés aux humains pour les instruire, les informer ou leur donner des ordres, qui jouent le rôle d’intermédiaires entre l’homme et le divin. Il existe une équivalence symbolique et fonctionnelle entre les messagers de l’autre monde celtique, qui se déplacent souvent sous la forme de cygnes, et les anges du christianisme, qui portent des ailes de cygnes.

Ce sont des êtres où l’énergie l’emporte sur la matière et qui revêtent, selon la nature des missions qui leur sont confiées, les formes les plus différentes. Ils se déplacent librement dans l’espace sans être le moins du monde soumis à la pesanteur, peuvent être visibles ou invisibles mais disposent aussi d’un « support » matériel suffisamment solide pour soulever, par exemple, la lourde pierre qui fermait le tombeau du Christ. Clément d’Alexandrie, Tertullien, Origène, etc., les croyaient revêtus de corps très subtils.

« Comparés à nos corps, les anges sont des esprits. Comparés à Dieu, ce sont des corps », a dit Grégoire le Grand. Ce qui est certain, c’est qu’on ne saurait juger l’apparence des anges d’après leurs seules manifestations terrestres : celles-ci sont tout aussi illusoires et éphémères que celles des démons. Plus libres et plus puissants que les hommes, les anges sont cependant soumis au divin.

A plusieurs reprises, l’Église a affirmé que ces créatures étaient immatérielles (sans corps), incorruptibles et immortelles.

Le débat sur le sexe des anges est dû à l’interprétation des passages des évangiles de Matthieu (22,30), Marc (12,25), Luc (20,35-36) où le Christ déclare qu’après la Résurrection, les saints seront sans époux, sans épouses et « comme les anges de Dieu ».

Selon Justin, (+ 165) qui est un des principaux auteurs à parler du culte des anges, ceux-ci, en dépit de leur nature spirituelle, possèdent un corps analogue au corps humain. Bien entendu, leur nourriture est sans rapport avec celle des humains : ils sont nourris dans les cieux.

Pour Justin, le péché des anges consiste dans leurs rapports sexuels avec les femmes appartenant à la race humaine. Leurs enfants sont appelés démons.

Les angéliciens ou angéliques ou angélites, hérétiques angélolâtres du IIIe siècle, entendent vivre aussi purement que les anges auxquels ils rendent un culte (selon Augustin, + 430) et/ou croient qu’on ne peut parvenir à Dieu que par l’entremise des anges (selon Epiphane, + 496).

Un ange peut faire office de gardien, de protecteur, en tant que guerrier céleste et même puissance cosmique. Les anges sont des puissances personnifiées. Echappant à notre perception ordinaire, ils constituent un monde mystérieux. Jamais leur existence ne fait problème dans la Bible. Cependant, la ligne qui sépare le bon ange du mauvais (ou démon) est parfois floue...

Le folklore angélique connut un développement extraordinaire dans le judaïsme et le christianisme, notamment parce qu’il perpétua l’ancienne pratique consistant à absorber les dieux des religions polythéistes en les transformant en anges.

Bien que la croyance dans les anges soit largement reconnue par la Bible, certains théologiens pensent que la référence aux anges fut adoptée par les écrivains bibliques à la fois comme outil littéraire pour personnifier la présence divine et comme moyen de reléguer à l’arrière-plan les dieux des religions polythéistes.

Le Créateur étant trop grand ou trop lointain pour s’occuper directement de choses mesquines, les anges sont chargés de révéler aux hommes les secrets divins concernant la Terre et le Ciel (Enoch éthiopien 60,11). L’Apocalypse de Paul, écrit apocryphe qui aurait été découvert dans la maison de l’apôtre au IVe siècle, leur donne la responsabilité de guider les âmes vers le Ciel.

Ainsi, il est permis de penser que le dieu rencontré près du puits appelé Lahaï Roï, qui fait à Agar au nom de Yahweh la promesse d’une nombreuse descendance, n’est qu’un ange (Genèse, 16, 7 15). Car il n’y a qu’un Dieu : « Je suis Yahweh, sans égal. Moi excepté, il n’y a pas de dieu. » (Isaïe, 45, 5)

Les anges sont très nombreux. « Mille milliers servaient Dieu et une myriade de myriades se tenaient devant lui » (Daniel 7, 10). Car « les saints de Dieu ne suffisent pas à annoncer la grandeur de ses merveilles » (Ecclésiastique, 19, 17).

Ravis jusqu’au pied du trône de l’Eternel, Daniel et saint Jean parlent d’Anges par millions de milliers, et David, chantant sur sa harpe le triomphe du Seigneur, nous montre le char de Dieu escorté d’un nombre incalculable d’esprits bienheureux.

Saint Denis (pape, +268) assure que le nombre des Anges est supérieur à toutes les créatures visibles, c’est-à-dire aux grains de sable du rivage de la mer, aux brins d’herbe des prairies, aux étoiles qui peuplent les immensités des espaces.

L’essentiel de la pensée de sainte Hildegarde de Bingen (+1179), l’abbesse visionnaire, réside dans le combat entre le Christ et le prince de ce monde, au cœur d’un cosmos conçu comme une symphonie invisible. « Cette multitude des anges a une raison d’être qui est liée à Dieu plus qu’à l’homme et elle n’apparaît aux hommes que rarement. Certains anges, cependant, qui sont au service des hommes, se révèlent par des signes, quand il plaît à Dieu. » (Sainte Hildegarde - Le livre des œuvres divines)

Saint Thomas d’Aquin (+1274) enseigne que les Anges surpassent incomparablement en nombre les substances matérielles : « Ce que Dieu a principalement en vue dans la création des choses, c’est la perfection de l’univers : plus une chose est parfaite dans la nature, plus elle doit être multipliée. Comme dans les corps l’excellence se voit dans leur grandeur, de même, dans les choses incorporelles, l’excellence peut se voir dans leur multitude. Les corps incorruptibles, qui sont les plus parfaits entre les corps, surpassent considérablement en grandeur les corruptibles ; d’où il est raisonnable que les substances immatérielles surpassent, pour ainsi dire, incomparablement en nombre, les substances matérielles. »

La bienheureuse Angèle de Foligno (+1309) vit un jour une troupe si prodigieuse d’Anges autour du tabernacle, qu’elle dit : « Si je n’eusse su que Dieu a tout fait avec nombre, poids et mesure, j’eusse cru que cette troupe sublime était infinie ; je ne voyais terminer cette multitude ni en largeur, ni en longueur, et ces foules étaient supérieures à nos chiffres. »

Sainte Françoise Romaine (+1440), à qui Dieu daigna montrer la création des Anges, les vit sortir des mains du Créateur, en rangs si pressés et si épais, qu’il lui sembla voir une de ces neiges abondantes, mais d’une blancheur et d’un éclat éblouissants, tombant à flots par un temps d’automne.

1.3 Les anges dans la Bible Début de page

Les anges sont très présents dans la Bible, depuis l’ange de Yahweh qui réconforte Agar au désert (livre de la Genèse 16,7-11) jusqu’à celui qui mesure la Jérusalem céleste (Apocalypse 21,9-17).

Dans sa dévotion pour le monothéisme, culte d’un seul Dieu, l’ancien peuple d’Israël transforma, semble-t-il, tous les dieux vénérés précédemment en anges servant le Dieu unique, un peu comme des courtisans serviraient un roi. Il était, en effet, nécessaire de reconnaître l’existence de puissances intermédiaires entre le Dieu d’Abraham et les hommes. Cette acceptation de la croyance aux anges fut une évolution relativement facile parce que les dieux inférieurs et les anges pouvaient être appelés « fils de Dieu ». Dans la pensée hébraïque traditionnelle, on pensait que les anges avaient une forme humaine masculine, de sorte qu’on les prenait parfois pour des hommes.

Après l’exil babylonien d’Israël (597-538 av. J.-C.), la pensée juive sur les anges se modifia et s’enrichit considérablement. S’inspirant de l’art mésopotamien, des artistes et des écrivains dotèrent les anges d’ailes (même les anthropomorphes) et se prirent d’intérêt pour les vêtements, le nom et le rang relatif des anges. Le symbole des ailes eut 2 significations principales : la beauté et la capacité de s’envoler au-dessus de la condition humaine. Ainsi on pensa que la mort n’affectait pas les anges. Outre l’influence mésopotamienne, la tradition dualiste perse ajouta une autre dimension à la conception juive des anges avec sa croyance en des anges bienfaisants et en des anges destructeurs, en rébellion contre Dieu. La communauté essénienne de Qumrân considérait le monde comme un champ de bataille où luttaient l’Esprit de Vérité et l’Esprit du Mal, ce dernier étant une puissance angélique opposée à Dieu et appelé Bélial.

Reprenant un trait courant dans les mythologies orientales, mais l’adaptant à la révélation du Dieu unique, l’Ancien Testament représente souvent Dieu comme un souverain oriental (I Rois 22,19 ; Isaïe 6,1). Les membres de sa cour sont aussi ses serviteurs (Job 4,18) ; on les nomme encore les Saints (Jb 5,1 ; 15,15 ; Psaumes 89,6 ; Daniel 4,10) ou les fils de Dieu (Ps 29,1 ; 89,7 ; Deutéronome 32,8).

Toute une armée céleste (I R 22,19 ; Ps 148,2 ; Néhémie 9,6) rehausse la gloire de Dieu ; elle est à sa disposition pour gouverner le monde et exécuter ses ordres (Ps 103,20) ; elle établit un lien entre le ciel et la terre (Genèse 28,12).

Les séraphins (en hébreu Serafim, mot dont l’étymologie est incertaine mais qui vient peut-être d’un mot signifiant « serpents » ou du verbe Sâraf en hébreu « brûler » ; on les appelle souvent « ceux qui brûlent » ou « les ardents ») gardent le trône de Dieu. Ils chantent la gloire de Dieu « Saint, saint, saint, est le Dieu des armées ; la terre entière resplendit de sa gloire » (Is 6,3) et c’est l’un d’eux qui purifie les lèvres d’Isaïe durant sa vision inaugurale (Is 6,7). Ils sont les plus proches du trône divin et ont pour mission de communiquer aux autres anges l’amour de Dieu dont ils brûlent. Au nombre de 7, ils sont les « sept yeux, qui sont les sept esprits de Dieu envoyés par toute la terre. » (Ap 5, 6) ; « ces sept sont les yeux de l’Eternel qui parcourent toute la terre. » (Zacharie (4, 9) ; ils apparaissent également sous la forme de « sept lampes portées par sept chandeliers d’or » ou de « sept lampes ardentes qui sont les sept esprits de Dieu » (Zach 4, 2 ; Ap 4,5)

Ils ont 6 ailes (Isaïe 6,2) :

« L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur Yahvé assis sur un trône élevé, sa traîne remplissait le sanctuaire; des séraphins se tenaient au-dessus de lui, ayant chacun six ailes ; deux pour se couvrir la face, deux pour se couvrir les pieds, deux pour voler. Et ils se criaient l’un à l’autre ces paroles : Saint, saint, saint est Yahvé Sabaoth. Sa gloire remplit toute la terre. » Précisons ici que l’expression « se couvrir les pieds » est un euphémisme pour désigner le sexe. Les séraphins d’Isaïe sont donc des anges sexués. Les sculptures antiques du Proche-Orient, comme les bas-reliefs de basalte de Tall Halaf, en Syrie, représentent des silhouettes humaines avec 3 paires d’ailes, tenant un serpent dans chaque main. Dans les représentations picturales, les séraphins sont peints en rouge pour symboliser le feu.

Les chérubins (de l’hébreu kerubim, pluriel de kerub, l’un et l’autre étant employés dans la Bible, provenant des termes akkadiens karibu ou kuribu, qui désignaient la figuration, en Mésopotamie, de divinités de second rang) soutiennent le trône de Yahvé (Ps 80,2 ; 99,1), tirent son char (Ezéchiel 10,1), lui servent de monture (Ps 18,11) et gardent l’entrée de son domaine pour l’interdire aux profanes : « Ayant chassé l’homme, il posta les Chérubins à l’orient du jardin d’Eden avec la flamme de l’épée tournoyante pour garder le chemin de l’Arbre de Vie. » (Gn 3,23-24). Dans la mythologie mésopotamienne, ce sont des griffons (corps de lion ; serres, têtes et ailes d’aigle) qui ont pour mission de surveiller l’arbre de vie. Ézéchiel compare le roi de Tyr à l’un des chérubins du jardin d’Éden (28,13-16).

L’Arche d’Alliance est surmontée de 2 chérubins (I R 6,23 29 ; Exode 25,18). Au cœur du Temple, dans le Saint des Saints, au-dessus des chérubins surmontant l’Arche, Salomon fit installer 2 chérubins supplémentaires immenses (aile : 2 m 28 environ) en bois d’olivier recouvert d’or. Les Chérubins sont censés protéger les grands sanctuaires de la Chrétienté et entourer le Souverain Pontife.

Ezéchiel (1, 6 12) décrit les 4 chérubins porteurs du trône de Yahvé :

« Je regardai : c’était un vent de tempête soufflant du nord, un gros nuage environné d’une lueur, un feu d’où jaillissaient des éclairs, et au centre, comme l’éclat du vermeil au milieu du feu. J’y discernai quelque chose semblable à quatre animaux dont voici l’aspect : ils avaient une forme humaine. Ils avaient chacun quatre faces et chacun quatre ailes. Leurs jambes étaient droites et leurs sabots ressemblaient à des sabots de bœuf, étincelants comme de l’airain poli. Des mains humaines apparaissaient sous leurs ailes, leur face à tous les quatre était tournée vers les quatre directions. Leurs ailes étaient jointes l’une à l’autre. Ils ne se tournaient pas en marchant; ils allaient chacun devant soi. Quant à leur aspect, ils avaient une face d’homme et tous les quatre avaient une face de lion à droite, et tous les quatre avaient une face de taureau à gauche, et tous les quatre avaient une face d’aigle. »

Selon saint Jérôme, les Quatre Vivants cités par Ézéchiel et l’Apocalypse de saint Jean représentent les 4 évangélistes. Jérôme associe l’homme à Matthieu car son évangile débute par la vie de Jésus, le lion à Marc car il place la prédication de Jean Baptiste dans le désert en tête de son évangile, le taureau à Luc car il illustre le sacrifice de Zacharie et l’aigle à Jean en raison de son élévation spirituelle. Le Lion symbolise l’élément Feu et la résurrection ; le Taureau symbolise l’élément Eau ; l’Aigle symbolise l’élément Air et l’Homme symbolise l’élément Terre. Le tétramorphe correspond aussi à toutes les énergies se manifestant par le nombre quatre, nombre de l’incarnation de l’Esprit dans la matière. Entourant le Christ en gloire, les 4 symboles illustrent les 4 horizons du monde, sa mission et sa royauté terrestre que rappellent ses bras étendus sur la croix.

« Leurs ailes étaient déployées vers le haut ; chacun avait deux ailes se touchant et deux ailes lui couvrant le corps, et ils allaient chacun devant soi. Ils allaient là où l’esprit les poussait. Ils ne se tournaient pas en marchant. »

« Et près des animaux, il y avait une roue à terre, à côté de chacun d’eux. Ces roues semblaient avoir l’éclat de la chrysolithe. Toutes les quatre avaient même aspect et paraissaient constituées comme si elles étaient au milieu l’une de l’autre. Elles avançaient dans quatre directions et ne se tournaient pas en marchant. Leur circonférence paraissait de grande taille, et pleine d’yeux tout autour. Et lorsque les animaux avançaient, les roues avançaient près d’eux et lorsque les animaux s’élevaient de terre, les roues s’élevaient. Là où l’esprit les poussait, les roues allaient et elles s’élevaient également car l’esprit de l’animal était dans les roues... Et ce qui était sur les têtes de l’animal ressemblait à une voûte éclatante comme le cristal tendue au-dessus de leurs têtes. »

Et au-dessus de ce char divin porté par les chérubins, assis sur son trône de saphir, Dieu lui-même :

« Et au-dessus de la voûte qui était sur leur tête, il y avait quelque chose comme une pierre de saphir en forme de trône et sur cette forme de trône, dessus tout en haut, un être ayant apparence humaine. Et je vis qu’il avait l’éclat du vermeil et près de lui il y avait quelque chose comme du feu, tout autour. Et depuis ce qui paraissait être ses reins et au-dessous. Je vis quelque chose comme du feu et une lueur tout autour, semblable à l’arc qui apparaît dans les nuages, les jours de pluie. C’était quelque chose ayant l’aspect de la gloire de Yahvé... »

Ces anges ont donc une nature hybride, mi-hommes mi-animaux, dont les exégètes de la Bible ont pu déterminer avec précision l’origine. Ces chérubins à 4 ailes (différents, donc, des séraphins qui en ont 6) ne sont autres que les kâribu assyriens, êtres à tête humaine, à corps de lion, à pattes de taureau et à ailes d’aigle, dont les statues figuraient à l’entrée des palais de Babylone. Ils avaient pour fonction dans la mythologie traditionnelle des pays akkadiens, de garder le seuil des palais royaux et ils conservèrent cette fonction dans la mythologie biblique puisqu’on les retrouve gardant et portant le trône de Yahvé. Dans les représentations picturales, les chérubins sont peints en bleu pour symboliser le ciel.

Cependant, à côté de ces énigmatiques messagers, les anciens récits bibliques connaissent aussi un ange de Yahvé (Gn 16,7 ; 22,11 ; Exode 3,2 ; Juges 2,1) qui n’est pas différent de Yahvé lui-même manifesté ici-bas sous une forme visible (Gn 16,13 ; Ex 3,2) : habitant une lumière inaccessible (I Timothée 6,16), Dieu ne peut laisser voir sa face (Ex 33,20) ; les hommes n’en aperçoivent jamais qu’un mystérieux reflet. L’Ange de Yahvé des vieux textes sert donc à traduire une théologie encore archaïque, qui, par l’appellation « Ange du Seigneur », laisse des traces jusque dans le Nouveau Testament (Matthieu 1,20 24 ; 2,13-19 ; Lc 1,11; 2,9), et même dans la patristique. Cependant, à mesure que la révélation progresse, son rôle est de plus en plus dévolu aux anges, messagers ordinaires de Dieu.

Le livre de la Genèse (32,23-33) relate un combat singulier entre le patriarche Jacob et un être mystérieux qui se révèle comme étant Dieu sans toutefois se nommer expressément. Évoquant ce passage, Osée fait intervenir un ange : « il lutta avec l’ange et eut le dessus » (12,4).

Originairement, on attribuait indistinctement aux anges des tâches bonnes ou mauvaises (Job 1, 12). Dieu envoie son bon ange pour veiller sur Israël (Exode 23,20) ; mais pour une mission funeste, il envoie des anges de malheur (Psaumes 78,49), tel l’Exterminateur (Ex 12,23 ; 2 Samuel 24,16 ; 2 Rois 19,35). Même le Satan du Livre de Job fait encore partie de la cour divine (Jb 1,6 12 ; 2,1 10).

Après l’exil, les tâches angéliques se spécialisent davantage et les anges acquièrent une qualification morale en rapport avec leur rôle : bons anges d’un côté, Satan et les démons de l’autre ; entre les deux, une opposition constante (Zacharie 3,1). Cette conception d’un monde spirituel divisé trahit l’influence indirecte de la Mésopotamie et de la Perse ; sans transiger avec son monothéisme rigoureux, la pensée juive use parfois d’une symbolique d’emprunt et systématise sa représentation du monde angélique.

C’est ainsi que le Livre de Tobie (12,15) et l’Apocalypse de Jean (8,2) citent les 7 anges qui se tiennent devant Dieu et qui ont leur réplique dans l’angélologie de la Perse. Mais le rôle attribué aux anges n’a pas changé. Ils veillent sur les hommes (Tobie 3,17 ; Ps 91,11 ; Daniel 3,49) et présentent à Dieu leurs prières (Tb 12,12), ils président aux destinées des nations (Dn 10,13 21). Depuis Ezéchiel, ils expliquaient aux prophètes le sens de leurs visions (Ezéchiel 40,3 ; Zacharie 1, 8) ; cela devient finalement un trait littéraire caractéristique des apocalypses (Dn 8,15 19 ; 9,21). Ils reçoivent des noms en rapport avec leurs fonctions : Raphaël, « Dieu guérit » (Tb 3,17 ; 12,15), Gabriel, « Héros de Dieu » (Dn 8,16 ; 9,21), Michel, « Qui est comme Dieu ? » (Dn 10,13-21 ; 12,1). C’est à celui-ci, leur prince à tous, que la communauté juive est confiée. Ces données sont amplifiées dans la littérature apocryphe (Livre d’Enoch) et rabbinique, qui tente de les organiser en systèmes plus ou moins cohérents. Ainsi la doctrine de l’Ancien Testament sur l’existence du monde angélique et sa présence au monde des hommes, s’affirme avec constance. Mais les représentations et les classifications qu’elle utilise ont nécessairement un caractère symbolique qui en rend l’appréciation très délicate.

Les anges intercèdent pour les hommes auprès de Dieu (Énoch éthiopien 99, 3 ; Job 6,1). Ils guident aussi les hommes dans le droit chemin et ils révèlent les secrets divins concernant la terre et le ciel (Énoch éthiopien 60,11).

Le Nouveau Testament puise à la fois dans les livres saints et dans la tradition juive contemporaine. C’est ainsi qu’il énumère les archanges (I Thessaloniciens 4,16 ; Jude 9), les Chérubins (Hébreux 9,5), les Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances (Colossiens 16), à quoi s’ajoutent ailleurs les Vertus (Ephésiens 1,21). Cette hiérarchie, dont les degrés varient dans l’expression, n’a pas le caractère d’une doctrine fixée, mais d’un élément secondaire aux contours assez flottants. Toutefois, comme dans l’Ancien Testament, l’essentiel de la pensée est ailleurs, et il se réordonne ici autour de la révélation de Jésus-Christ.

Le Pseudo-Denys l’Aréopagite écrit (Les Hiérarchies célestes, VIe siècle) que la Cour céleste est composée des « neuf chœurs des anges » divisés en 3 ordres :

- les séraphins, les chérubins et les trônes ;
- les dominations, les vertus et les puissances ;
- les principautés, les archanges et les anges.

Les premiers ont pour fonction de louer et d’adorer Dieu : ils constituent l’ordre le plus élevé dans la hiérarchie. Les derniers ont celle d’assister le cours des astres, des nations et des personnes.

Les séraphins
Les chérubins

Les trônes (au nombre de 24) portent à Dieu ceux auxquels Il veut se communiquer. Ils exécutent les décrets de sa justice et annoncent sa miséricorde ;

Les dominations sont les anges investis de l’autorité suprême de leur Maître pour œuvrer à l’édification du règne de Dieu sur terre. Ils sont invoqués pour la conversion des hérétiques, des pécheurs et des infidèles, et soutiennent les missionnaires.

Les vertus veillent au bon fonctionnement de l’univers et de ses forces. On les considère comme les anges des miracles car leurs interventions sont exceptionnelles. Les Vertus sont invoqués pour obtenir le courage et la force, les conversions et la persévérance pour les pécheurs repentants.

Les puissances veillent à ce que les esprits mauvais ne nous trompent pas sous apparence de bien. Ils dominent les anges déchus et sont capables de retourner les plans du diable contre lui. C’est à ce titre qu’ils président à la politique mondiale et au destin des nations, en faisant exécuter leurs ordres par les chœurs inférieurs.

Les principautés exécutent les ordres de leurs supérieurs les Puissances. Ils sont les anges gardiens des nations, des cités, des diocèses et des paroisses.

Les anges sont les interprètes des volontés d’en-haut auprès des individus. Parmi eux : les anges gardiens.

Ces 9 chœurs marquent 9 degrés de proximité du Trône divin. Les anges des chœurs les plus proches sont absorbés par la vision de Dieu et ne font que transmettre cette connaissance aux chœurs inférieurs. Plus nous descendons dans la hiérarchie céleste, plus les anges ont des fonctions en rapport avec l’univers matériel et les hommes.

Saint Grégoire Ier (pape de 590 à 604) classe les neufs chœurs angéliques d’une façon un peu différente : séraphins, chérubins, trônes ; dominations, principautés, puissances ; vertus, archanges, anges.

Les anges continuent d’accomplir auprès des hommes les tâches que l’Ancien Testament leur attribuait déjà.

Quand une communication surnaturelle parvient du ciel à la terre, ils en demeurent les mystérieux messagers : Gabriel transmet la double Annonciation (Luc 1,19-26 ; 2,9) ; Matthieu met en scène l’« ange du Seigneur » dans les récits de l’Enfance de Jésus (annonce à Joseph de la naissance du Christ, fuite en Égypte et retour à Nazareth, 1-2) ; une armée céleste intervient dans la nuit de la Nativité (Lc 2,9 14) ; des anges encore annoncent la Résurrection (Mat 28, 3-5) et font connaître aux Apôtres le sens de l’Ascension (Actes 1,10 ; 5,19 ; 8,26 ; 12,7 ; 12,23).

Auxiliaires du Christ dans l’œuvre du salut (Hébreux 1,14), ils assurent la garde des hommes (Mt 18,10 ; Ac 12, 15), présentent à Dieu les prières des saints (Apocalypse 5,8 ; 8,3), conduisent l’âme des justes en paradis (Lc 16,22).

Pour protéger l’Église, les anges poursuivent autour de Michel, leur chef, le combat contre Satan qui dure depuis les origines (Ap 12, 1 9).

Le Pseudo Denys l’Aréopagite, grand angélologue du christianisme, s’exprime ainsi :

« C’est à l’ordre des principautés, des archanges et des anges qu’appartient la fonction révélatrice; c’est lui qui, à travers les degrés de sa propre ordonnance, préside aux hiérarchies humaines, afin que se produisent de façon ordonnée l’élévation spirituelle vers Dieu, la conversion, la communion, l’union, et en même temps le mouvement processif de Dieu lui-même qui, selon une très sainte ordonnance, gratifie littéralement toutes les hiérarchies de ses dons, et les illumine tout en les faisant entrer en communion avec lui. De là vient que la théologie réserve aux anges le soin de notre hiérarchie, appelant Michel l’archonte du peuple juif, et d’autres anges les archontes des autres nations, car le Très-Haut a établi les frontières des nations selon le nombre des anges de Dieu. ».

Clément d’Alexandrie décrit le rôle protecteur exercé par les anges sur les nations, les cités.

Un lien intime rattache le monde terrestre au monde céleste : là-haut les anges célèbrent une perpétuelle liturgie (Ap 4,8 11) à laquelle s’unit ici-bas la liturgie de l’Église (cf. Gloria, Préface, Sanctus).

Les évangélistes parlent quelquefois du commerce intime de Jésus avec les anges (Matthieu 4,11 ; Luc 22,43).

Jésus mentionne les anges comme des êtres réels et actifs. Tout en veillant sur les hommes, ils voient la face du Père (Mt 18,10). Leur vie échappe aux sujétions de la condition terrestre (Mt 22,30). Bien qu’ils ignorent la date du jugement final, qui est un secret du Père seul (Mt 24,36), ils en seront les exécuteurs (Mt 13,39 49 ; 24,31). Dès maintenant, ils participent à la joie de Dieu quand les pécheurs se convertissent (Luc 15,10). Tous ces traits sont conformes à la doctrine traditionnelle.

Jésus précise en outre leur situation par rapport au Fils de l’Homme, cette figure mystérieuse qui le définit lui-même, notamment dans sa gloire future : les anges l’accompagneront au jour de sa parousie (Mt 25,31) ; ils monteront et descendront sur lui (Jean 1,51), comme jadis sur l’échelle de Jacob (Genèse 28,10) ; il les enverra pour rassembler les élus (Mt 24,31) et écarter les damnés du Royaume (Mt 13,41).

Dès le temps de la Passion, Jésus aurait pu requérir l’intervention des anges qui étaient à son service (Mt 26,53).

La pensée chrétienne primitive ne fera donc que prolonger les paroles de Jésus lorsqu’elle assurera que les anges lui sont inférieurs. Abaissé au-dessous d’eux par son incarnation (Hébreux 2,7), il méritait néanmoins leur adoration en sa qualité de Fils de Dieu (He 1,6 ; Psaumes 97,7). Depuis sa résurrection, il est clair que Dieu les lui a soumis (Ephésiens I, 20), eux qui ont été créés en lui, par lui et pour lui (Colossiens 1,16). Ils reconnaissent actuellement sa seigneurie (Apocalypse 5,11 ; 7,11), et ils formeront son escorte au dernier jour (2 Thessaloniciens 1,7 ; Ap 14,14 16 ; I Th 4,16). Ainsi le monde angélique se subordonne au Christ, dont il a contemplé le mystère (I Timothée 3,16 ; I Pierre 1,12). (Vocabulaire de théologie biblique. Ed. du Cerf. 1977)

1.4 Les archanges Début de page

Les archanges sont des anges supérieurs. Ils éclairent les individus quant à ce qui regarde le domaine commun (foi, morale, culte divin). Ils exercent également les fonctions de second ange gardien auprès des personnes qui ont des responsabilités religieuses, des prêtres jusqu’au Souverain Pontife.

Michel

Lorsque Lucifer se rebella contre Dieu, un archange s’écria : « MI-KA-EL ? » (Qui est comme Dieu ?). Michel est le chef des armées du ciel, prince des anges, « le grand prince qui se tient auprès des enfants de ton peuple » (Daniel 10,13-21 ; 12,1). L’Enoch éthiopien (20,5) le met devant le trône de Dieu ; 70 bergers ou anges sont envoyés, après l’Exil, auprès du berger d’Israël (89,59 ; 90,14) et Michel est le gardien d’Israël. Il est le chef des armées célestes (Assomption de Moïse, X, 2).

La littérature de Qumrân loue « la suprématie de Michel dans la lumière éternelle, pour faire resplendir, dans la joie d’Alliance d’Israël, la paix et la bénédiction pour le parti de Dieu » (Règle de la guerre 17,6-7). Il semble bien qu’il soit le « Prince des lumières » opposé à « l’Ange des ténèbres » dans le fameux passage sur les Deux Esprits (Règle de la communauté 3,20-21).

Michel est l’un des aspects du Verbe lumineux agissant sur les forces obscures de la matière personnifiées par le dragon. Il fut chargé de précipiter Lucifer hors du ciel. L’Apocalypse (12,7-9) le montre rassemblant les cohortes angéliques lors de l’affrontement final avec Satan) : « Et il y eut un combat dans le ciel Michel et ses anges combattaient contre le dragon ; et le dragon et ses anges combattaient ; mais ils ne purent vaincre, et leur place même ne se trouva plus dans le ciel. Et il fût précipité, le grand dragon, le serpent ancien, celui qui est appelé le diable et Satan, le séducteur de toute la terre, il fût précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui. »

Psychopompe, il conduit les morts et pèse leurs âmes (comme Osiris chez les Égyptiens et comme l’ange Rashnu placé près de Mithra chez les Perses).

Certains ont pensé que saint Thomas d’Aquin, le Docteur angélique, s’était trompé en soutenant que Michel était un archange alors qu’il est honoré du titre de « Chef de la milice céleste » et a fait face à Lucifer (Thomas observa que l’Ecriture sainte n’attribuait jamais au démon les noms de certains ordres, tels que les noms de Séraphin et de Trône, tandis qu’elle lui donnait les noms de Chérubin, Puissance, Principauté, etc.). L’opinion des théologiens est que, les anges des chœurs supérieurs étant de purs contemplatifs, la milice céleste a été recrutée dans les chœurs inférieurs, et que saint Michel est donc bien un archange.

En Occident, le culte de Michel se développe aux Ve et VIe siècles ; églises et chapelles lui sont dédiées souvent sur des hauteurs, il est appelé « le défenseur de l’Occident ».

La légende raconte plusieurs apparitions de l’archange Michel, notamment sur le Gargano, dans la Pouille, en 492. On raconte que Michel défendit en personne la ville de Sipontum contre une attaque des habitants de Naples, alors païens.

A Rome, le pape saint Grégoire le Grand (590-604) qui venait d’établir les grandes litanies à cause de la peste qui sévissait alors, vit, sur le château jadis consacré à la mémoire d’Adrien, l’ange de Dieu qui essuyait un glaive ensanglanté et le remettait dans son fourreau. Grégoire comprit que ses prières étaient exaucées et il fonda en cet endroit une église en l’honneur de saint Michel : le château Saint-Ange.

L’archange apparut en 708 à l’évêque d’Avranches pour lui commander d’élever une église sur le Mont Tombe (ancien Mont Gargan, lieu de cultes antiques) qui deviendra le Mont Saint-Michel.

Prière de Léon XIII (1878-1903) à saint Michel archange :

« Saint Michel, archange, défendez-nous dans le combat. Soyez notre rempart contre la malice et les pièges du diable. Que Dieu le réprime, nous le demandons en suppliant. Et vous, Prince de la milice céleste, armé d’une force divine, repoussez en enfer Satan et les autres esprits mauvais qui errent à travers le monde en vue de perdre les âmes. Ainsi soit-il. »

Michel est le défenseur de l’Église, le patron des chevaliers et des corps de métiers liés aux armes et aux balances. Convertis au christianisme, les Normands le choisirent comme saint patron. Michel est l’un des patrons de la France : Louis XI créa en son honneur l’ordre de Saint-Michel qui subsista jusqu’à la Révolution.

Raphaël

L’affirmation de Raphaël (« Dieu a guéri ») sur ses fonctions est claire : « Je suis Raphaël, l’un des sept anges qui se tiennent toujours prêts à pénétrer auprès de la Gloire du Seigneur » (Tobie, 12,15). Raphaël fut l’ange chargé par Dieu d’accompagner Tobie lorsqu’il partit à la quête de sa cousine Sara. Il conduisit le jeune Tobie au pays des Mèdes, lui ordonna de prendre le fiel et le foie d’un poisson pour en frotter les yeux de son père et le guérir de sa cécité, et lui fit ensuite épouser Sara, fille de Raguël. Le démon Asmodée ayant assassiné les sept premiers maris de Sarah, Raphaël l’entrava et l’enchaîna (Tobie 8,2-3).

D’après le livre apocryphe d’Hénoch, Dieu ordonna à Raphaël, l’ange de la vraie science, de jeter Azazel, le chef des anges déchus, dans une caverne, au désert de Dodoel. Raphaël reçut ensuite du Seigneur la mission de retourner du côté de la vérité les révélations magiques faites aux hommes par Azazel. Ainsi, pour réparer le mal fait à l’humanité par les enseignements du diable ou de la fausse science, de la magie noire, un ange lui apprit à se servir des connaissances acquises pour arriver à la vraie lumière, à la pure magie.

Raphaël est le patron des voyageurs, des guérisseurs et des pharmaciens.

Gabriel

Mais celui qui apparaît le plus souvent, en vertu de sa mission, est Gabriel (« Force de Dieu »).

Il est celui qui « sort pour instruire (le peuple) dans l’intelligence » (Dn 9,23), celui « qui se tient devant Dieu » (Luc 1,19), le messager par excellence. Il annonce à Daniel la venue des temps messianiques (Dn 8,19), à Zacharie la naissance de Jean-Baptiste (Luc 1,19), à Marie la naissance de Jésus (Lc 1,24).

C’est un linguiste accompli qui enseigne à Joseph les 70 langues parlées à Babel.

Il est le prince du feu, l’esprit qui commande au tonnerre et fait mûrir les fruits.

En art, il est généralement représenté portant un lis, la fleur de Marie, lors de l’Annonciation, ou la trompette par laquelle il annoncera le second avènement.

Gabriel est le patron des agents des télécommunications.

Michel est le vainqueur des dragons, Gabriel le messager et l’initiateur, Raphaël le guide des soignants et des voyageurs. Ces trois grands sont fêtés ensemble le 29 septembre.

Ces anges supérieurs, nommés Archanges, ont pour mission de veiller chacun sur un secteur de l’univers et d’assurer sa bonne marche. Ce sont les protecteurs du ciel et de la terre.

Le Livre de Hénoch décrit en détail les 7 archanges qui veillent à la bonne marche de notre monde : « Voici les noms des saints anges qui veillent dans le ciel : Uriel, ange du monde et du Tartare, Raphaël, ange des âmes des hommes, Raguël qui tire vengeance du monde des luminaires, Michel préposé aux meilleurs des hommes et à la garde du peuple, Saragiel préposé aux esprits des enfants des hommes, Gabriel préposé au paradis, aux Chérubins (leur transmet-il les ordres divins ?) et aux dragons, Remeiel préposé aux ressuscités. »

Les apocryphes ont multiplié les listes des anges, leurs noms et leurs interventions.

« J’ai regardé et aux quatre côtés du Seigneur des Esprits, j’ai vu quatre personnages différents de ceux qui ne dorment pas. ( ... ) J’ai demandé à l’ange de la paix qui m’accompagnait : « Qui sont ces quatre personnages que j’ai vus ? » Il m’a répondu: « Le premier est Michel, l’ange miséricordieux et lent à la colère; le second est Raphaël, préposé à toutes les maladies et à toutes les plaies des humains ; le troisième est Gabriel, préposé à toute puissance ; le quatrième est préposé à la repentance riche d’espérance pour ceux qui hériteront la vie éternelle, il se nomme Phanouël. » (Hénoch, 40)

Le Concile de Rome de 745 décida que l’on pouvait représenter les 7 archanges et les honorer ensemble d’un culte spécial ; mais que l’on devait s’abstenir de désigner par aucun nom ceux d’entre eux qui ne nous sont pas spécialement connus (Chap. XII). En 789, le Concile d’Aix-la-Chapelle confirma la décision du Concile de Rome en interdisant de fabriquer des noms d’anges en dehors de Michel, Gabriel et Raphaël.

En novembre 1215, le 4ème concile du Latran posa en dogme l’existence des Anges.

En 1516, on découvrit dans l’église Saint Ange de Palerme une fresque représentant 7 archanges avec leurs noms et attributs : Michel victorius (vainqueur), Gabriel nuncius (annonciateur), Raphaël medicus (médecin), Uriel fortis socius (puissant protecteur), Jehudiel remunerator (celui qui récompense), Barachiel adjutor (celui qui aide), Sealtiel (ou Zeadkiel) orator (porte-parole). Un retable de l’église Sainte Marie des Anges représentait les mêmes archanges ; leurs noms furent effacés sur ordre du Saint Office.

Les 7 archanges ont été également énumérés comme suit :

Michel, Gabriel, Raphaël, Anaël, Samaël, Cassiel et Sachiel

Michel, Gabriel, Raphaël, Ariel, Rachoel, Parachoel et Oriel...

Les Églises d’Orient fêtent, le 8 novembre, le « synaxe de l’archistratège Michel et des autres puissances incorporelles : Gabriel, Raphaël, Uriel (ndlr : ange des liturgies et des textes sacrés orientaux), Jégudiel, Salathiel, Burachiel et Jérémiel ».

La Kabbale, qui se caractérise par une recherche de correspondances entre toutes les parties de l’univers et toutes les traditions humaines, a établi une corrélation entre les sphères, dites planètes au sens ancien, les anges, leur fonction cosmique, les points de l’espace et les opérations de l’esprit :

Soleil Michel éclairer le monde Zénith volonté
Lune Gabriel donner la force de Nadir imagination l’espoir et des rêves
Mercure Raphaël civiliser Centre mouvement et intuition
Vénus Anaël aimer Ouest amour et relations
Mars Samaël détruire Sud action et destruction
Jupiter Zachariel organiser Est jugement et direction
Saturne Oriphiel surveiller Nord patience et persévérance

Selon une tradition juive rapportée par le midrash Beréshit Rabbah (Sur Genèse XVIII, 1), l’attribution de noms personnels aux anges aurait été importée de Babylonie. Il est certain que le chiffre 7, si cher aux apocalypses juives, est babylonien : il vient du culte des 7 planètes dans lesquelles on voyait des divinités contrôlant la vie des hommes et des nations. L’identification des étoiles et des corps célestes aux êtres angéliques et le culte qu’on leur rendait s’enracinent en des systèmes aussi bien babyloniens que perses.

La tradition hébraïque attribuait à 4 archanges un point cardinal : à Uriel le Nord, à Raphaël l’Est, à Michel le Sud et à Gabriel l’Ouest.

Dans le symbolisme chrétien, Uriel, Raphaël, Michel et Gabriel ont pour attributs respectifs un livre, un bâton de pèlerin, une épée, et un lis, symbolisant la sagesse, la protection, la justice et la miséricorde divines.

Prière rituelle « Te splendor et virtus Patris... » :

« Jésus, splendeur et vertu du Père ; Jésus, vie des cœurs, nous vous louons au milieu des Anges, toujours attentifs au moindre signe, et prêts à exécuter vos ordres.
Mille millions d’esprits composent votre invincible armée ; à leur tête l’Archange saint Michel porte l’étendard de la Croix, emblème de la victoire.
C’est lui qui a précipité au fond de l’abîme le cruel dragon ; c’est lui qui a foudroyé du haut des célestes parvis Satan et ses anges rebelles.
Marchons à la suite de ce chef contre l’ange de l’orgueil, afin que du trône de l’Agneau la couronne de gloire descende sur nos fronts.
Gloire au Père et à son Fils unique, gloire à vous, Esprit Saint, maintenant comme autrefois, et durant tous les siècles. Ainsi soit-il. »

Prière à St Michel, à St Gabriel et à St Raphaël

« Glorieux saint Michel, prince de la milice céleste, protecteur de l’Église universelle, défendez-nous contre tous nos ennemis visibles et invisibles, et ne permettez pas que nous tombions jamais sous leur cruelle tyrannie. Saint Gabriel, vous qui êtes appelé à juste titre la force de Dieu, puisque vous avez été choisi pour annoncer à Marie le Mystère où le Tout-Puissant a déployé la force de son bras, faites-nous connaître les trésors renfermés dans la personne du Fils de Dieu, et soyez notre protecteur auprès de son auguste Mère. Saint Raphaël, guide charitable des voyageurs, vous qui par la vertu divine, opérez des guérisons miraculeuses, daignez nous guider dans le pèlerinage de cette vie, et guérir les maladies de nos âmes et celles de nos corps. Amen. »

1.5 Les anges gardiens Début de page

Les anges et les démons deviennent des puissances inhérentes aux structures de chaque personne, des symboles de leur volonté de perfection ou de leurs déficiences. On quitte le niveau de la religion populaire pour se hisser dans l’imaginaire. Des livres récents expliquent que les anges se situent entre Dieu et les humains, ou alors que ce sont des humains plus avancés qui reviennent jouer le rôle de guide. Mais toutes ces entités sont décrites comme des êtres très puissants, des êtres de lumière, des guides intérieurs que chacun peut contacter.

Les anges sont-ils extérieurs à nous, un peu comme des extra-corporels de la conscience ?
Sont-ils en nous, mais avec une conscience indépendante ?
Sont-ils nous-même, la partie la plus élevée de notre psyché ?

Saint Thomas d’Aquin disait : « Chaque ange est à la fois une personne et un monde. »

Les anges gardiens sont des êtres de lumière que Dieu a créés pour chacun de nous. Ils sont les messagers de Dieu envers les humains, ils nous transmettent Son amour en nous protégeant et en nous guidant. Les anges gardiens ont amour et sagesse infinis, étant les messagers de Dieu, ils ont la responsabilité de nous communiquer la volonté divine en toutes circonstances. Ils demandent et obtiennent pour nous des faveurs divines. Ils nous apportent leur aide si nous la leur demandons.

Des présences surnaturelles et bienveillantes nous entourent. Cela exige de notre part une révérence (Josué 5, 13 ; Daniel 10, 9 ; Tobie 12, 16) qui n’est pas à confondre avec l’adoration. (Apocalypse 22,8)

Il est donc nécessaire de proscrire un culte exagéré des anges qui nuirait à celui de Jésus-Christ. (Colossiens 2,18

Certains chrétiens des premiers siècles ont pensé que Jésus était un ange et non un homme véritable, ce qui provoqua des discussions théologiques poussant les chrétiens à préciser progressivement les deux natures humaine et divine du Christ. La dévotion aux anges s’est beaucoup développée depuis l’Ancien Testament jusqu’à nos jours.

Nous trouvons dans l’Apocalypse apocryphe de Paul une doctrine très développée de l’ange gardien : Un ange délivre Pierre et Jean.

La croyance aux anges gardiens est formulée dès le IIe siècle par le pasteur d’Hermas

Origène (± 254) croit que les esprits célestes aident les âmes à se convertir, que l’ange gardien unit sa prière à la nôtre pour la rendre plus efficace et qu’au moment de la mort, il recueille l’âme. Origène s’inquiète de prêcher dans les assemblées chrétiennes, parce que, dit-il, chaque chrétien étant accompagné de son ange, la prédication s’adresse autant aux anges qu’aux hommes et les anges sont particulièrement sensibles aux erreurs.

Eusèbe (+ vers 340) écrit : « De peur que les hommes pécheurs ne soient sans gouvernement et sans présidence, comme des troupeaux sans raison, Dieu leur a donné des préposés et des surveillants, les saints anges, en guise de bergers et de pasteurs. A tous il a préposé son Fils Premier-né. »

Un ange gardien, cette expression a dans l’inconscient collectif une connotation religieuse, bien malgré elle, qui tout au long des siècles désigne une personne ou un esprit bienveillant.

1.6 Représentation des anges Début de page

Ils furent d’abord représentés comme des éphèbes vêtus de longues robes antiques.

Les seuls êtres ailés mentionnés dans la Bible sont les séraphins et les chérubins (manifestations de la Gloire de Dieu), visions des prophètes Isaïe et Ezéchiel.

Dans les textes apocryphes, notamment le livre de Hénoch, les anges sont ailés.

A la fin du IVe siècle, le type ailé apparaît dans les Catacombes.

Au XIIe siècle, ce sont des enfants. Au XIIIe siècle, des bébés. Au XVe siècle, des femmes.

Aux XVe et XVIe siècles, ils sont revêtus de plumage.

A la Renaissance : ce sont des têtes d’enfants ailées.

Le Guide byzantin de la peinture indique la manière de représenter les anges.

Les Trônes doivent être peints sous la forme de roues de feu ayant des ailes alentour et le milieu des ailes parsemé d’yeux, le tout simulant un trône.

Il faut donner 2 ailes aux Chérubins (4 selon Ezéchiel) et 6 ailes aux Séraphins avec un flabellum portant écrit 3 fois le mot saint.

Les Dominations, les Vertus, les Puissances doivent porter de longues robes blanches, avec ceintures d’or et étoles vertes.

Quant à la troisième hiérarchie (principautés, archanges et anges), on doit lui donner le costume guerrier, des ceintures d’or, des haches, des javelots terminés en fer de lance.

On représente les anges avec des ailes et un vêtement blanc pour exprimer leur essence immatérielle et la pureté de leur nature.

En Orient, la couleur bleue, couleur céleste, a prévalu sur le blanc, comme symbole de pureté.

1.7 Le Paradis Début de page

Paradis signifie jardin [latin paradisus, grec paradeisos (parc), persan avestique pairidaesa (enclos), hébreu pardès (enclos, jardin), akkadien pardisu]. La Septante emploie ce terme tantôt au sens propre (Qohélet ou Ecclésiaste 2,5 ; Cantique des cantiques 4,12), tantôt au sens religieux.

Dans les religions du Moyen-Orient, la représentation de la vie des dieux emprunte ses images à la vie des puissants d’ici-bas : les dieux vivent avec délices dans des palais entourés de jardins, où coule « l’eau de la vie », où pousse, parmi d’autres arbres merveilleux, « l’arbre de vie » dont le fruit nourrit les immortels. Ces images, purifiées de leur polythéisme, se sont acclimatées dans la Bible : on ne craint pas d’évoquer Dieu « se promenant à la brise du jour » dans son jardin (Genèse 3,8) ; le jardin et ses arbres sont même cités en proverbe (Gn 13,10 ; Ezéchiel 31,8-16).

Dieu a planté pour l’homme un jardin en Eden [mot hébreu ; en akkadien, edinu signifie plaine, et, en sumérien, edin est un terrain fertile ou irrigable. Eden désigne aussi, dans la Bible, la région (Bit-adini en assyrien) qui était située sur les deux rives du moyen Euphrate et fut dominée par les Assyriens (II Rois 19,12)].

L’homme, qui doit cultiver et garder ce jardin (Gn 2,8-15 ; Ez 28,13), vit un bonheur idéal : familiarité avec Dieu, libre usage des fruits du jardin, maîtrise des animaux (2,19), harmonieuse unité du couple primitif (2,18-23), innocence morale qui ignore tout sentiment de honte (2,25), absence de la mort qui n’entrera ici-bas qu’à la suite du péché (3,19). Cependant l’épreuve de l’homme occupe aussi une place essentielle dans ce paradis primitif : Dieu y a placé l’arbre de la connaissance du bonheur et du malheur et interdit à l’homme d’y toucher (Gn 2,16). Le Serpent vient tenter Ève : Adam et Eve mangent le fruit de l’arbre de la connaissance et sont chassés du jardin d’Eden (Gn 3).

Le rêve de retrouver ce paradis perdu, rêve que l’homme porte en lui, demeurerait à jamais irréalisable si, par une disposition providentielle, toute l’histoire sainte n’avait pour fin et sens de réintégrer l’homme en son état primitif. C’est pourquoi, de l’Ancien Testament au Nouveau Testament, le thème du paradis retrouvé, avec ses diverses résonances, traverse les oracles eschatologiques, recoupant ceux de la nouvelle Terre sainte et de la nouvelle création. Les péchés du peuple de Dieu ont fait de son séjour ici-bas un lieu de désolation (Jérémie 4,23) ; mais aux derniers temps, Dieu le transformera en jardin d’Éden (Ez 36,35 ; Isaïe 51,3). Dans ce nouveau paradis, les eaux vives jailliront du temple où Dieu résidera ; au bord, croîtront des arbres merveilleux, qui fourniront au peuple nouveau nourriture et guérison (Ez 47,12). Ainsi, le chemin de l’arbre de vie sera rouvert aux hommes (Apocalypse 2,7 ; 22,2 ; Gn 3,24). La vie paradisiaque restaurée au terme de l’histoire sainte présentera des caractères qui rejoindront ceux de l’Éden primitif, et même, sur plusieurs points les dépasseront : fécondité merveilleuse de la nature (Osée 2,23 ; Amos 9,13 ; Jr 31,23-26 ; Joël 4,18) ; paix universelle, non seulement des hommes entre eux (Is 2,4), mais aussi avec la nature et les animaux (Os 2,20 ; Is 11,6-9 ; 65,25) ; joie sans mélange (Jr 31,13 ; Is 35,10 ; 65,18) ; suppression de toute souffrance et de la mort même (Is 35,5 ; 65,19 ; 25,7 ; Ap 20,14 ; 21,4) ; suppression de l’antique Serpent (Ap 20,2-10) ; entrée dans une vie éternelle (Daniel 12,2 ; Sagesse 5,15 ; Ap 2,11 ; 3,5).

Le paradis retrouvé est une réalité eschatologique. Le peuple de Dieu n’en a connu, dans son expérience historique, que des ombres fugitives : telle, par exemple, la possession d’une terre « ruisselante de lait et de miel » (Exode 3,17 ; Deutéronome 6,3). Mais Dieu lui a accordé sa Loi, source de toute sagesse (Dt 4,5) ; or « la sagesse est un arbre de vie » qui assure le bonheur (Proverbes 3,18 ; Siracide ou Ecclésiastique 24,12-21) ; la Loi, chez l’homme qui l’observe, fait abonder la sagesse « comme un fleuve de paradis » (Si 24,25 ; Gn 2,10) ; le sage qui l’enseigne aux autres est « comme un cours d’eau conduisant au paradis » (Si 24,30) ; la grâce et la crainte du Seigneur sont un paradis de bénédiction (40,17-27). Par la sagesse, Dieu restitue donc à l’homme un avant-goût de la joie paradisiaque.

Le Nouveau Testament fait connaître le dernier secret de ce dessein divin. De la sagesse, le Christ est la source ; il est cette Sagesse même (I Corinthiens 1,30). Il est en même temps le nouvel Adam (Romains 5,14 ; I Co 15,45) par qui l’humanité accède à son état eschatologique. Victorieux lui-même du Serpent antique, qui est le diable et Satan (Ap 20,2), lors de sa tentation, il vit ensuite « avec les bêtes sauvages » dans une sorte de paradis retrouvé (Marc 1,13 ; Gn 1,26 ; 2,19). Ses miracles montrent enfin que la maladie et la mort sont dès maintenant vaincues. L’homme qui croit en lui a trouvé la « nourriture de vie » (Jean 6,35), « l’eau vive » (4,14), la « vie éternelle » (5,24), c’est-à-dire les dons du paradis eschatologique désormais inauguré.

Dans les textes bibliques, la description du paradis eschatologique reste sobre et s’épure progressivement ; mais les apocryphes l’amplifient considérablement, témoignant d’un certain développement dans les croyances juives (par exemple dans le Livre d’Enoch). Avant de revenir aux derniers temps dans la terre sainte, le paradis sert de séjour intermédiaire, où les justes sont recueillis par Dieu pour attendre le jour du Jugement, la résurrection et la vie du monde futur. Tel est le séjour promis par Jésus au bon larron (Luc 23,43), mais déjà transformé par la présence de celui qui est la vie : « Tu seras avec moi... » Quant à l’état de béatitude, assuré au terme de l’histoire sainte, Jésus y entre le premier par-delà sa mort pour en rendre l’accès aux pécheurs rachetés.

Le langage biblique place aussi au ciel la demeure divine. Aussi le paradis est-il parfois identifié avec « le plus haut des cieux », celui où Dieu réside : c’est là que Paul est ravi en esprit pour contempler des réalités ineffables (2 Co 12,4). C’est aussi le sens habituel du mot paradis dans le langage chrétien : « In paradisum deducant te angeli.. » (Que les anges te conduisent au paradis) (Liturgie des funérailles). (Vocabulaire de théologie biblique. Ed. du Cerf. 1977)

L’Apocalypse de Pierre (apocryphe du IIe s.) représente le paradis comme un lieu situé hors de ce monde, resplendissant de lumière. « L’air même y est illuminé des rayons du soleil, et la terre y abonde en épices et en plantes produisant de belles fleurs incorruptibles qui jamais ne se fanent et portent des fruits bénis... Les habitants de cette région sont vêtus des mêmes vêtements qui rendent les anges brillants, et leur pays ressemble à leurs vêtements. »

Le paradis révélé par l’Apocalypse de Paul (apocryphe du IVe s.) ressemble à la Jérusalem céleste. La cité est d’or et 4 fleuves y coulent : de miel, de lait, de vin et d’huile. Sur leurs rives croissent des arbres à 10 000 branches portant 10 000 grappes de fruits, et la lumière baignant ce pays a un tel éclat qu’il brille 7 fois plus que l’argent.

Aphraate, auteur syriaque du IVe siècle, dépeint la félicité des bienheureux, vêtus de lumière, qui, admis à la table divine, sont nourris d’aliments inépuisables :

« On trouve là un air agréable et serein, une clarté brillante y resplendit. Des arbres y sont plantés qui mûrissent perpétuellement, dont jamais les feuilles ne tombent et à l’ombre de leur ramure, respirant un parfum suave, les âmes consommeront de ces fruits sans jamais en éprouver la satiété. »

La représentation du festin paradisiaque se retrouve dans les peintures des catacombes : le vin y est versé par la Paix (Eirènè) et la Charité (Agapè).

Saint Irénée, admettant des degrés dans le bonheur des élus, reconnaît 3 paradis différents : le ciel, le paradis proprement dit et la Jérusalem céleste. Toutefois, le Sauveur se manifestera réellement à tous, dans la mesure de leurs mérites.

Les Pères d’Alexandrie admettent aussi des degrés dans la félicité du paradis. Origène enseigne que les bienheureux seront placés dans différentes demeures et obtiendront une gloire différente : les moins purs d’entre eux seront soumis à l’autorité des anges ; les plus saints seront placés immédiatement sous la dépendance du Christ. Mais toutes les âmes seront appelées à progresser et à s’élever sans cesse de vertu en vertu et de connaissance en connaissance.

Saint Justin, martyr, Athënagoras, Théophile d’Antioche, Grégoire de Nazianze placent le bonheur suprême dans la parfaite connaissance de Dieu ; d’autres dans un rapport intime et éternel avec les saints et avec Jésus-Christ.

Augustin déclare que les saints contempleront la face de Dieu, et c’est en cela qu’il fait consister leur bonheur, bien que l’on ne puisse, d’après lui, déterminer exactement la nature de cette contemplation.

La contemplation de Dieu et la célébration de sa gloire sont les deux fonctions essentielles des anges (en plus, bien entendu, d’une obéissance aveugle à sa parole) et l’on peut supposer qu’elles préfigurent un peu le sort des élus, appelés eux aussi à contempler la splendeur divine, quand ils seront dans le royaume de Dieu.

De nombreux textes bibliques, canoniques et apocryphes ont essayé de décrire l’éblouissement et le vertige provoqués chez tout fidèle, prophète ou élu, à la seule approche de Dieu. Approche insoutenable, voire douloureuse puisqu’il est feu ardent, dévorant, foudroyant : c’est pourquoi, dans ses manifestations visibles devant les hommes, Dieu s’entoure toujours d’une nuée destinée à atténuer son éclat terrifiant. Mais au ciel, devant les anges, il apparaît dans sa splendeur terrible et nue. Cette splendeur céleste, que les anges eux-mêmes ne peuvent regarder en face, donne une idée des merveilles, des délices et des félicités qui attendent le juste au paradis.

Mais il y a, dans ce royaume privilégié fait de béatitudes et d’éblouissements, un signe, un objet, une chose montrant qu’il s’agit bien du paradis de Dieu. Hénoch est seul à le décrire. C’est un arbre singulier, plein d’odeurs, un arbre dont les senteurs réjouiront précisément les élus appelés par Dieu à connaître sous ses ombrages une béatitude éternelle. C’est l’arbre de Vie, dressé au cœur du paradis terrestre, gardé par les chérubins, qui apparaît à Hénoch, lorsque l’ange l’autorise à jeter un coup d’œil sur le grand jardin des délices :

« Et Michel me dit : Cette haute montagne que tu as vue, dont le sommet ressemble au trône du Seigneur, c’est son trône sur lequel siégera le saint et le grand seigneur de gloire, le Roi éternel, lorsqu’il descendra visiter la terre.

Cet arbre odoriférant que tu vois, aucun être de chair n’a le pouvoir d’y toucher jusqu’au grand Jugement lorsque Dieu tirera vengeance de tout et consommera tout pour l’éternité ; mais cet arbre sera donné aux justes et aux humbles.

Par son fruit, la vie sera communiquée aux élus et il sera planté du côté du nord, dans un lieu saint, près de la demeure du Seigneur, Roi éternel. Alors les justes et les humbles se réjouiront dans l’allégresse et ils exulteront; ils entreront dans le sanctuaire, la bonne odeur de cet arbre pénètrera leurs os ; et ils vivront d’une longue vie sur la terre comme ont vécu leurs pères et, dans leurs jours, la tristesse, la souffrance, les tourments et les châtiments ne les atteindront pas... »

Jésus dit : « Le royaume de Dieu est au dedans de vous. »

Au XVIIe siècle, Arminius affirme : « Bona conscientia paradisus » (Une bonne conscience, c’est le paradis). Les théologiens protestants développent cette pensée. Au lieu de regarder le paradis comme un lieu, ils le considèrent comme un état de l’âme. Le ciel, dès lors, est partout où se rencontrent des hommes de Dieu, des cœurs purs, des volontés droites. C’est la paix de l’âme, la tranquillité intérieure qui constitue le paradis.

1.8 Les anges de la Kabbale Début de page

Selon la mystique juive, la Kabbale a été donnée à Adam par l’ange Raziel, le régent des Chérubins. Elle est également une partie des lois reçues par Moïse, qui a été transmise oralement.

En étudiant le passage 19,21 de l’Exode, composé de 3 versets de 72 lettres chacun, les anciens kabbalistes ont pensé découvrir le nom des 72 génies des hiérarchies célestes.

La tradition chrétienne a réparti les anges en 9 chœurs.

Les Séraphins

Vehuiah (volonté pour créer et pour transformer), Yeliel (fécondité), Sitael (courage), Elemiah (succès professionnel), Mahasiah (paix, sérénité), Lelahel (santé, guérison), Achaiah (foi) et Cahetel (élévation vers Dieu). Régent ou archange (ce nom n’a pas de rapport avec le 8ème chœur) qui est la fusion de chacun des anges du groupe : Metatron

Metatron, dont le nom signifierait « celui qui occupe le trône près du Trône Divin », est le plus grand de tous les anges, tant par son rang que par sa taille. Il est sous le Trône, et devant Lui. Prince de la Présence, il garde et protège le Trône divin. Il est l’ « ange du Visage ou de la Face », l’ange des Théophanies, l’ange qui se repose dans la chambre des plus grands secrets. Metatron a pour mission d’enregistrer les bonnes actions et de servir la merkabah (le char divin). Il régit l’ensemble des forces créatrices et a la charge de la nourriture de l’humanité. Architecte et horloger de Dieu, il est l’Ange du temps et de l’espace. Selon certains textes, Énoch n’a pas connu la mort physique, mais il aurait rejoint les cieux où Dieu l’aurait transformé en un ange du nom de Metatron, doté de 36 ailes et de 365 000 yeux enflammés. Metatron serait l’ange qui arrêta le bras d’Abraham pour l’empêcher de sacrifier son fils Isaac, celui qui lutta contre Jacob, et finalement celui qui, apparaissant sous la forme d’une colonne de feu plus brillante que le soleil, conduisit les hébreux pendant leur 40 ans d’errance dans le désert. Metatron a un frère jumeau : Sandalphon (Elie ?). Ange suprême de la mort à qui Dieu donne chaque jour la liste des âmes qui devront être recueillies, Metatron délègue ensuite ses ordres à ses subordonnés, Gabriel et Samaël. Il est également le professeur des enfants morts prématurément.

La couleur des Séraphim est le rouge, couleur du feu, leur élément. Leur pierre est la sardoine (calcédoine d’une variété rouge sang ou brun) qui reflète les influences cosmiques et fait fuir les démons.

Les Chérubins

Haziel (pardon, amour), Aladiah (clarté d’esprit, inspiration), Lauvuel (sagesse), Hahaiah (protection), Yezalel (réconciliation, réalisation des desseins), Mebahel (droiture, compréhension), Hariel (libération, inspiration dans le travail) et Hekamiah (amitié, loyauté). Régent : Raziel

Ils sont couleur soleil, composés d’éther et de feu. Leur pierre est la topaze, chargée de puissance occulte et symbole de justice. Ils sont représentés en bleu et or, jouant parfois d’un instrument de musique.

Les Trônes

Lauviah (prémonition, rêves révélateurs), Caliel (vérité, justice), Leuviah (grâce et providence), Pahaliah (vocation), Nelchael (victoire sur le mal), Yeiayel (renommée), Melahel (guérison), Haheuiah (protection providentielle). Régent : Zaphkiel

Leur pierre est le jaspe rouge et vert, dissolvant universel des venins psychiques et spirituels. On les retrouve généralement représentés avec une robe et un bâton de commandement.

Les Dominations

Nith-Haiah (compréhension de l’occulte), Haaiah (recherche de la vérité), Yerathel (mission de propager la lumière), Seheiah (longévité), Reiyel (inspiration des orateurs), Omael (patience), Lecabel (gloire, fortune), Vasariah (aide divine). Régent : Zadkiel

Ils sont responsables des éléments naturels et des corps célestes et représentent la pure élévation spirituelle détachée de toute compromission terrestre. Ils sont représentés portant une couronne et un sceptre.

Les Puissances

Yehuyah (protection contre l’hostilité), Lehahiah (sérénité et compréhension de l’œuvre divine), Khavaquiah (paix et harmonie dans les familles), Menadel (force pour perdre les mauvaises habitudes), Aniel (courage pour surmonter toute difficulté), Haamiah (recherche et diffusion de la vérité), Rehael (amour, respect et bonne entente), Yeiazel (aide et consolation). Régent : Camael

Ils combattent les démons. Leur pierre est l’onyx blanc et noir, lumières et ténèbres, symbole du Bien et du Mal. Ils sont, comme les dominations, représentées avec une couronne et un sceptre.

Les Vertus

Hahahel (vocations religieuses), Mikhael (« flair » pour réussir), Veualiah (prospérité en affaires), Yelaiah (tolérance, patience, courage), Sealiah (succès des humbles), Ariel (atteinte des idéaux, rêves à réaliser), Asaliah (connaissance de la vérité), Mihael (amour et fidélité dans les couples). Régent : Raphaël.

Ils représentent la synthèse des 4 éléments. Leur pierre est le saphir, symbole de sagesse et puissant talisman contre le mauvais œil : le Trône de Yahvé est fait de pierres de saphir. Ils sont souvent représentés portant des fleurs.

Les Principautés

Vehuel (la renommée par la bonté), Daniel (grâce et beauté), Hahasiah (sagesse), Imamiah (identification des ennemis), Nanael (inspiration pour les études), Nithael (appuie les requêtes faites aux puissants), Mebahiah (pour mener une vie spirituelle), Poyel (savoir, pouvoir, richesse). Régent : Haniel

Ils protègent les nations.

Les Archanges

Nemamiah (avancement rapide dans la carrière), Yeyalel (réconfort et soutien), Harael (talents de bon gestionnaire), Mitzrael (désir de servir), Umabel (détachement, consolation des peines et des chagrins d’amour), Iah-Hel (bonheur du couple), Anauel (courage et santé), Mehiel (inspiration pour l’écriture). Régent : Michaël

Leur pierre est le rubis, symbole de l’ardeur guerrière, du pouvoir et de la victoire. Ils sont presque toujours représentés en militaire, portant une arme (lance ou épée) et un bouclier. Ils portent aussi une balance (pour peser les âmes) ou des fleurs blanches (généralement des lys) ou bien encore un instrument de musique (trompette).

Les Anges

Damabiah (succès dans les entreprises utiles), Manakel (délivre du sentiment de culpabilité), Eiael (sagesse, illumination), Habuhiah (fécondité et guérison des maladies), Rochel (droiture, renommée), Yabamiah (régénérescence, réussite), Haiaiel (courage pour atteindre un noble but), Mumiah (révélation des secrets). Régent : Gabriel

On trouve parmi eux les anges gardiens. Leur pierre est l’émeraude, ambiguë, gemme de la connaissance du Bien et du Mal.

1.9 L’ange du jour de naissance Début de page

1. Vehuiah (21 mars → 25 mars)
2. Jeliel (26 mars → 30 mars)
3. Sitael (31 mars → 4 avril)
4. Elemiah (5 avril → 9 avril)
5. Mahasiah (10 avril → 14 avril)
6. Lelahel (15 avril → 20 avril)
7. Achaiah (21 avril → 25 avril)
8. Cahetel (26 avril → 30 avril)
9. Haziel (1er mai → 5 mai)
10. Aladiah (6 mai → 10 mai)
11. Lauviah (11 mai → 15 mai)
12. Hahaiah (16 mai → 20 mai)
13. Iezalel (21 mai → 25 mai)
14. Mebahel (26 mai → 31 mai)
15. Hariel (1er juin → 5 juin)
16. Hekamiah (6 juin → 10 juin)
17. Lauviah (11 juin → 15 juin)
18. Caliel (16 juin → 21 juin)
19. Leuviah (22 juin → 26 juin)
20. Pahaliah (27 juin → 1e juillet)
21. Nelkhael (2 juillet → 6 juillet)
22. Yeiayel (7 juillet → 11 juillet)
23. Melahel (12 juillet → 16 juillet)
24. Haheuiah (17 juillet → 22 juillet)
25. Nith-Haiah (23 juillet → 27 juillet)
26. Haaiah (28 juillet → 1e août)
27. Yerathel (2 août → 6 août)
28. Seheiah (7 août → 12 août)
29. Reiyel (13 août → 17 août)
30. Omael (18 août → 22 août)
31. Lecabel (23 août → 28 août)
32. Vasariah (29 août → 2 septembre)
33. Yehuiah (3 sept. → 7 septembre)
34. Lehahiah (8 sept. /12 septembre )
35. Chavakhiah (13 sept. → 17 septembre)
36. Menadel (18 sept. → 23 septembre)
37. Aniel (24 sept. → 28 septembre)
38. Haamiah (29 sept. → 3 octobre)
39. Rehael (4 oct. → 8 octobre)
40. Ieiazel (9 oct. → 13 octobre)
41. Hahahel (14 oct. → 18 octobre)
42. Mikael (19 oct. → 23 octobre)
43. Veuliah (24 oct. → 28 octobre)
44. Yelahiah (29 oct. → 2 novembre)
45. Sealiah (3 nov./ 7 novembre)
46. Ariel (8 nov. → 12 novembre)
47. Asaliah (13 nov. → 17 novembre)
48. Mihael (18 nov./ 22 novembre)
49. Vehuel (23 nov. → 27 novembre)
50. Daniel (28 novembre → 2 décembre)
51. Hahasiah (3 déc. → 7 décembre)
52. Imamiah (8 déc. → 12 décembre)
53. Nanael (13 déc. → 16 décembre)
54. Nithael (17 déc. → 21 décembre)
55. Mebahiah (22 déc. → 26 décembre)
56. Poyel (27 déc. → 31 décembre)
57. Nemamiah (1er janvier → 5 janvier)
58. Yeialel (6 janvier → 10 janvier)
59. Harahel (11 janvier → 15 janvier)
60. Mitzrael (16 janvier → 20 janvier)
61. Umabel (21 janvier → 25 janvier)
62. Iahhel (26 janvier → 30 janvier)
63. Anauel (31 janvier → 4 février)
64. Mehiel (5 février → 9 février)
65. Damabiah (10 février → 14 février)
66. Manakel (15 février → 19 février)
67. Eyael (20 février → 24 février)
68. Habuhiah (25 février → 28-29 février)
69. Rochel (1er mars → 5 mars)
70. Jabamiah (6 mars → 10 mars)
71. Haiaiel (11 mars → 15 mars)
72. Mumiah (16 mars → 20 mars)

1.10 Les anges de l’Islam Début de page

L’islam, s’inspirant des traditions juives et chrétiennes, mentionne souvent les anges. Les anges sont des êtres créés à partir de la lumière. Il en existe une multitude. Ils sont infaillibles et ne peuvent tomber dans le péché. Ils sont asexués et supérieurs aux hommes et aux prophètes, sauf à Muhammad.

- Gabriel (Jibril), le « digne de confiance » (El Amine), est le porteur des ordres et des châtiments divins et de la révélation divine ; il donna la Maison Sacrée du Très-Haut (Kaaba) à Adam ; il confia sa reconstruction aux prophètes Abraham et Ismaël ; il apparut ensuite au prêtre et prophète Zacharie afin de lui annoncer la naissance miraculeuse de son fils Yahya (Jean Baptiste) ; il annonça à Maryam (Marie) la naissance de Aïssa (Jésus) ; vers 610, Muhammad méditait dans une caverne du mont Hira quand, une nuit du mois de Ramadan, l’ange Gabriel, qui a 2 ailes vertes, lui annonça qu’il était l’Envoyé de Dieu et lui ordonna de transmettre la parole divine.

- Michel (Mikaïl) est le porteur de la miséricorde divine, chargé du tonnerre, de la pluie et de la pousse des plantes ; au commencement, Dieu chargea Michel de lui ramener de la terre et de l’argile pour former Adam, mais il ne put en prendre car la terre refusa ; alors Dieu envoya Azraïl, l’ange de la mort, et la Terre ne put refuser.

- Malâk al-mawt (l’ange de la Mort), appelé Azraïl dans la tradition, correspondant à Azraël ; lorsqu’une personne est à l’agonie et que Dieu a décidé qu’elle doit mourir, Il envoie Azraël afin de lui retirer l’âme.

- Israfil sonnera de la trompe de vérité le jour du Jugement dernier et de la Résurrection.

- Malik est le gardien de l’Enfer ; « Et ils crieront : Ô Malik ! Que ton Seigneur nous achève ! Il dira : En vérité vous y êtes pour y demeurer éternellement. » (Sourate XLIII)

- Redhouane ou Ridwan est le gardien du Paradis.

- Munkar (ou Mounkar) et Nakir sont les anges de l’interrogation au tombeau : ils interrogent dans leur tombe, la nuit de leur enterrement, les mécréants et les croyants ayant commis de graves péchés.

- Mubabashar et Bashîr interrogent les fidèles qui n’ont commis aucune faute.

- les 2 anges affectés par Allah à chaque individu, l’un à droite (pour les bonnes actions) et l’autre à gauche (pour les mauvaises actions), sont des hâfiz (ceux qui consignent ou qui retiennent) : « Lorsque les deux anges chargés de recueillir les paroles de l’homme se mettent à les recueillir, l’un s’assied à sa droite, et l’autre à sa gauche. Il ne profère pas une seule parole qu’il n’y ait un surveillant prompt à la noter exactement. » (Sourate L, 16-17)

- Sidjil « plie les feuillets écrits » (Coran XXI, 104) : l’ange Sidjil est chargé d’inscrire toutes les actions de l’homme sur un rouleau qu’il plie à sa mort.

- Allah envoie l’ange de l’utérus de la mère à partir du 4ème mois de conception et lui ordonne d’écrire les moyens de vie, le terme de l’existence, les actions et l’infortune ou le bonheur futur de cet embryon.

- les 19 al-Zabâniya, de taille immense et d’une très grande force, sont les gardiens du Feu.

- Au Jugement dernier, 8 anges porteront le Trône de Dieu : « Les Anges se tiendront sur ses confins, tandis que ce Jour-là huit d’entre eux porteront le Trône de ton Seigneur » (Coran LXIX, 17)

La mosquée dite d’Omar ou Dôme du Rocher, a été construite vers 710 par le sultan Abd al-Malik sur l’emplacement du temple de Salomon, au sommet du mont Moriah, au-dessus d’un rocher sacré d’environ 9 m de diamètre, la Shetiyyah (Pierre), la fondation du monde. Pour les musulmans, c’est là que venaient les anges avant la création d’Adam. L’arche de Noé en fit 7 fois le tour et Abraham y prépara le sacrifice de son fils Ismaël. C’est également à cet endroit qu’atterrit en songe le prophète Mahomet, monté sur sa jument ailée « al-Buraq » conduite par l’ange Gabriel, pour rencontrer Abraham, Moïse et Jésus, et d’où il s’envola au ciel pour se rendre auprès de Dieu lui-même (Coran, XVII, « Le Voyage nocturne »). Al-Buraq est représentée somme une monture hybride, mule ailée à visage de femme et à queue de paon. Elle est couverte de bijoux, le front ceint d’une couronne ou d’un diadème, volant sur fond de ciel étoilé, orné d’un croissant de lune. Al-Buraq rappelle les centaures, griffons et sphinx qui gardaient autrefois les portes des palais assyriens.

A l’intérieur de l’enceinte de la mosquée de La Mecque, se trouvent la Station d’Abraham, bloc de pierre sur lequel il montait pour reconstruire les murs de la Kaaba (Cube édifié par Adam, détruit par le Déluge, reconstruit au Xe siècle après un incendie et dans lequel est enchâssée la pierre noire donnée à Abraham par l’archange Gabriel) et le Puits de Zamzam d’où l’eau avait jailli miraculeusement pour éviter qu’Agar et son fils Ismaël meurent de soif.

Gabriel avait noué un turban autour de la tête d’Adam, après l’exil du Paradis, en souvenir de sa dignité perdue (auparavant, Adam portait une couronne).

Dieu et les anges bénissent celui qui le porte le turban le vendredi car il constitue une parure pour Dieu.

La couleur du turban la plus fréquente est le blanc. On dit que le Prophète l’aimait et que les anges, qui aidèrent les musulmans à la bataille de Badr, portaient des turbans blancs, couleur du Paradis (on dit aussi qu’ils portaient des turbans jaunes, parce que l’ange Gabriel avait un turban fait de lumière). Le Prophète aurait aimé porter du bleu, mais il l’interdit parce que les incroyants en portaient. Il est dit aussi qu’à Uhud et à Hunaïn, les anges portaient des turbans rouges, et que Gabriel apparut une fois à l’épouse du Prophète, Aïcha, avec un turban rouge.

Le vert est la couleur du Paradis, et la couleur préférée, dit-on, de Muhammad (bien que, selon la tradition, il ne porta pas de turban de cette couleur). Le port du turban vert est l’insigne de ses descendants.

On dit que, préoccupés par la désignation du successeur du Prophète défunt, les compagnons oublièrent ses funérailles qui eurent lieu 3 jours après sa mort. Ce furent les anges Gabriel et Azraïl qui assistèrent Muhammad dans son agonie et pratiquèrent les soins mortuaires.

La tradition rapporte un épisode miraculeux qui serait arrivé au jeune Mohammed âgé de 6 ans. Deux anges étaient venus, avaient ouvert sa poitrine, en avaient extirpé le cœur qu’ils avaient soigneusement nettoyé avant de le remettre à sa place, le lavant ainsi de toute souillure et l’emplissant de foi et de piété.

« Louange à Dieu, créateur des Cieux et de la Terre, celui qui emploie pour messagers les Anges à deux, trois ou quatre ailes.. » (Coran, XXXV)

« Si tu voyais les injustes lorsqu’ils seront dans les affres de la mort, et que les anges leur tendront leurs mains disant : Laissez sortir vos âmes ... » (Sourate VI)

« Si tu voyais, lorsque les anges arrachaient les âmes aux mécréants! Ils les frappaient sur leurs visages et leurs derrières, en disant : Goûtez au châtiment du Feu. » (Sourate VIII, 50)

2. Les démons judéo-chrétien et islamique
2.1 Les démons Début de page

Les démons et esprits maléfiques des mythes et folklores du monde entier reflétaient toutes les peurs et angoisses des humains mais aujourd’hui, ils sont devenus un élément du folklore et la croyance populaire à ces entités ne cesse de décliner depuis le XVIIIe siècle.

D’une variété considérable, monstres, dragons, hybrides semi-humains, géants, nains, diables et démons livrent un combat perpétuel contre les dieux.

Certains sont même sans forme, comme les oni du Japon qui servent des divinités chthoniennes et passent pour être responsables des tempêtes.

En Ecosse, les légendaires kelpies hantent les étangs, prêts à attirer au fond de l’eau les voyageurs imprudents.

Dans le christianisme, le démon devint un ange déchu, capable de dévoyer les hommes pour les mettre au service de son maître : Satan. Appelé aussi Lucifer (« Porteur de lumière » en latin), du nom qu’il avait avant sa déchéance, il est très puissant, intelligent, beau, orgueilleux, séducteur, rusé, rebelle à toute loi, fourbe et pervers. C’est le « Prince de ce monde ».

L’idée d’un salut final de Satan remonte à Origène ; mais elle fut tenue pour hérétique et condamnée par le concile de Constantinople II, car Satan n’a pas été rejeté par Dieu : il s’est au contraire séparé de lui. Dieu ne peut pardonner à qui ne demande pas le pardon. Le premier engagement libre de la volonté de Satan est définitif, son péché est irréversible ; il « est irrémédiable parce qu’il l’a commis sans que personne le lui eût suggéré, sans qu’il eût non plus quelque penchant au mal lui venant d’une suggestion antérieure : d’aucun péché de l’homme on ne peut en dire autant » (Thomas d’Aquin).

Les Yezidi, Kurdes du djebel Sindjar (Irak), qui pratiquent une religion curieusement syncrétiste associant des éléments juifs, chrétiens, musulmans et païens, sont faussement appelés « Adorateurs du diable » car ils croient seulement à sa réhabilitation : repentant, il éteint l’enfer avec ses larmes.

Au XIXe siècle, Satan fut présenté comme le symbole de la révolte et de la liberté, la liberté absolue ne pouvant être qu’une revendication de soi contre Dieu. De manière symétrique, certains chrétiens condamnèrent toute revendication de liberté comme satanique, et même, à la fin du siècle, une hostilité obsessionnelle vis-à-vis de la franc-maçonnerie leur fit assimiler cette dernière à une contre-Église satanique. Mais, selon Freud, « le diable n’est pas autre chose que l’incarnation des pulsions anales érotiques refoulées ».

Les démons sont innombrables et invisibles : chaque humain en a 1 000 à sa droite et 10 000 à sa gauche (Talmud de Babylone, traité Berakoth 6a). Ils habitent de préférence les lieux isolés et impurs, le désert, les ruines. Ils sont à redouter, surtout la nuit. Ils s’attaquent aux bêtes comme aux hommes. Ils sont cause des maladies physiques et des troubles psychiques, ils font naître des passions désordonnées, ils provoquent la colère et attisent la jalousie.

Les démons sont tentateurs. Dès l’origine, sous la forme du serpent, Satan séduit Eve. Il lui dit : « Est-il vrai que Dieu vous a dit « Vous ne mangerez d’aucun des arbres du jardin ». Le serpent ajouta : « Il est faux que vous mourrez. Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux » » (Genèse 3, 1 5)

La tentation est grande pour les hommes d’utiliser la puissance des démons : Merlin l’Enchanteur, Robert le Diable, Tannhäuser et Faust nouent des alliances avec eux et tirent de ces contrats des pouvoirs merveilleux (Goethe utilise dans Faust le démon médiéval Méphistophélès « celui qui hait la lumière »).

Toutes les pratiques magiques sont illicites, funestes et vaines. Celui qui prétend faire appel à des puissances supérieures, toujours démoniaques, pour utiliser leurs pouvoirs prend un grand risque. En effet il n’est pas au pouvoir de l’homme de commander aux démons. Seul Dieu (et celui qui est mandaté par Lui) le peut. Par conséquent, celui qui s’imagine se servir d’eux est dans l’illusion ; les démons ne lui obéissent pas, ils y condescendent momentanément... Lorsque le sorcier fait explicitement appel aux démons, ceux-ci peuvent donner à son action une efficacité particulière, dite praeter-naturelle, à cause de leur puissance angélique toujours intacte. D’où les prodiges subjectifs (hallucinations) ou sensoriels (bruits, apparitions diverses) qui accompagnent certains sortilèges.

« Le beau dans ses rapports avec le faux et le mal, le beau séparé de Dieu ou correspondant à l’individualité pure, a son type dans Satan, la plus parfaite des natures créées, mais la plus éloignée de Dieu, la plus perverse, la plus souffrante. La forme reste avec sa beauté essentielle, impérissable, et l’on frémit en la voyant. Le mal est là, l’idéal du mal incarné dans cette forme. Les ténèbres rayonnent de cette face ; la haine scintille dans ces yeux ; l’orgueil inflexible siège sur ce front. Cette forme ravissante, isolée du Créateur, isolée de la création, est suspendue dans le vide comme un météore effrayant. » (Lamennais)

« La science de Satan répond à sa puissance. La science de tous les hommes réunis n’approche pas de la sienne. L’homme en péchant n’a pas perdu l’exercice de ses facultés naturelles ; il a été seulement blessé, comme parle le concile de Trente, dans ses facultés et surtout dans sa volonté ; ainsi Satan, en se révoltant contre Dieu, n’a pas perdu entièrement cette intelligence élevée et subtile que son créateur lui avait donnée. Satan, par cette pénétration naturelle, connaît une foule de choses dont nous n’avons pas seulement l’idée. Il connaît les choses passées, les présentes et pronostique avec une certaine assurance l’avenir. » (Abbé Pascal, Histoire de Satan, prince des démons, Vannes, 1859).

2.2 Le dragon Début de page

Vivant dans les entrailles de la Terre, doté d’un corps de lézard, d’une queue de serpent, d’ailes d’aigle, de griffes de lion et de poumons crachant le feu, le dragon (du grec dracôn : serpent géant) symbolise à lui seul les 4 éléments de la tradition occidentale, ainsi réunis en une seule créature capable d’inspirer les plus épouvantables cauchemars.

Il offre des significations contradictoires et exprime le paradoxe qui réside au cœur même de la vie l’interdépendance de la lumière et des ténèbres, de la création et de la destruction, du masculin et du féminin. Mais, plus que ces opposés, le dragon personnifie la source unique dont ils tirent leur origine. II n’est ni bon ni mauvais en lui-même : il symbolise l’énergie primordiale du monde matériel (le chaos des origines) qui peut être indifféremment utilisée pour le Bien ou pour le Mal (le bon ou le mauvais côté de la Force).

En Orient, où l’accent a toujours été mis sur les aspects positifs de cette énergie, il est traditionnellement appréhendé comme la synthèse des caractères bénéfiques des éléments. Unissant l’eau (écailles, forme reptilienne), la terre (caverne) et l’air (ailes, souffle), il représente l’union de la matière et de l’esprit.

En Inde, il est principe primordial et s’identifie à Agni ou à Prajapâti. Le Tueur de Dragon est le sacrificateur qui apaise la puissance divine et s’identifie à elle. Le dragon produit le soma, qui est breuvage d’immortalité. Indra, roi des Cieux, tue Vitra, le dragon des eaux, pour libérer la pluie.

En Chine, Tchouang-Tseu enseigne que la puissance du dragon est chose mystérieuse : elle est la résolution des contraires. C’est pourquoi Confucius vit, selon lui, en Lao-Tseu la personnification même du dragon. Par ailleurs, si le dragon-soma procure l’immortalité, le dragon chinois y conduit également : les dragons volants sont les montures des Immortels. Houang Ti, qui avait utilisé le dragon pour vaincre les tendances mauvaises, monta au Ciel sur le dos d’un dragon. Mais il était lui-même dragon, de même que Fou-hi ou Fuxi, le souverain primordial (2852 2737 av. J.-C.), qui avait torse humain et corps de poisson.

Dans cette Chine, où il draina la Terre au début des temps, le dragon accompagne les saisons. Il est le principe K’ien, origine du Ciel et producteur de la pluie et l’on croyait autrefois que les images de dragons portant des perles (le tonnerre) pouvaient amener la pluie. Son sang est noir et jaune, couleurs primordiales du Ciel et de la Terre. Les 6 traits de l’hexagramme k’ien, qui figurent traditionnellement les 6 six étapes de sa manifestation, sont 6 dragons attelés. La semence du dragon, déposée dans les entrailles de la terre, est devenue jade. Les 5 griffes de Lung, le dragon impérial chinois, représentent les 5 éléments de la tradition extrême-orientale (eau, feu, bois, métal, terre). Elles rappellent l’autorité que l’empereur, représentant du Ciel, était supposé exercer sur la totalité du monde. Puissance céleste, créatrice, ordonnatrice, le dragon était le symbole de l’empereur. Yu le Grand (2205 2197 av. J.-C.), fondateur mythique de la dynastie des Xia, aurait été à l’origine un dragon (ou fut conseillé par un dragon), et chaque empereur était considéré comme l’incarnation de cet animal.

Il est remarquable que ce symbole du pouvoir s’applique non seulement en Chine, mais aussi chez les Celtes (le légendaire Roi Arthur était le fils d’Uter Pendragon « Uter à tête de Dragon ») et qu’un texte hébreu parle du Dragon céleste comme d’un roi sur son trône. Il est associé à la foudre (il crache du feu) et à la fertilité (il amène la pluie). Il symbolise ainsi les fonctions royales et les rythmes de la vie, qui garantissent l’ordre et la prospérité.

En Orient, le dragon sortant de la mer ou du fleuve était associé à l’acquisition de la connaissance et à l’esprit créateur alors qu’en Occident, on y voyait le symbole du surgissement brutal des énergies maléfiques de l’inconscient.

Au XIIIe siècle, Phajo Drugom Shigpo fait de l’école Drug-pa Kagyu-pa du bouddhisme Mahayana, l’école dominante. La lignée Drug-pa Kagyu-pa, qui appartient au véhicule de Diamant, signifie « lignée du dragon Kagyu-pa » ; ses enseignements sont magnifiquement exposés dans Vie et Chants de Drug-pa Kun-Legs le Yogin qui vécut au XVe siècle, et dont le nom signifie « Beau Dragon ». Il est vénéré au Bhoutan, près du Tibet (le Bhoutan étant Druk Yul « Pays du Dragon »). Le Bhoutan est un royaume dont le souverain est druk gyalpo « roi-dragon ». Le dragon en est le symbole national.

En Occident, le dragon représente la nature primitive sauvage, de l’homme, qui doit être dominée par la force et l’autodiscipline dans le christianisme, il personnifie la puissance de Satan et du monde souterrain, vaincue par l’archange saint Michel.

Avec l’association du serpent à Satan, le Tentateur, le christianisme a fait du dragon un symbole effrayant du chaos, de la force destructrice aveugle, du Mal intrinsèquement lié au monde de la matière. Le Christ lui-même est parfois représenté foulant aux pieds les dragons qui représentent l’armée de Lucifer opposée à l’armée des anges de Dieu. Saint Georges triomphant du dragon, symbolise la victoire de l’esprit sur la matière, du Bien sur le Mal, de la lumière divine (figurée par la lance) sur les ténèbres infernales. Sainte Marguerite s’échappa d’un dragon qui l’avait avalée (elle perça le dos du monstre avec une croix) et sainte Marthe en soumit un autre [Jacques de Voragine affirme dans La Légende dorée que c’est à sainte Marthe, venue des Saintes-Maries-de-la-Mer, et patronne de Tarascon, qu’il faut attribuer le mérite d’avoir débarrassé la région de la monstrueuse Tarasque : elle l’aurait neutralisée en lui présentant la croix et en l’aspergeant d’eau bénite, avant de la livrer à la fureur de la foule qui la lapida.]

Le patriarche zen Houei Nêng fait également des dragons et des serpents les symboles de la haine et du mal.

Le terrible Fudo Myô-o nippon, le plus important des « rois de sagesse », dominant le dragon, vainc par là même l’ignorance et l’obscurité.

Au Moyen Age, le dragon est le gardien jaloux d’un trésor (la sagesse spirituelle) ou le geôlier impitoyable d’une jeune vierge (la pureté) prisonnière dans son antre souterrain.

Par extension, le dragon en est venu logiquement à symboliser, dans la civilisation occidentale, le monde des émotions et les profondeurs insondables de l’inconscient. Il figure l’animal tapi à l’intérieur de nous, les énergies primitives qui, si nous les libérions, nous ramèneraient immanquablement au niveau des bêtes.

Le dieu babylonien Mardouk attaque Tiamat, la Mer salée qui, sous la forme d’un dragon-serpent, symbolise le chaos primordial qu’il doit vaincre avant d’ordonner l’univers. Les armes de Mardouk sont la foudre, la massue et le filet (Texte Enuma Elisha, v. 2000 av. J.-C.). Avant même la grande lutte qui opposa Mardouk à Tiamat, le dieu sumérien Enki, dieu de la mer, avait dû livrer un assaut redoutable contre un monstre du nom de Kur qui avait enlevé une déesse du nom d’Ereshkigal. Le dieu Enki arma un bateau et livra combat au monstre sur les eaux. Kur jeta pierre sur pierre contre la barque divine, déchaîna contre l’esquif les eaux de la mer primordiale mais en vain : Enki finit par arrêter ces assauts et par délivrer la déesse. (Récit du IIIe millénaire avant J.-C.)

Le dieu-solaire égyptien Rê mène un combat quotidien contre le dragon des ténèbres Apophis. Cette lutte est relatée dans un livre étrange, le Livre de l’Am Douat ou Livre du monde inférieur, qui décrit le parcours souterrain du soleil pendant les heures de la nuit.

Selon un mythe hittite, Teshub, le dieu de l’Orage et un compagnon (peut-être son fils) attaquent le dragon Illuyanka et déversent sur lui des torrents de grêle. D’abord vaincu par le monstre, le dieu finira cependant par triompher.

On peut rattacher l’image biblique de la baleine rejetant Jonas à la symbolique du dragon, monstre qui avale et recrache sa proie, après l’avoir transfigurée. Cette image d’origine mythique solaire représente le héros englouti dans le dragon obscur. Le monstre vaincu, le héros conquiert une éternelle jeunesse. Son voyage aux enfers accompli, il remonte du pays des morts et de la prison nocturne de la mer vers la lumière.

Dans tous les textes hébraïques, le dragon est assimilé au mal ou à la mort (le prophète Daniel tue le dragon qui protège le dieu Mardouk des Babyloniens (Daniel 14,23-32) ; le christianisme héritera de cette symbolique.

Pour les Grecs et les Romains, les dragons possédaient la faculté de comprendre les secrets de la terre et de les transmettre aux mortels, et l’animal figurait fréquemment sur les étendards romains.

Un féroce dragon sévit dans le poème épique anglo-saxon « Beowulf » (VIIIe siècle). Le dragon crache du feu et possède des ailes lui permettant de voler dans la nuit. La mort du roi danois Beowulf, empoisonné par le souffle venimeux, fait écho à celle de Thor qui, à la dernière bataille du Ragnarok, tua le Serpent du Monde mais succomba ensuite à son venin.

Les guerriers celtes qui envahirent l’Angleterre choisirent, pour leur part, le dragon comme emblème héraldique, symbole de souveraineté. Le dragon figura sur les boucliers des tribus teutoniques qui envahirent tour à tour l’Angleterre et, jusqu’au XVIe siècle, sur les pavillons de guerre des rois d’Angleterre ainsi que sur les armoiries traditionnellement portées par le prince de Galles.

Le dragon rouge est l’emblème du Pays de Galles. Le Mabinogi de Lludd et Llewelys raconte la lutte du dragon rouge et du dragon blanc, ce dernier symbolisant les Saxons envahisseurs. Finalement les deux dragons, ivres d’hydromel, sont enterrés au centre de l’île de Bretagne, à Oxford, dans un coffre de pierre. L’île ne devrait subir aucune invasion tant qu’ils n’auront pas été découverts. Le dragon enfermé est le symbole des forces cachées et contenues : les deux faces d’un être voilé. Le dragon blanc porte les couleurs livides de la mort, le dragon rouge celles de la colère et de la violence. Les deux dragons enterrés ensemble signifient la fusion de leur destin. La colère est tombée, mais les dragons pourraient resurgir ensemble. Ils demeurent comme une menace, une puissance virtuelle, prompte à se lancer contre tout nouvel envahisseur.

Les Scandinaves ornaient la proue de leurs drakkars (nom dérivé de « dragon ») de sculptures reproduisant les traits du monstre. Un récit scandinave raconte que le dragon Fafnir est tué par le jeune héros Sigurdr le Vôlsungr. Sigmundr, père de Sigurdr, était l’un des plus valeureux héros d’Odin (en fait, il pourrait bien être le tueur du dragon, le nom de Sigurdr n’étant pas mentionné dans les sources anciennes). Ce même récit réapparaît plus tard dans la tradition germanique avec Siegfried pour héros. La geste de Sigurd est le plus ancien texte épique de la poésie nordique. Ses racines historiques sont établies : le prototype de Sigurd fut le roi mérovingien Sigebert qui avait pour épouse Brunehaut, modèle probable de la Brunehilde de l’épopée. L’œuvre sous sa forme la plus ancienne fut écrite au Xème siècle et reprise par la suite, à partir du XIIème, en Scandinavie et en Germanie.

Dans les contes serbes et russes, le dragon est « le Serpent flamboyant ». II a des liens avec le feu, l’eau et les montagnes, c’est-à-dire avec les frontières de l’Autre Monde.

En Russie préchrétienne, on croyait que les éclairs étaient des dragons et on les associait au dieu du tonnerre Perun. L’épopée de Dobrynia, vainqueur du dragon, exprime sous une forme allégorique la conversion de la Russie (à la fin du Xe siècle).

Le dragon slave apparaît habituellement comme un ravisseur de femmes, soit une femme proche du héros, qui est transportée dans l’Autre Monde, soit des jeunes filles qu’il terrorise. Il joue également le rôle de gardien du pont en bois de tremble qui enjambe une rivière tumultueuse et mène à l’Autre Monde. Dans un cas comme dans l’autre, le héros doit vaincre le monstre et, au moment opportun, délivrer la prisonnière. Avant d’essayer de décapiter le dragon, il doit ignorer les railleries et lutter contre une irrésistible envie de dormir.

Les chansons serbes et bosniaques sur Zmaj Ognjeni Vuk « le dragon-loup de feu » font le lien entre un loup-garou et un roi du XVe siècle : Vuk le Tyran. Les chansons rapportent qu’il est né avec une tache de vin (une marque rouge en forme de sabre sur son épaule droite) et des touffes de poils de loup, et qu’il crache le feu. Grandissant à une vitesse prodigieuse, il devient un guerrier, et il est seul capable de vaincre le dragon (peut-être parce que dragon lui-même).

Le dragon nous apparaît essentiellement comme un gardien sévère ou comme un symbole du mal et des tendances démoniaques. Il est en effet le gardien des trésors cachés, et comme tel l’adversaire qui doit être vaincu pour y avoir accès. C’est en Occident le gardien de la Toison d’or et du Jardin des Hespérides ; en Chine, dans un conte des T’ang, celui de la Perle. La légende de Siegfried confirme que le trésor gardé par le dragon n’est autre que l’Immortalité. Mais ces aspects négatifs ne sont pas les seuls, ni les plus importants.

Le symbolisme du dragon est ambivalent, ce qu’exprime d’ailleurs l’imagerie extrême-orientale des deux dragons affrontés, qu’on retrouve dans l’art médiéval, et plus particulièrement dans l’hermétisme européen et musulman, où cet affrontement prend une forme analogue à celle du caducée. C’est la neutralisation des tendances adverses, du soufre et du mercure alchimiques (alors que la nature latente, non développée, est figurée par l’ouroboros, le dragon qui se mord la queue).

En Extrême-Orient, le dragon comporte des aspects divers en ce qu’il est animal aquatique, terrestre (voire souterrain), et céleste à la fois ; ce en quoi on a pu le rapprocher de Quetzalcoatl, le serpent à plumes des Aztèques (voir « Les Amérindiens »). En réalité, il ne s’agit que d’aspects distincts d’un symbole unique, qui est celui du principe actif et démiurgique : puissance divine, élan spirituel.

Symbole céleste en tout cas, puissance de vie et de manifestation, il crache les eaux primordiales ou l’œuf du monde, ce qui en fait une image du Verbe créateur. Principe K’ien, origine du Ciel et producteur de la pluie, il est la nuée qui se déploie au-dessus de nos têtes et va déverser ses flots fertilisants. Si le symbolisme aquatique demeure évidemment capital, si les dragons vivent dans l’eau, font naître des sources, si le Roi Dragon est un roi des nâga (mais il s’identifie, ici encore, au serpent), le dragon est surtout lié à la production de la pluie et du tonnerre, manifestation de l’activité céleste. Unissant la terre et l’eau, il est le symbole de la pluie céleste fécondant la terre. Les danses du dragon, l’exposition de dragons de couleur appropriée permettent d’obtenir la pluie, bénédiction du ciel.

En conséquence le dragon est signe de bon augure, son apparition est la consécration des règnes heureux. Il arrive que, de sa gueule ouverte, sortent des feuillages : symbole de germination. La montée du tonnerre, qui est celle du yang, de la vie, de la végétation, du renouvellement cyclique, est figurée par l’apparition du dragon, qui correspond au printemps, à l’Est, à la couleur verte. Le dragon s’élève dans le ciel à l’équinoxe de printemps et s’enfonce dans l’abîme à l’équinoxe d’automne ; ce que traduisent les positions des étoiles kio, et ta-kio, Epi de la Vierge et Arcturus, les cornes du dragon. Astronomiquement, la tête et la queue du Dragon sont les nœuds de la lune, les points où ont lieu les éclipses : d’où le symbolisme chinois du dragon dévorant la lune et celui, arabe, de la queue du Dragon comme région ténébreuse.

Mais l’ambivalence est constante : le dragon est yang comme signe du tonnerre, du printemps, de l’activité céleste ; il est yin comme souverain des régions aquatiques. Yang en ce qu’il s’identifie au cheval, au lion (animaux solaires), aux épées ; yin en ce qu’il est métamorphose d’un poisson ou s’identifie au serpent. Yang comme principe géomantique ; yin comme principe alchimique (mercure). L’axe des dragons, dans le thème astrologique, est aussi nommé axe de destinée. La tête du dragon, qui indique le lieu du thème où doit se construire le foyer de l’existence consciente, est opposée à la queue du dragon, qui brasse toutes les influences venues du passé, le karma dont il faut triompher. Ces deux parties du dragon sont également appelées nœuds lunaires, nord et sud ; il s’agit des points ou la trajectoire de la lune croise celle du soleil.

En alchimie, le dragon est le symbole du mercure philosophal. Deux dragons qui se combattent désignent les deux matières du Grand Œuvre, l’un est ailé et l’autre pas, pour signifier la fixité de l’une, la volatilité de l’autre. Lorsque le soufre, fixe, a changé en sa propre nature le mercure, les deux dragons font place à la porte du jardin des Hespérides, où l’on peut cueillir sans crainte les pommes d’or...

2.3 Les démons babyloniens Début de page

Certaines civilisations anciennes, notamment celles d’Égypte et de Babylone, pensaient que certains de ces démons étaient responsables du fonctionnement des organes et qu’ils provoquaient certaines maladies.

La religion babylonienne avait une démonologie compliquée, et l’on y pratiquait des exorcismes nombreux pour délivrer les personnes, les choses, les lieux ensorcelés ; ces rites essentiellement magiques constituaient une part importante de la médecine.

Les démons babyloniens sont les enfants de la Terre et du Ciel. Ils ne peuvent être reconnus ni par les dieux ni par les hommes, car ils sont entourés d’un halo qui les rend invisibles. Ils sont brillants comme des étoiles, mais sales et puants. Ils détruisent la force sexuelle de l’homme. Ils pénètrent partout subrepticement, tels des serpents, enlèvent l’épouse à son mari, séparent le fils du père. Ils se nourrissent de sang et sécrètent un venin redoutable.

Le démon Alû n’a pas de bouche, pas de membres, pas d’oreilles, pas de visage. Il tombe sur l’humain comme un mur, de préférence la nuit, et lui lie bras et jambes, langue et âme. Il est à l’origine de la maladie, appelée « main du démon Alû », caractérisée par une somnolence avec bourdonnements d’oreille. Démon de l’ouragan, il peut se présenter sous la forme d’un taureau écumant. Sorti de l’enfer (arallû) comme Gallû, il est, comme lui, assimilé aux spectres qui sortent des tombeaux.

Mutu, démon de la mort et de la maladie, est combattu avec des simulacres de cire et de faïence.

Idpa est le démon de la fièvre.

Namtar « saisit l’homme par les cheveux ». Serviteur d’Allat, la déesse des Enfers, il est le démon de la peste.

La démone Lamashtu ou Labartu (akkadien), ou encore Dimme (sumérien), fille du dieu An, est également considérée comme une déesse. Stérile, elle provoquait des fausses couches et kidnappait les nourrissons pendant l’allaitement ainsi que les jeunes enfants. Elle buvait le sang des hommes et consommait leur chair. Elle donnait des cauchemars, empoisonnait les eaux et apportait la maladie. Elle est représentée, juchée sur un âne, avec une tête de lionne, des serres en guise de pieds, un serpent (parfois à 2 têtes) dans chaque main, allaitant un cochon à son sein droit et un chien à son sein gauche. On utilisait, pour la tenir éloignée des malades, des femmes enceintes et de leur nourrisson, des représentations du démon Pazuzu, son époux, sous forme d’amulettes, de plaques de bronze ou de statuettes. De nombreuses incantations et prières servaient à la chasser ou à attirer ces faveurs. Lamashtu sera confondue avec Lilith, autre démon femelle, avec lequel elle partage de nombreux points communs.

Pazuzu, fils du dieu Hanbi et époux de Lamashtu, est le roi des démons du vent (pour les Sumériens, il commande particulièrement le vent du sud-ouest qui apporte sécheresse et famine pendant la saison sèche, et des inondations pendant la saison humide). Il est souvent représenté avec le corps d’un homme mais avec la tête d’un lion ou d’un chien, avec des griffes à la place des pieds, 2 paires d’ailes, une queue de scorpion et un pénis en forme de serpent. Il a la main droite levée, et la main gauche baissée, ce qui symbolise la vie et la mort, la création et la destruction. Il protège les humains contre la peste et les forces mauvaises.

2.4 Les démons de la Bible et de la kabbale Début de page

L’ancien Orient donnait un visage personnel aux mille forces obscures dont la présence est soupçonnée derrière les maux qui assaillent l’homme.

C’était pour les païens une tentation constante de chercher à se concilier les esprits mauvais en leur rendant un culte sacrificiel, en un mot, d’en faire des dieux.

Israël n’était pas à l’abri de la tentation. Abandonnant son créateur, il se tournait aussi vers les « autres dieux » (Deutéronome 13,3-7-14), autrement dit vers des démons (32,17), allant jusqu’à leur offrir des sacrifices humains (Psaumes 106,37). Il se prostituait aux satyres (Lévitique 17,7 ; Isaïe 13,21 et 34,13) qui hantaient ses hauts lieux illégaux (2 Chroniques 11,15).

Les traducteurs grecs de la Bible ont systématisé cette interprétation démoniaque de l’idolâtrie, identifiant formellement aux démons les dieux païens (Ps 96,5 ; Baruch 4,7), les introduisant même dans des contextes où l’original hébreu ne parlait pas d’eux (Ps 91,6 ; Isaïe 13,21 ; 65,3). Ainsi le monde des démons devenait un univers rival de Dieu.

L’Ancien Testament leur voue des lieux maudits comme Babylone (Is 13) ou le pays d’Edom (Is 34). Le rituel de l’Expiation ordonne de livrer au démon Azazel le bouc chargé des péchés d’Israël (Lévitique 16,10).

Autour de l’homme malade, on pressent des forces mauvaises qui le tourmentent. Primitivement des maux tels que la peste (Psaumes 91,6 ; Habaquq 3,5), la fièvre (Deutéronome 32,24 ; Ha 3,5) sont regardés comme des fléaux de Dieu. Il les envoie sur les hommes coupables, comme il envoie son esprit mauvais sur Saül (I Samuel 16,14-23 ; 18,10 ; 19,9) et l’Ange exterminateur sur l’Égypte, sur Jérusalem ou sur l’année assyrienne (Exode 12,23 ; 2 S 24,16 ; 2 Rois 19,35).

Le Livre de Tobie sait que ce sont les démons qui tourmentent l’homme (Tb 6,8) et que les anges ont mission de les combattre (Tb 8,3). Cependant, pour présenter le pire d’entre eux, celui qui tue, l’auteur ne craint pas de faire encore appel au folklore perse en lui donnant le nom d’Asmodée (Tb 3,8 ; 6,14).

(Vocabulaire de théologie biblique. Ed. du Cerf. 1977)

La Bible parle de démons ou génies, comme d’esprits impurs, malfaisants et tentateurs. Personnalisation de toutes les puissances maléfiques, ils ont souvent revêtu les visages des dieux étrangers : Bêelzéboul, l’ancien dieu-guérisseur d’Ekrôn (II Rois 1,2), Lilith (Isaïe 34,14 - Bible TOB), Asmodée (Tobie 3,8), Dagon, dieu phénicien de la fertilité (Juges 16,23 ; I Samuel 5,7), Nergal, dieu babylonien dont le culte s’établit en Samarie (2 Rois 17,30), Adramélech et Anamélech dieux de Sépharvaïm (2 Rois 17,31).

Les démons ont un nom collectif (les Seirim) ou personnel (Lilith, Azazel, Abaddon, Asmodée, Beelzebul ou Belzébuth, etc.)

Parfois donnée pour une fille maléfique d’Adam, premier homme de la tradition hébraïque, la démone Lilith semble dériver d’un esprit mésopotamien hantant le désert, de nature similaire et portant un nom de même consonance.

Lilith, également connue sous les noms de Lillake, Belet-ili, Belili et Baalat, est présente dans les mythes juifs, sumériens, arabes et même teutons.

Lorsque Dieu créa le monde et son jardin d’Eden, il décida de façonner l’Homme : il prit un peu de glaise afin de modeler le corps d’Adam, le fit cuire et lui insuffla le souffle de la vie. Adam vécut ainsi seul dans le Jardin d’Eden pendant un certain temps et observa les animaux tout autour de lui, constatant que chaque espèce était composée de mâles et de femelles, alors que lui était le seul être de son espèce. Ne comprenant pas pourquoi, il posa la question à Dieu, lui manifestant le souhait d’avoir une autre créature de son espèce. Dieu, reconnaissant la justesse de la demande de l’Homme décida de lui attribuer une compagne : il prit un peu de terre du Jardin et façonna la première femme : Lilith. Mais la terre était impure. Lorsque se posa la question de l’autorité dans le couple, Adam voulut s’imposer comme chef de la famille mais Lilith refusa, arguant qu’elle avait été créée égale à lui. Ce conflit, auquel s’ajouta le courroux de Dieu devant la désobéissance de Lilith encouragea cette dernière à s’enfuir de l’Eden : elle invoqua le nom de l’Ineffable et reçut une paire d’aile qui lui permit de s’envoler hors du Jardin. Elle s’installa sur le bord de la mer Rouge où elle passa ses journées à s’accoupler aux démons. Adam, le cœur brisé, prévint Dieu et lui demanda de lui ramener sa compagne. Dieu envoya 3 Anges pour convaincre Lilith de retourner auprès d’Adam mais elle refusa. Les Anges décidèrent donc, pour la punir, de tuer 100 de ses fils (des démons) par jour.

Désespérée par un châtiment si cruel, elle tenta de se suicider en se jetant dans la Mer Rouge. Mus par le remords, les 3 Anges décidèrent de lui accorder, en compensation, tout pouvoir sur les enfants nouveau-nés, pendant 8 jours pour les garçons et 20 pour les filles et un pouvoir illimité sur les enfants nés hors mariage. Cependant, elle devait s’engager à perdre ses prérogatives sur les enfants portant une amulette présentant l’image de ces anges, ce qu’elle accepta. Dieu, n’ayant pu ramener Lilith, donna à Adam une nouvelle femme, Eve, qu’il créa à partir de la chair de l’homme afin qu’elle lui obéisse. Mais Lilith vouait à cette nouvelle femme une jalousie haineuse et tenace. Elle épousa Samaël, l’Ange de la Mort, le Serpent de la tentation (Genèse 3, 1-5), condamné à ramper, fuyant et sournois, dont le venin est particulièrement redouté, à qui elle demanda de corrompre Adam et Eve afin qu’ils soient, eux aussi, chassés du Jardin d’Eden. Ainsi, Adam goûta le fruit défendu et subit le même préjudice que Lilith qui se considéra vengée.

Une autre version fait d’elle le Serpent tentateur et non son époux, et une autre la présente comme la séductrice d’Adam après sa chute (de cette union seraient nés les mauvais esprits). Elle est la princesse des démones succubes (lilims) qui tentent les hommes et les enfants mâles dans leur sommeil. Jalouses, luxurieuses, impudiques et sanguinaires, elles tuent en grand nombre leur progéniture. Lilith possède 180 000 servantes, toujours prêtes à envahir notre univers ; elles sortent la nuit et se nourrissent de pus et de vermine.

Les histoires démoniaques babyloniennes expliquent que Lilith n’était pas un démon à part entière mais simplement une humaine possédant un grand savoir et quelques pouvoirs spéciaux. Repoussé par les Démons qui ne voulaient pas d’elle, elle profita de connaître leur nom pour les invoquer, signant ainsi quelques pactes qui lui permirent d’accroître ses pouvoirs. Ce n’est que plus tard qu’elle devint un démon à part entière, elle hantera les légendes et superstitions juives durant le Moyen Age.

Lilith est également connue sous le nom de Déesse Noire, apparenté à Empousa, fille d’Hécate, séduisant les hommes dans leur sommeil pour leur sucer le sang et dévorer leur chair. Dans l’astrologie, Lilith est associée à la Lune noire. Dans la nuit noire, gare à celui qui désire Lilith car elle s’emparera de lui, lui permettant de remplir le monde de sa descendance de démons. Son véritable domicile se trouverait dans les profondeurs de la mer, ce qui l’apparente aux sirènes.

Des théologiens ont distingué les succubes (tentatrices venant, la nuit, rejoindre les hommes) et les incubes (tentateurs rejoignant les femmes).

En face des anges fidèles, la Bible présente les anges rebelles ayant à leur tête Satan (de l’expression hébraïque ha-satan « le satan » ; dans Zacharie et dans le livre de Job, il s’agit d’un nom commun, « le satan », qui désigne un des anges serviteurs de Dieu, l’ange accusateur de l’homme, un espion rassemblant des renseignements sur les êtres humains lors de ses voyages terrestres ; ce n’est que dans les Chroniques qu’il devient un nom propre, celui d’un adversaire de Dieu) ou Lucifer [celui qui « porte la lumière », c’est également le nom de Vénus (astre ou étoile du matin) et celui du roi de Babylone dans Isaïe (14,12)] ou le Diable [en grec diabolos « celui qui désunit »] ou le Serpent ou le Dragon (Léviathan, Béhémoth) ou le Prince des ténèbres ou Moloch (auquel Moïse fait allusion) qui, depuis Adam, attire l’homme vers le mal.

Pour certains démonologues, Satan est un prince révolutionnaire dans l’empire de Belzébuth.

Dans la tradition juive tardive et donc dans la pensée chrétienne primitive, on commença à considérer Satan comme un adversaire non seulement des hommes mais aussi et surtout de Dieu. Ce développement est probablement le résultat de l’influence de la religion zoroastrienne, avec ses pouvoirs opposés du bien (Ahura Mazda) et du mal (Ahriman). Mais dans le judaïsme et dans le christianisme, le dualisme est toujours provisoire ou temporaire, le diable étant finalement soumis par Dieu.

Dans les écrits de la secte de Qumran conservés dans les manuscrits de la mer Morte, le diable est personnifié par Bélial, l’esprit de la méchanceté.

Le livre de l’Apocalypse évoque la lutte des anges rebelles contre les anges fidèles, et leur défaite face à l’archange Michel qui les chasse du ciel.

L’Église croit à leur influence mauvaise, et même à des cas de possession contre lesquels elle agit par exorcisme ; mais elle refuse le dualisme manichéen (2 principes égaux du Bien et du Mal) et affirme que, créés bons, les démons sont devenus mauvais par leur faute et que, s’ils peuvent tenter l’homme, ils restent soumis à la toute-puissance de Dieu.

Selon le Pseudo Denys l’Aréopagite, les démons sont des anges révoltés contre Dieu ; ils ont trahi leur nature, mais ne sont mauvais ni par leur origine, ni par leur nature. S’ils étaient naturellement mauvais, ils ne procéderaient pas du Bien, ils ne compteraient pas au rang des êtres, et d’ailleurs comment se seraient-ils séparés des bons anges si leur nature avait été mauvaise de toute éternité ? « La race des démons n’est donc pas mauvaise en tant qu’elle se conforme à sa nature mais bien en tant qu’elle ne s’y conforme pas. »

Honorius d’Autun, probablement moine irlandais auteur de l’Elucidarium (vers 1150) déformé plus tard en Lucidaire, ajoute aux données bibliques des éléments des légendes irlandaises de la Vision de Tungdal (diables hideux et cruels résidant en Enfer). Le Lucidaire inspira la Divine Comédie de Dante.

Au XVe siècle, Denys le Chartreux (Denys Leeuwis ou Van Leeuven, né à Ryckel dans le Limbourg belge, 1402 1471), répandit les concepts de la Vision de Tungdal, ajoutant la notion biblique de « tentateur » (le Diable, cherchant à avoir de nombreuses victimes à tourmenter pour l’éternité, s’efforce de les faire tomber en enfer). Du XVe s. date l’expression de Malin, signifiant « cruel » et « rusé ».

Les démons, au sens chrétien du terme, c’est-à-dire les esprits mauvais composant la suite de Satan, sont tous des anges déchus, qui ont perdu leur habitat céleste, mais dont la nature est identique à celle des anges et qui furent, au même titre qu’eux, créés par Dieu. Ceci les distingue radicalement des démons manichéens, par exemple, qui sont des créations de l’esprit des Ténèbres et foncièrement distincts des anges ou créatures célestes composant le cortège du dieu bon.

Cette différence est importante car elle implique que le Mal et ses prosélytes et instruments que sont les démons n’est pas pour le dogme chrétien une entité distincte du Bien, mais une perversion, une déchéance de ce dernier.

Pourquoi certains sont-ils devenus des démons et furent-ils chassés du ciel ?

Il existe à ce sujet deux traditions passablement différentes :

- La première, d’origine évangélique, indique que certains anges, sous la conduite de Lucifer, se seraient révoltés lors de la création de l’homme et auraient voulu faire obstacle au plan divin.

- La seconde, d’origine biblique, indique que certains anges, ayant trouvé fort belles les filles des hommes, descendirent sur terre pour s’unir à elles, perdant ainsi leurs privilèges angéliques.

La première de ces traditions figure notamment dans l’Epître aux Ephésiens de saint Paul. Lucifer s’est révolté contre Dieu au moment où celui-ci créa Adam. L’archange saint Michel le chassa alors du ciel et le précipita dans l’abîme. D’autres anges, qui, prirent fait et cause pour Lucifer, furent précipités avec lui et relégués dans cet espace intermédiaire qui sépare la terre du ciel [le Graal aurait été taillé par les anges dans l’émeraude tombée du front de Lucifer pendant sa chute)]. Toujours présents, volant dans les airs, ils ne cessent de harceler les hommes qui doivent, dit saint Paul, « revêtir l’armure de Dieu pour pouvoir résister aux manœuvres du diable ». Et il ajoute : « Car ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter mais contre les Puissances, contre les Principautés, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du Mal qui habitent les espaces célestes. »

L’autre tradition est mentionnée dans la Genèse (6,1-4) en des termes qui déjouent depuis longtemps la sagacité des exégètes et des théologiens :

« Alors que les hommes avaient commencé à se multiplier sur la surface du sol et que des filles leur étaient nées, les elohim (« fils de Dieu ») virent que les filles d’homme étaient belles et ils prirent pour femmes celles de leur choix. Le Seigneur dit : « Mon esprit ne dirigera pas toujours l’homme, étant donné ses erreurs ; il n’est que chair et ses jours seront de cent vingt ans. En ces jours, les Néphilim (géants) étaient sur la terre et ils y étaient encore lorsque les fils de Dieu vinrent trouver des filles d’homme et eurent d’elles des enfants. Ce sont les héros d’autrefois, ces hommes de renom. »

Ces géants eurent des descendants fameux : voir Nombres (13, 32-33), Deutéronome (1, 20-21 ; 3, 11 ; 9, 12), Ier livre de Samuel (17, 4-7), IIe livre de Samuel (21, 15-22), Livre de Baruch (3, 26-28). Selon l’Ancien Testament, Goliath mesurait environ 3 mètres, mais les manuscrits de Qumran, antérieurs, indiquent qu’il atteignait près de 2 mètres (ce qui en faisait un être très grand par rapport à la moyenne de l’époque qui était de 1 m 58). La découverte de squelettes de haute stature dans la région de Bashan prouve l’existence des Rephaïm (géants).

Les Pères de l’Église, Jean Chrysostome, Cyrille, Théodoret et saint Augustin, enseignaient que les fils de Dieu étaient les pieux descendants de Seth et que les filles des hommes appartenaient à la race perverse de Caïn.

Le Livre d’Enoch (patriarche enlevé vivant au ciel par Yahvé et censé avoir eu communication des mystères de la vie et de la mort), livre apocryphe de l’Ancien Testament, cité par saint Jude, raconte qu’au début de la lutte contre le créateur, le chef des esprits rebelles est Samiaxas (ou Semiazas). Il veut se faire homme pour s’unir aux filles des hommes ; 20 autres anges partagent sa résolution. Tous s’assemblent sur la montagne du serment et jurent de devenir des hommes, par amour pour les filles de la terre. Samiaxas et ses anges s’unissent aux femmes et engendrent les géants. Ces géants, issus du commerce des anges et des filles des hommes, furent les premiers anthropophages.

Dans la chute des anges, racontée au livre d’Enoch, il n’est pas question d’une lutte contre Dieu. Hénoch attribue aux anges faits hommes la découverte de la magie et l’enseignement de la divination. Ils façonnent les joyaux et les pierreries. Les femmes sont initiées aux grands mystères, initiation regardée comme une profanation par les anciens cabalistes.

Emus des douleurs de la terre, les quatre anges de l’harmonie demandent à Dieu la fin de ses maux. Dieu trouve le déluge nécessaire ; la famille de Noé mérite seule d’être sauvée. Azazel, le dernier des anges déchus, après s’être révolté contre Samiaxas, s’était élevé au rang de chef des rebelles. Dieu ordonne à Raphaël, l’ange de la vraie science, de jeter Azazel dans une caverne, au désert de Dodoel. Raphaël reçoit ensuite du Seigneur la mission de retourner du côté de la vérité les révélations magiques faites aux hommes par Azazel. Ainsi, d’après Hénoch, pour réparer le mal fait à l’humanité par les enseignements du diable ou de la fausse science, de la magie noire, un ange lui apprit à se servir des connaissances acquises pour arriver à la vraie lumière, à la pure magie. Le génie de la fausse science est enfermé, pour qu’il ne puisse plus nuire aux hommes.

L’auteur du livre d’Enoch dit que les âmes hybrides des géants flottent dans l’atmosphère et forment des courants mauvais.

« Certains anges virent que les filles des hommes étaient belles et ils s’unirent à elles. Leurs descendants furent ces Néphilim ou géants des premiers temps. Le chef des mauvais anges s’appelait Azazel et il apprit aux hommes à fabriquer des épées et des glaives, des boucliers et des cuirasses pour se protéger la poitrine et il leur montra les métaux et l’art de les travailler, l’art de peindre le tour des yeux à l’antimoine et d’embellir les paupières et l’art de travailler les pierres précieuses... » (Livre d’Enoch)

Il semble donc que ces « fils de Dieu » étaient des anges qui quittèrent leur habitat céleste et « churent » sur la terre.

Ce sont aussi ces anges déchus que Dieu « a enchaînés dans les ténèbres pour se les réserver en vue du Jugement », dit la seconde Epître de saint Paul.

L’Apocalypse en parle en des termes identiques.

Il existerait pour les démons chrétiens deux habitats distincts : l’air entourant la terre (tout particulièrement la zone d’ombre que projette la terre dans l’espace à l’opposé du soleil) et les ténèbres, c’est-à-dire les abîmes souterrains de la terre. Cette dernière conception devait, en tout cas, devenir plus populaire que la première car c’est elle qui prévalut, en fait, dans les visions ultérieures du monde démoniaque.

Au temps même de saint Paul les textes évangéliques laissent entendre que le Christ lui-même, pendant les 3 jours de sa mort, descendit dans l’Hadès (saint Paul emploie ce mot grec pour désigner l’enfer) pour y « prêcher aux esprits en prison ».

Ces « esprits en prison » ont donné lieu à bien des commentaires et des interprétations : on les identifia tour à tour avec les anges déchus cités plus haut et enchaînés par Dieu dans les ténèbres, ou avec les esprits des défunts noyés au moment du Déluge, interprétation que donne saint Paul lui-même.

L’orphisme (courant religieux de la Grèce antique, rattaché à Orphée, le maître des incantations) enseignait que les hommes étaient nés des cendres des Titans, ces géants fils de la Terre, qui voulurent détrôner Chronos/Saturne et furent foudroyés par Zeus/Jupiter. L’âme, enfermée dans le corps comme dans une prison, porte le fardeau du crime originel commis par les Titans ; elle ne s’évadera de cette prison, qu’après de nombreux cycles d’existences (transmigrations), lorsqu’elle sera purifiée par les jeûnes, l’ascétisme et l’initiation qui est essentielle pour suivre l’itinéraire spirituel. L’orphisme donna naissance à une abondante littérature (poèmes orphiques) qui se développa du VIe s. av. J-C jusqu’à la fin du paganisme.

La kabbale ou cabale (du mot hébreu qabbalah « tradition, transmission ») est la méthode d’enseignement par la transmission de maître à disciple, d’initié à initié, dont l’origine serait aussi ancienne que le peuple hébreu.

Par extension, on a utilisé ce terme pour désigner des écrits réservés à de petits groupes d’hermétistes ou de gnostiques possédant une connaissance voilée et codée, qualifiée d’occulte ou d’ésotérique : le Sepher Jetzira (Livre de la création) attribué à Abraham et le Sepher ha-Zohar (Livre de la splendeur).

Le Zohar est un recueil de commentaires du Pentateuque qui constitue l’ensemble le plus important de la littérature hébraïque et kabbalistique. Rédigé en araméen, il est attribué à Moïse de Léon, mystique juif d’Espagne qui au XIIIe siècle s’inspira des écrits de Siméon bar Yohai (IIIe s.), qui lui-même avait reçu ces révélations du prophète Élie.

Le Zohar réunit plusieurs traditions ésotériques et tente de trouver le sens caché des textes bibliques par l’étude mystique et symbolique des nombres et des ouvrages tentant de découvrir le sens secret ou voilé des premiers versets de la Genèse, du Pentateuque et des textes prophétiques.

Aux traditions bibliques s’ajoutèrent des spéculations rabbiniques. Les Hébreux non convertis au christianisme ne cessèrent, tout au long des siècles suivants, de commenter les données de la Bible.

Ces commentaires donnèrent naissance à deux grands livres, la Kabbale et le Zohar, véritables guides de démonologie, mais qui traitent, bien entendu, de beaucoup d’autres thèmes. Ils passent pour reproduire l’enseignement secret de Raziel à Adam sur ordre de Dieu, quand il fut chassé du paradis terrestre, enseignement révélé à nouveau à Moïse sur le mont Sinaï et dont les Dix Commandements et les textes bibliques ne sont que la partie exotérique.

En fait, il semble que la kabbale, empruntant aux traditions orientales, soit née chez les Juifs deux siècles environ avant notre ère, pour atteindre son développement définitif trois siècles plus tard. Cet enseignement secret se transmit d’initié à initié pendant des générations avant d’être codifié, sous une forme volontairement symbolique et voilée.

La kabbale est donc, en fait, un véritable traité ésotérique sur l’origine, la nature et les destinées du monde, qui suit mais aussi prolonge et interprète à sa façon la Bible. La kabbale accorde une grande importance aux anges et à leurs légions, lesquels sont souvent sollicités dans les opérations de magie.

D’autres kabbalistes, qui ne sont ni de religion juive, ni experts du Zohar mais plutôt mages, ne gardent de cette science religieuse que les aspects chimériques et mystérieux, attribuant une appartenance kabbaliste à Orphée, Homère, Moïse et autres prophètes. La plupart des conjurations kabbalistiques commencent par le mot AGLA, composé des lettres initiales des mots hébreux Ahtab, Gaborn, Leolam, Adonaï (« Vous êtes puissant et éternel, Seigneur »).

Les innombrables démons mentionnés dans la Kabbale, ont des origines diverses mais certains d’entre eux, ont été engendrés par Adam et Eve dans des circonstances pour le moins singulières. Il semblerait en effet (mais nul n’y était pour pouvoir l’affirmer avec certitude) qu’Adam et Eve aient eu pendant assez longtemps des relations nocturnes avec des succubes et des incubes.

Les succubes (du latin subcubare « coucher sous ») sont des démons femelles venant tenter et séduire les hommes (notamment les moines) pendant leur sommeil pour s’unir à eux et les incubes (du latin incubare « coucher sur ») des démons mâles agissant de même avec les femmes.

Selon un traité de démonologie de 1575, l’incube pouvait faire un enfant à une vierge sans la déflorer, par le biais d’un sexe fin et double, qui lui permettait de s’introduire dans les deux « vases » de ses victimes. On pouvait identifier les succubes à leur vagin « glacial ». Les succubes pouvaient se glisser dans le corps d’une femme décédée, et, sous ses traits, se livrer à une nuit d’orgie avant d’abandonner le cadavre aux côtés du partenaire endormi d’épuisement.

Le démon incube n’ayant pas de semence, il se transforme en démon succube pour voler celle de jouvenceaux naïfs. Redevenu incube, il peut mettre des mortelles enceintes. Les enfants nés de ces étreintes étaient maigres, malgré les nourrices qu’ils épuisaient, pleuraient quand on les cajolait, et riaient du malheur des autres. Preuve de leur caractère démoniaque, ils ne survivaient pas au-delà de sept ans, l’âge de raison. De doctes théologiens ont néanmoins considéré comme enfants d’incubes : Caïn, Alexandre le Grand, Merlin l’enchanteur, les Huns, Luther et l’Antéchrist.

Clément d’Alexandrie, Cyprien et Augustin croyaient aux succubes et incubes, et avec eux l’Église jusqu’au XVIIe siècle.

En ce qui concerne Adam, la kabbale fournit des chiffres extrêmement précis quant à ses relations avec Lilith, la reine des succubes. D’après la Bible, Adam, après son départ d’Eden, engendra d’abord Abel et Caïn. Au bout de 138 ans il engendra Seth « à son image ». La Kabbale avance que pendant ces 138 ans, Adam a dû engendrer des êtres qui n’étaient pas à son image, fruits de ses relations nocturnes avec Lilith, autrement dit des démons !

Pour certains exégètes, Adam eut pour première femme Lilith qui, obéissant à Satan, refusa de se soumettre à lui, l’abandonna et s’en alla occuper la région de l’air. Eve était leur fille puisque elle fut « tirée d’Adam » et « chair de sa chair ».

Les spéculations rabbiniques quant au nombre exact des démons appartiennent à l’arithmologie sacrée. Chaque être humain est entouré de vingt mille démons disposés comme suit : 10 000 à sa gauche, 10 000 à sa droite. Lilith, à elle seule, possède 180 000 suivantes. Tous ces démons ne proviennent évidemment pas des rapports nocturnes d’Adam et d’Eve. Certains sont nés, dit la Kabbale, à partir des mues successives des vipères, ce qui explique leur anatomie entièrement ou partiellement reptilienne! Bien entendu, ils sont impondérables, se déplacent librement à travers l’espace et peuvent, à l’occasion, s’incarner dans les formes ou les personnifications les plus hétéroclites. Ils peuvent devenir maladies. Ils gouvernent les nombres pairs. « Ne buvez donc jamais, conseille sérieusement la Kabbale, deux ou quatre coupes de vin, mais trois ou cinq, sinon vous donnerez prise aux démons de l’ivresse ».

La démonologie kabbalistique évolua vite, en effet, vers les formes les plus dégradées de sorcellerie et alimenta tous les textes, toutes les « formules », tous les « secrets » des sorciers et tenants du Sabbat.

Il est vrai que ces démons n’avaient pas tous un pouvoir ni une apparence terrifiants et que certains exerçaient même une séduction indiscutable, une sorte de fascination morbide sur les esprits faibles ou portés au surnaturel.

Ainsi, qui pourrait rester insensible au charme d’Abigor, beau cavalier appartenant aux sphères supérieures du monde démoniaque, portant lance et sceptre et chevauchant un monstre ailé ? Sa cuirasse rutile sous les feux de l’enfer qu’il parcourt à la tête de ses 60 légions infernales. Il connaît l’avenir et les secrets de la guerre ; il enseigne aux chefs les moyens de se faire aimer des soldats.

Abaddon (de l’hébreu abad, faire périr) ou Apolyon, l’exterminateur, est l’ange de l’abîme dans l’Apocalypse. Les démonologues le considèrent comme le chef des démons de la 7e hiérarchie et le roi des démons-sauterelles.

Abalam, de la suite de Paymon, est couronné d’un diadème étincelant de pierreries. Il a un visage de femme et commande 200 légions.

Acham est un démon que l’on conjure le jeudi.

Adonis, démon brûlé, agit dans les incendies.

Adramalech (ou Adramélech) est un démon qui vient tout droit des rivages du Tigre. Son torse humain, sa tête de mulet, sa queue de paon indiquent qu’il occupe de hautes fonctions dans la hiérarchie de l’enfer : Grand chancelier des enfers, président du haut conseil des diables et intendant de la garde robe de Satan. Il préside la grande assemblée des schedîn (terme désignant les démons ou esprits en hébreu). Les habitants de Sépharvaïm, ville de la Samarie, faisaient, en son honneur, passer leurs enfants par le feu.

Anamélech et Adramélech étaient les principales divinités des Sépharvaïtes qui les imploraient pour la conservation de leurs troupeaux. Anamélech (peut-être un autre nom de Moloch), est parfois représenté par une caille ou un faisan. Son nom signifierait « bon Roi ». Il serait la lune, Adramélech étant le soleil.

Aghation est un démon familier qui ne se montre qu’à midi. Il parait en forme d’homme ou de bête. Il se laisse parfois enfermer dans un talisman, dans une bouteille ou dans un anneau magique.

Agathodemon est un bon génie, adoré par les Égyptiens sous la figure d’un serpent à tête humaine. Les Dragons ou les Serpents ailés, vénérés par les anciens, étaient appelés Aghatodemones (bons génies).

Agaliarept

Agnan tourmente les deux Amériques, surtout le Brésil.

Aguarès, vêtu d’une tunique à la romaine, chevauche un crocodile, épervier au poing. Grand duc de la partie orientale des enfers, c’est un démon originaire d’Égypte. Chef des démons de l’ordre des vertus, il commande 31 légions. Il accorde des dignités, enseigne toutes les langues et fait danser les esprits de la terre. Il fait revenir à la charge les fuyards et met l’ennemi en déroute.

Alastor est l’exécuteur des hautes œuvres.

Alocer a le titre de grand-duc de l’enfer. Il a une tête de lion et un habit de chevalier. Il commande 36 légions et monte un cheval gigantesque aux pattes de dragon. Il enseigne les secrets de l’astronomie et des arts libéraux.

Alocer a sous ses ordres Amduscias, grand-duc lui aussi, mais qui ne commande que 29 légions. Amduscias peut prendre l’apparence d’une licorne et possède une voix si suave que les arbres s’inclinent sur terre chaque fois qu’il chante. Lorsqu’on le lui commande, Amduscias donne des concerts et, on entend, sans rien voir, le son des trompettes et des autres instruments de musique.

Alouqua est un démon femelle à la fois succube et vampire qui épuise les hommes et les conduit au suicide.

Alpiel a l’intendance des arbres fruitiers.

Alricaus ou Aalrihaus, est un démon que l’on conjure le samedi. Fauteur de trouble à la cour infernale, il commande 22 légions. Il enseigne la logique et la psychologie.

Alrinach, démon de l’occident, président des tempêtes, tremblements de terre et des pluies, parait sous les traits et les habits d’une femme.

Les Alrunes sont des succubes d’ou serait issue la nation des Huns ; elles prenaient toutes sortes de formes, mais ne pouvaient changer de sexe.

Amon (ou Aamon), marquis, dieu suprême de l’ancienne Égypte, commande 40 légions. Tête de loup vomissant des flammes, queue de serpent ou tête de hibou et corps humain, il se repaît du corps des damnés. Il connaît le passé et l’avenir et peut réconcilier les amis brouillés.

Amoymon (ou Amaimon) est l’un des 4 rois de l’enfer gouvernant la partie orientale. On l’évoque le matin de neuf heures à midi et le soir de trois a six heures. Son lieutenant, Asmodée, est et le premier prince de ses Etats.

Anarazel est un démon chargé de la garde des trésors souterrains qu’ils transportent d’un lieu à un autre pour les dérober aux recherches des hommes. Avec ses compagnons Gaziel et Fecor, il ébranle les fondements des maisons, excite les tempêtes, sonne les cloches à minuit, fait paraître les spectres et inspire les terreurs nocturnes.

Andras suscite querelles et discordes. Il apprend à tuer maîtres et serviteurs. Grand marquis aux enfers, il est représenté avec le corps d’un ange, la tête d’un chat huant, à cheval sur un loup noir. Il commande 30 légions.

Androalphus, marquis, donne des leçons de géométrie et est astronome. Il enseigne aussi à ergoter habilement : il permet à ceux qui commercent avec lui d’éviter la griffe des juges. Il se montre sous la figure d’un paon à la voix grave.

Anneberg, rancunier et terrible, démon des mines, se montre surtout en Allemagne : il a la figure d’un cheval, avec un cou immense et des yeux effroyables.

Antéchrist est un démon escamoteur et nécromancien.

Aquiel est un démon que l’on conjure le dimanche.

Arias, démon des astrologues, connaît l’astronomie et enseigne l’astrologie. Il peut métamorphoser les hommes à sa volonté et leur faire obtenir dignités et titres.

Arioch est le démon de la vengeance

Ascaroth dépend de Nergal ; il protège les espions et les délateurs.

Asmodée, nommé aussi Chammadaï et Sydonaï, est un démon du cercle supérieur, parfois assimilé à Belzébuth, prince des Enfers. Certains ont vue en lui le Serpent qui séduisit Eve. Asmodée apparaît, dans la tradition postérieure hébraïque, en particulier dans le Livre de Tobie de l’Ancien Testament, comme un esprit du mal lubrique (le récit le présente sous les traits de l’amant de Sarah dont il a assassiné les 7 premiers maris). Tobie, désirant épouser Sarah, parvient à chasser le démon avec l’aide de l’archange Raphaël qui poursuit Asmodée jusqu’en Haute Égypte et l’enchaîne : le démon « s’enfuit par les airs. Raphaël l’entrava et l’enchaîna. » (Tobie 8, 2-3). Asmodée apprend aux hommes à se rendre invisibles, leur enseigne la géométrie, l’arithmétique, l’astronomie et les arts mécaniques. Il connaît les trésors cachés. Dans la tradition talmudique, Asmodée est associé à Salomon, auquel il apporte son aide lors de la construction du Temple de Jérusalem. On le considère également comme étant la cause des excès attribués à Salomon. Il personnifiait la colère pour les Perses. Surintendant des Enfers, maître des Maisons de jeu, Asmodée sème dissipation et erreur. Il est soumis à la hiérarchie du Roi Amoymon et commande 72 légions. On le représente souvent comme un diable boiteux avec une queue de serpent, des pieds d’oie, une haleine enflammée ou chevauchant un dragon, portant à la main un étendard et une lance.

Astaroth avec le titre de grand-duc règne à l’ouest de l’enfer,. Il commande 40 légions. On le représente généralement comme un ange anthropomorphe, laid et nu, tenant une vipère et chevauchant un dragon. Il assume les fonctions de trésorier infernal et joue un rôle assez équivoque car il lui arrive de protéger les hommes et de leur dévoiler l’avenir. Il donne de très bons conseils quand on établit des lois nouvelles. Il procure l’amitié des grands seigneurs. Il enseigne les arts libéraux. On ne peut l’évoquer que le mercredi. Il connaît toute l’histoire de la Création, les fautes et les chutes des Anges. Il est cité comme l’un des sept Princes de l’Enfer qui visitèrent Faust. On ne peut se prémunir de son insupportable puanteur qu’en se bouchant le nez avec un anneau magique. Sa femme est Astarté (la grande déesse phénicienne, elle-même déformation d’Ishtar), reine de l’élégance dans le sombre royaume.

Attuku est un démon auquel les magiciens babyloniens attribuaient le pouvoir de déchaîner les tempêtes et les ouragans.

Ausitif, Béhémoth, Bélaam, Issacarum et Zabulon sont des démons cités lors de l’affaire des Ursulines de Loudun.

Aym ou Amy ou Avnas ou Haborym est le démon des incendies.

Aypéros voir Ipes

Azael est l’un des anges rebelles. Selon les rabbins, il est enchaîné sur des pierres pointues, dans un désert, en attendant le jugement dernier.

Azazel est surtout connu par le Livre d’Enoch, qui le désigne comme le chef des anges déchus, le Lucifer de la bible. Le chef des démons est aussi nommé : Bélial, Mastéma, Samaël (ou Shammaël). Il est le premier porte-enseigne des armées infernales. A la fête de l’Expiation (Jour du Grand Pardon), que les juifs célébraient le dixième jour du septième mois, on amenait au grand prêtre 2 boucs qu’il tirait au sort : l’un pour le Seigneur, l’autre pour Azazel, le démon du désert. Celui sur qui tombait le sort du Seigneur était immolé, et son sang servait pour l’Expiation. Le grand prêtre mettait ensuite ses deux mains sur la tête de l’autre, confessait ses péchés et ceux du peuple, en chargeait cet animal, qui était alors conduit dans le désert et mis en liberté. « Le bouc emportera sur lui toutes les iniquités dans une terre désolée ; il sera chassé dans le désert. » (Lévitique XVI, 22). Dans l’apocalypse d’Abraham, Azazel est tour à tour identifié au Serpent tentateur et au grand dragon chargé de dévorer les réprouvés en enfer. Certains textes (Isaïe XIII, 21 et XXXIV, 14) en font le prince des animaux maléfiques vivant dans le désert et notamment le souverain des boucs. D’autres prétendent qu’Azazel volent sans cesse autour de nous dans les airs. Le livre d’Enoch évoque la condamnation d’Azazel par l’Eternel qui, cette fois, l’exile totalement de notre univers. Raphaël reçut l’ordre de mettre aux fers l’ange déchu Azazel, de le jeter dans une fosse remplie de pierres pointues dans le désert de Dudael et de le recouvrir d’obscurité. Ainsi doit-il rester jusqu’au grand jour du jugement, où il sera jeté dans le feu de l’enfer et la terre sera guérie de la corruption qu’il y a introduite. Voici comment s’est produite la chute d’Azazel. Lorsque la génération du déluge commença à se livrer à l’idolâtrie, Dieu fut profondément attristé. Les deux anges Shemhazai et Azazel se levèrent et dirent « Seigneur de l’univers ! Voici que s’est réalisé ce que nous avons prédit lors de la création du monde et de l’homme, en te disant : Qu’est l’homme, que Tu te souviennes de lui ? » Et Dieu dit : « Et qu’adviendra-t-il du monde maintenant, sans l’homme ? » Les anges répliquèrent : « Nous nous en occuperons. » Alors Dieu dit : « Je le sais bien, si vous habitez la terre, le mauvais penchant vous subjuguera et vous serez encore plus iniques que l’homme n’a jamais été. » Les anges insistèrent : « Donne nous l’autorisation d’habiter parmi les hommes et Tu verras que nous sanctifierons Ton Nom. » Dieu céda à leur désir, et leur dit : « Descendez et séjournez parmi les hommes ! » Lorsque les anges arrivèrent sur terre et virent les filles des hommes dans toute leur grâce et beauté, ils ne purent maîtriser leur passion. Shemhazai vit une jeune fille appelée Istehar et il fut pris de passion pour elle. Elle promit de se soumettre à lui si d’abord il lui apprenait le Nom Ineffable grâce auquel il s’était élevé jusqu’au ciel. Il accepta cette condition. Mais aussitôt qu’elle l’eut appris, elle prononça le Nom et monta au ciel elle-même, sans accomplir sa promesse faite à l’ange. Dieu dit : « Parce qu’elle s’est tenue à l’écart du péché, nous la placerons parmi les sept étoiles, pour que jamais les hommes ne l’oublient », et elle fut placée dans la constellation des Pléiades. Toutefois, Shemhazai et Azazel, ne furent pas découragés de conclure des alliances avec les filles des hommes et deux fils naquirent au premier. Azazel se mit à inventer les parures et les ornements qui permettent aux femmes de séduire les hommes. Dieu envoya alors Metatron auprès de Shemhazai pour lui dire qu’Il avait décidé de détruire le monde et d’amener le déluge. L’ange déchu se mit à pleurer et à s’affliger sur le sort du monde et de ses deux fils. Si le monde disparaissait, que mangeraient-ils, eux qui avaient besoin quotidiennement de 1 000 chameaux, de 1 000 chevaux et de 1 000 bouvillons ? Les deux fils de Shemhazai, Hiwwa et Hiyya, firent des songes. Le premier vit une grande pierre qui recouvrait la terre et la pierre était marquée partout de lignes d’écriture. Un ange vint et avec un grattoir effaça toutes les lignes, ne laissant que 4 lettres sur la pierre. Le deuxième fils vit un grand bocage planté de toutes sortes d’arbres. Des anges portant des haches s’en approchèrent, abattirent les arbres, n’en laissant qu’un seul avec 3 de ses branches. En s’éveillant, Hiwwa et Hiyya rapportèrent à leur père leurs songes qui les interpréta en disant : « Dieu amènera le déluge et personne ne sera sauvé à l’exception de Noé et ses trois fils. » Entendant cela, ils se mirent à pleurer et à sangloter, mais leur père les consola : « Doucement, ne soyez pas affligés ! Chaque fois que les hommes tailleront ou hisseront une pierre, ou lanceront un vaisseau, ils invoqueront vos noms, Hiwwa ! Hiyya ! » Cette prophétie les apaisa. Alors Shemhazai se repentit. Il se suspendit entre ciel et terre et il se trouve jusqu’à ce jour dans cette position de pécheur pénitent. Mais Azazel persista dans son péché, égarant l’humanité par des parures sensuelles. Pour cette raison le Jour de l’Expiation, 2 boucs furent sacrifiés au Temple, l’un à Dieu, pour qu’Il pardonne les péchés d’Israël, l’autre à Azazel, pour qu’il porte les péchés d’Israël.

Azraël est l’ange de la Mort.

Baal ou Bael ou Bel, dont le nom signifie « Seigneur, Maître » dans les langues sémitiques, est le plus ancien démon de l’enfer. Duc (général en chef des armées infernales pour certains), il est représenté avec 3 têtes : une tête de chat, une tête d’homme couronnée et une tête de crapaud, et ses jambes se terminent en pattes d’araignée. Il rend invisibles et rusés ceux qui l’invoquent. Il commande 70 légions et règne dans toute la partie orientale.

Considéré comme la figure principale du Panthéon cananéen ou il était adoré comme Dieu dispensateur de richesses, adoré en Phénicie où il était considéré comme étant le mari d’Astarté et à Carthage où on lui offrait des sacrifices humains (en particulier des enfants pour obtenir de belles récoltes ou la déroute des ennemis), il a été assimilé par les Grecs à Apollon et par les Romains à Saturne.

Baalberith, secrétaire général et archiviste des Enfers, est le maître des alliances. Les Phéniciens prêtaient serment devant lui.

Baalzéphon est le capitaine des gardes de l’Enfer. Les Égyptiens l’invoquaient pour qu’il empêche les esclaves de s’enfuir.

Balan, parfois représenté avec 3 têtes (taureau, homme aux yeux de braise, bélier ), apparaît le plus souvent nu, épervier au poing, monté sur un ours.

Baphomet ou « Bafomet, Baffomet, Bahomet, Bahumet, etc. » est le nom d’une idole (une tête humaine à 1 ou 3 visages sur 4 pieds) qu’on dit avoir été adorée par la secte des gnostiques. Silvestre de Sacy pense que le mot Baphomet est simplement une déformation du nom du prophète Mahomet. Münter fait remarquer que les figures ou têtes enchantées employées par les sorciers dans l’exercice de leur art, lesquelles étaient réputées animées par le diable, s’appelaient des têtes de Mahomet, et venaient en partie de l’Orient, en partie de l’Espagne. Raynouard reconnaît dans Baphomet le nom de Mahomet. Des idoles qu’on a désignées, à tort ou à raison, sous le nom de Baphomet, étaient des représentations humaines, réunissant les attributs des 2 sexes. Arrêté dès octobre 1307, le frère Larchant avoue avoir vu cette tête à Paris et précise que les frères l’adoraient, la baisaient et l’appelaient leur Sauveur. Questionnés à Carcassonne en novembre 1307, 2 frères parlent « d’une figure baphométique » et l’un d’eux précise que cette figure est nommée « Yalla ».

Le procès-verbal d’avril 1310, dressé par Nogaret, établit l’accusation d’idolâtrie : « Ils (les templiers) adoraient ces idoles ou cette idole. Ils la vénéraient comme Dieu [...], spécialement dans leurs grands chapitres [...]. Ils disaient que cette tête pouvait les sauver. Les rendre riches. Qu’elle donnait à l’Ordre toutes ses richesses. Qu’elle faisait fleurir les arbres. Qu’elle faisait germer [...] ».

La tête humaine (c’est parfois une vraie tête) est tantôt masculine, jeune ou vieille, imberbe ou barbue, tantôt féminine à « la semblance d’une fée ou de la Vierge » mais elle est parfois androgyne. Certains la disent noire comme « la face d’un infidèle ». Pour Radulphe de Gisy c’est un « maufé » (un diable). Hugues de Pairaud affirme qu’il a tenu entre ses mains, dans un chapitre général à Montpellier, cette tête d’homme montée sur 4 pieds, 2 du côté de la face et 2 derrière. La tête comporte 2 nez et 3 yeux ou peut avoir 2 ou 3 faces (dans les églises orthodoxes, la tête à 3 visages est le symbole de la Trinité). La tête peut être aussi celle d’un animal (bouc, bélier, bœuf ou chat noir) qui parle et rend des oracles. Le matériau, parfois recouvert de peau humaine, est varié : bois peint parfois doré, os, or, argent, vermeil. La plupart des frères avouent avoir peu vue cette idole parce qu’elle était souvent placée dans un lieu sombre, et recouverte d’un voile. Beaucoup disent en avoir seulement entendu parler. A noter que figure fréquemment sur les sceaux templiers un personnage à 2 têtes (celle d’un jeune homme ou d’une jeune fille - ou d’un androgyne - et celle d’un vieillard barbu) tenant une équerre et un compas (voir « Compagnonnage et les Loges »).

Barbas voir Marbas

Barbatos apprend la divination par le chant des oiseaux, le mugissement des taureaux, les aboiements des chiens et les cris de divers animaux. Il réconcilie les amis brouillés et connaît les trésors enfouis. On le rencontre en forêt, sous la forme d’un archer ou d’un chasseur. Comte duc, il commande 30 légions.

Baron : Gilles de Rays lui sacrifiait les mains et le cœur des enfants dont il avait joui au préalable, pour obtenir la recette de la pierre philosophale lui permettant de fabriquer de l’or.

Bathym voir Marthym.

Bébal fait partie de la suite de Paymon

Béchard est désigné dans les Clavicules de Salomon comme agissant sur les vents et les tempêtes. Il fait grêler, tonner et pleuvoir, au moyen d’un maléfice composé avec des crapauds et autres mixtures.

Béchet est conjuré le vendredi

Béhémoth (le Bestial). Le livre de Job (40,15-24) décrit Béhémoth comme un bœuf gigantesque qui mangeait le foin que lui servaient les montagnes. Il est le Roi des orgueilleux et sa haine de Dieu le rend très dur et obstiné. On en fait aussi un démon stupide, goinfre et intempérant, représenté comme un hippopotame ou un éléphant bedonnant ; ainsi Béhémoth aime-t-il à fréquenter les marins qui blasphèment dans les cabarets et se satisfaire de toutes sortes de lubricités. C’est le démon de la gourmandise et des plaisirs de la table. Sommelier et grand échanson des Enfers, il est aussi le chef des 1100 légions de démons qui frétillent de la queue. Béhémoth concentre sa force non seulement dans cette queue « aussi ferme que du cèdre » que dans ses reins. Béhémoth signifie proprement l’universalité des animaux. Certains Juifs, et même plusieurs commentateurs chrétiens, ont voulu y voir Satan en personne. Suivant d’autres auteurs, Béhémoth est un démon lourd, stupide, et dont toute la force est dans les reins. Dans le procès d’Urbain Grandier, une des ursulines de Loudun possédées du démon, sœur Jeanne des Anges, fut accusée d’être possédée par Béhémoth. Les démonologues prétendent qu’il prend à volonté la forme de toutes les grosses bêtes, mais qu’il se déguise de préférence en chien, en renard et en loup. Bodin, dans sa Démonomanie ou Traité des sorciers, assure que Béhémoth n’est autre que le Pharaon d’Égypte qui pourchassa les Hébreux.

Bélaam, Béhémoth, Issacarum, Ausitif et Zabulon sont des démons cités lors de l’affaire des Ursulines de Loudun.

Bélial ou Béliar ou Bélias (beli-ya’al « malfaisant » « vaurien ») qui, comme tous les démons ayant dans leur nom la racine Bel ou Bal, est une ancienne divinité phénicienne ou cananéenne. « Prince de la Tromperie » et « Esprit des ténèbres », il est à la fois très vicieux (parce qu’il avait un culte à Sodome, il devint le démon de la pédérastie) et très drôle, ce qui n’est pas incompatible, et se promène d’ordinaire sur un char de feu (Bélial illustrait les cultes de l’Antiquité pour les chrétiens qui le représentaient conduisant un char de feu). C’est lui que l’Apocalypse désigne sous le nom de « la Bête ». On le représente avec un extérieur séduisant. Il a le maintien plein de grâce et de dignité. Il procure dignités et faveurs, donne d’habiles serviteurs et secoure ceux qui se soumettent à lui. Il est ambassadeur en Italie.

Selon Wierus, Bélial, l’un des rois de l’enfer, fut créé immédiatement après Lucifer, et il entraîna la plupart des anges dans la révolte ; aussi fut-il renversé du ciel un des premiers. Il commandait 80 légions de l’ordre des Vertus et de l’ordre des Anges. Ce fut son arrogance qui lui attira d’être châtié par le roi Salomon, lequel s’empara de lui et l’enferma dans une bouteille, avec toutes ses légions. Bélial eut un culte à Sodome et dans d’autres villes, toutefois on n’osa jamais lui ériger publiquement des autels ; les Babyloniens l’adorèrent aussi. Le nom de Bélial revient souvent sous la plume des écrivains sacrés : leurs ennemis sont des fils de Bélial ; pour eux, le culte de Bélial est le culte des démons, du roi des enfers. Au moyen âge, on désignait sous le nom d’enfants de Bélial les Barbares venus du Nord. En Angleterre, les puritains se sont souvent servis du même terme pour flétrir les royalistes.

Belphégor (ou Baalphégor) et Belzébuth entrent dans la catégorie mentionnée plus haut des anciennes divinités phéniciennes.

Le premier dont le nom signifie étymologiquement le Seigneur du Phégor était un dieu de la fertilité des plantes adoré sur le mont Phégor, qui signifie crevasse ou fente, par les anciens peuples moabites ; on l’invoquait quelquefois dans les cavernes et on lui jetait des offrandes par un soupirail ; des rabbins disent qu’on lui rendait aussi hommage aux toilettes où on lui offrait les excréments, ce qui était digne de lui. Il est généralement représenté sous les traits d’un démon cornu et barbu, assis sur une chaise percée. Il préside aux richesses qu’il distribue et aux artifices. Ambassadeur en France, démon des découvertes et des inventions ingénieuses, il prend souvent un corps de jeune femme pour plaire aux hommes et séduit aussi les fainéants en leur distribuant des richesses faciles. C’est pour cela que certains démonologues ne voient dans Belphégor que le Dieu Pet ou Crepitus, d’autres soutiennent qu’il s’agit de Priape. Wier remarque que c’est un démon qui a toujours la bouche ouverte.

Quant à Belzébuth, il est le « prince des démons », celui que la démonologie chrétienne adoptera comme « lieutenant de Satan ». C’est une créature gigantesque, dont la tête est entourée d’un bandeau de feu ou qui porte une ceinture de feu, au visage bouffi, aux yeux étincelants, aux sourcils relevés et à l’air menaçant, aux larges narines, nantie de cornes, avec des ailes de chauve-souris, des pattes de canard et une queue de lion. Quand il est en colère, il vomit des flammes et hurle comme un loup. Les Hébreux, dans leurs égarements idolâtriques, allèrent quelquefois consulter sur l’avenir Belzébuth, considéré comme le chef des esprits malins dans la démonologie du Nouveau Testament (Matthieu XII, 24-27 ; Marc III, 22-24 ; Luc XI, 15-19). En Syrie, il était Bêelzéboul ou Baal-Zeboub, le « seigneur des mouches » ; il a été souvent utilisé dans la démonologie médiévale et la sorcellerie. Selon les Clavicules de Salomon, il apparaît quelquefois comme un veau énorme ou un bouc muni d’une longue queue, mais se montre, le plus souvent, sous la forme d’une énorme mouche. On a cherché d’autres explications du nom de Belzébuth en lisant Bel-zeboul « le maître, le seigneur des demeures » et Beel d’bobo, mots syriaques signifiant « le maître de la calomnie », c’est-à-dire le calomniateur (Beel d’bobo correspond exactement au mot grec diabolos, d’où nous avons fait notre diable).

Bérith répond sur le passé, le présent et l’avenir, mais il ment très souvent. Comme il sait changer les métaux en or, il est parfois considéré comme le démon des alchimistes. Duc aux enfers commandant 26 légions, il est connu sous 3 noms : Berith, Beal et Bolfri. Grand et terrible, il se montre sous les traits d’un jeune soldat habillé de rouge, monté sur un cheval de même couleur, et portant une couronne.

Botis répond sur le passé le présent et l’avenir.

Buer enseigne la philosophie, la logique et les vertus des plantes. Il rend la santé aux malades. Il donne de bons domestiques. Il a la forme d’une étoile à 5 branches ou d’une roue à 5 rayons et avance en roulant. Il commande 50 légions.

Bune hante les cimetières, rassemble les démons sur les sépulcres et déplace les cadavres. Il procure richesse et éloquence à ceux qui le servent. Grand-duc à la tête de 30 légions, il a la forme d’un dragon à 3 têtes, dont une est celle d’un homme.

Byleth est un des rois de l’enfer, fort et terrible, enragé et désobéissant, commandant 80 légions, qui intervient dans les exorcismes. L’exorciste doit être très prudent car il n’obéit qu’avec fureur. Celui qui parvient à le soumettre acquerra une grande puissance. Il se montre assis sur un cheval blanc, précédé de trompettes et de musiciens de tout genre. Il était autrefois de l’ordre des Puissances et il espère remonter un jour dans le ciel sur le septième trône.

Caacrinolas, grand président aux enfers, a l’apparence d’un chien avec des ailes de griffon. Il donne la connaissance des arts libéraux, incite aux meurtres et rend invisible. Il commande 36 légions.

Carabia, roi d’une partie de l’enfer et comte, commandant 30 légions, se présente sous la figure d’une étoile à 5 branches. Il connaît les vertus des plantes et des pierres précieuses. Il a pouvoir sur les oiseaux qu’il rend familiers.

Caym est le plus grand sophiste et logicien. Grand président aux enfers, il commande 30 légions. et aux enfers. Il se montre généralement sous la forme d’un merle, mais, lorsqu’il paraît sous forme humaine il tient un sabre et répand du brasier ardent. Il aurait eu une discussion avec Luther. Il donne l’art de comprendre le chant des oiseaux, le mugissement des bœufs et le bruit des ondes. Il connaît l’avenir.

Chamos ou Chamoos, Grand Chambellan, chevalier de la Mouche

Chax vole l’argent dans les maisons et ne le restitue qu’au bout de 1200 ans. Il enlève les chevaux et indique les trésors cachés.

Chiridirelles secourt les voyageurs et indique leur chemin aux égarés. Il se montre sous la forme d’un passant à cheval.

Chodar, que les nécromanciens nomment aussi Béliol, a l’Orient pour district, et commande aux démons des prestiges.

Cimeries enseigne la grammaire, la logique, la rhétorique. Marquis de l’empire infernal, il est à la tête de 26 légions. Il commande aux parties africaines. Il fait découvrir les trésors, les choses cachées. Il rend l’homme léger à la course. Il donne aux bourgeois l’aspect fringant des militaires.

Clauneck agit sur les biens, sur les richesses ; il fait trouver les trésors à celui qu’il sert en vertu d’un pacte. Il est aimé de Lucifer qui le laisse maître de disposer de l’argent.

Clistheret peut faire paraître la nuit au milieu du jour, et le jour au milieu de la nuit.

Cornedur

Dagon est le boulanger et grand panetier de la cour infernale. Les Philistins, qui l’adoraient sous la forme d’un homme à queue de poisson, lui attribuaient l’invention de l’agriculture.

Empuse, démon du midi, est un spectre horrible, au regard atroce, avec un pied d’âne et un pied d’airain. Une flamme autour de sa tête ne cherche qu’à faire du mal. Il prend diverses formes de femmes, de chiens, de bœuf ou de vipère.

Eurynome, prince de la mort, a les dents longues, un corps effroyable couvert de plaies, et, pour vêtement, une peau de renard.

Fécor et ses compagnons Anarazel et Gaziel, ébranlent les fondements des maisons, excitent les tempêtes, font souffler des vents accompagnés de flammes, inspirent la peur par un grand bruit de cloches et de clochettes, font apparaître les spectres et donnent des terreurs nocturnes.

Flauros, grand général aux enfers, commande 20 légions et a la figure d’un léopard. Lorsqu’il prend forme humaine, il a un visage affreux et des yeux enflammés. Il connaît le passé et l’avenir et soulève tous les démons contre les exorcistes.

Fleuretty

Focalor commande à la mer et aux vents. Il tue les bourgeois et les jette dans les flots. Général aux enfers, commandant 30 légions, il obéit en rechignant à l’exorciste. Il se montre sous l’aspect d’un homme avec des ailes de griffon.
Foray

Forcas rend l’homme invisible, ingénieux et beau parleur. Il fait retrouver les choses perdues et découvrir les trésors. Il enseigne la logique, l’esthétique, la chiromancie, la pyromancie et la rhétorique. Chevalier, grand président des enfers, il commande 29 légions. Il apparaît sous la forme d’un homme vigoureux, à la longue barbe et aux cheveux blancs, monté sur un grand cheval et tenant un dard aigu.

Forneus instruit les hommes dans les plus hautes affaires. Il fait du bien à ses amis et du mal à ses ennemis.

Furfur

Gaap (ou Tap) excite à l’amour ou à la haine. Il transporte rapidement les hommes dans les contrées qu’ils veulent parcourir. Grand président et grand prince aux enfers, commandant 70 légions, il a l’empire sur les démons soumis à la puissance d’Amoymon. Il se montre à midi sous sa forme humaine. Des nécromanciens lui offraient autrefois des libations et des holocaustes.

Gamigym ou Gamycyn fait paraître devant l’exorciste les âmes qui ont péri en mer et celles qui souffrent au purgatoire. Il répond à toutes les questions de l’exorciste et reste auprès de lui jusqu’à ce qu’il ait exécuté tout ce qu’on lui a ordonné. Grand marquis des enfers, commandant 30 légions, il apparaît soit sous la forme d’un petit cheval, soit sous celle d’un homme, à la voix rauque, qui discourt sur les arts libéraux.

Gaziel est chargé de la garde des trésors souterrains, qu’il transporte d’un lieu à un autre pour les dérober aux recherches des hommes. Avec ses compagnons Anarazel et Fécor, il ébranle les fondements des maisons, excite les tempêtes, fait souffler des vents accompagnés de flammes, inspire la peur par un grand bruit de cloches et de clochettes, fait apparaître les spectres et donne des terreurs nocturnes. Il peut ranimer les cadavres mais seulement pour un moment.

Gomory fait découvrir les trésors cachés et répond sur le passé, le présent et l’avenir. Duc des enfers, commandant 26 légions, il apparaît sous la forme d’une femme coiffée d’une couronne.

Gorson, roi de l’Occident, est visible à 9 heures du matin.

Gusoyn augmente les dignités et affermit les honneurs. Il découvre les choses cachées. Grand duc, commandant 45 légions, il apparaît sous la forme d’un chameau.

Haagenti enseigne l’art de transformer les métaux en or. Il peut rendre l’homme habile en toutes choses et faire du vin avec de l’eau. Grand président aux enfers, commandant 33 légions, il apparaît sous la figure d’un taureau avec des ailes de griffon.

Haborym (ou Aym ou Amy) est le démon des incendies.

Hadès ou Adès est le roi de l’enfer.

Hallulaya, dont le nom peut être traduit par « courtilière », est un démon de Babylone qui tourmente les hommes quand ils sont sur les routes.

Halphas bâtit des villes et ordonne les guerres. Grand comte des enfers, commandant 26 légions, il apparaît sous la forme d’une cigogne à la voix bruyante.

Hécate, archidémone, Princesse Souveraine des esprits Malins. Dans la mythologie grecque, c’est une déesse lunaire et chtonienne régnant sur la terre et la mer stérile et liée aux cultes de la fertilité. Elle préside aux germinations et aux accouchements. Chez Hésiode, elle joue un rôle protecteur auprès des marins et des enfants, assez semblable à celui d’Artémis. Mais elle est aussi la déesse des fantômes et des terreurs nocturnes. Elle est la seule divinité qui possède le pouvoir de pénétrer les 3 mondes : celui des esprits et des morts (le « monde souterrain » ou monde d’en bas, inférieur), celui des mortels (la Terre ou le Monde du Milieu) et celui des Dieux (l’Olympe ou le Monde du Dessus). Progressivement, elle se retrouve associée à la face sombre de l’astre lunaire, et se voit prêter des capacités de divinations et de sorcellerie. On la retrouve alors, maîtresse des arts occultes, liée à la lignée de magiciennes comme Médée et Circé, et invoquée par les magiciens et les sorcières. Elle est souvent représentée portant un grand flambeau et suivie par un chien, ou avec 3 têtes (femme au milieu, chien à gauche et cheval à droite), ou 3 corps ou par 3 femmes adossées à une colonne ou par 3 animaux (la chienne, la truie et la jument). On a retrouvé de nombreuses statuettes à d’anciens carrefours, lieux de la géomancie par excellence, où elle était invoquée lorsqu’un choix devait être fait. On lui offrait des sacrifices et on prononçait des incantations. Sa présence faisait trembler la terre, éclater les feux et aboyer les chiens.

Humtaba, démon de Babylone, a la réputation de ne rien pardonner. Sa voix est ouragan, sa bouche feu, son haleine mort.

Hutgin a du plaisir à obliger les hommes en leur rendant service. Ambassadeur en Turquie.

Ipes (ou Ayperos) donne du génie et de l’audace. Il connaît le passé et l’avenir. Prince et comte de l’enfer, commandant 36 légions, il apparaît sous la forme d’un ange ; quelquefois sous la forme d’un lion, avec la tête et les pattes d’une oie et une queue de lièvre.

Issacarum, Béhémoth, Ausitif, Zabulon et Bélaam sont des démons cités lors de l’affaire des Ursulines de Loudun.

Kakos est invoqué dans les litanies du sabbat.

Kelen préside les débauches et les orgies.

Kobal est le directeur des spectacles et des farces de l’Enfer. Démon perfide qui mord en riant, il est le patron des comédiens.

Les Lamies, sous la forme de femmes ayant des têtes de dragon aux bouts des pieds, se trouvent dans les déserts. Elles hantent aussi les cimetières où elles déterrent les cadavres qu’elles mangent, ne laissant des morts que des ossements.

Léonard, Grand maître des sabbats, Inspecteur général de la sorcellerie, Chevalier de la Mouche.

Léviathan

Lilith

Lilu, démon de Babylone, cherche les femmes malades pour leur faire du mal la nuit.

Loray anime les combats. Il aggrave les blessures faites par les archers.

Lucifer est le grand justicier de l’enfer. On le prend souvent pour le roi des enfers, commandant aux Européens et aux Asiatiques. Il apparaît sous la forme d’un bel enfant et aime jouer des tours. Selon les magiciens, il était invoqué le lundi et se contentait de l’offrande d’une souris. On l’invoque dans les litanies du sabbat.

Lucifuge-Rofocale

Magoa, roi de l’occident, est l’un des plus puissants démons.

Maimon est le chef de la 9ème hiérarchie des démons, ceux qui sont des tentateurs et des dresseurs de pièges.

Malphas bâtit des citadelles et des tours inexpugnables. Il renverse les remparts ennemis. Il fait trouver de bons ouvriers et donne des esprits familiers, mais il trompe ceux qui lui sacrifient. Grand président des enfers commandant 40 légions, il apparaît sous la forme d’un corbeau à la voix rauque.

Mammon et Moloch sont des divinités du panthéon phénicien et ammonite [peuple de l’ancienne Syrie censé descendre d’Ammon (Ben Amm), le fils que Loth eut de sa fille cadette (Gn 19,38) : les filles de Loth profitèrent de son sommeil pour s’unir à lui et donnèrent naissance à Ammon et Moab] ravalés au rang de démons et représentés avec une tête de veau ou de taureau. Mammon est le dieu de la richesse des Syriens ; c’est aussi le démon de l’avarice. Il apprit aux hommes à fouiller la terre pour en découvrir les trésors. On le dit Ambassadeur des enfers en Angleterre.

Les Phéniciens et les Ammonites sacrifiaient des enfants à Mammon et à Moloch, lors des rites de fécondité, et ce trait leur est resté dans la démonologie comme dévorateurs des enfants.

Moloch, qui signifie « Roi », dieu Solaire des Cananéens de l’ancienne Palestine, cruelle idole des Phéniciens et des Carthaginois, a été identifié à Baal puis à Saturne. La statue du dieu était en bronze, creuse à l’intérieur. D’après Diodore de Sicile, elle avait les bras étendus en avant et un peu inclinés vers le sol, de manière à recevoir les corps qu’on lui offrait et qui retombaient ensuite de leur propre poids, brûlés et consumés, dans un bassin d’airain placé au-dessous. D’après la description de quelques anciens rabbins, les victimes qu’on déposait sur les bras de l’idole, élevés vers le ciel, roulaient dans une cavité ménagée à l’intérieur de la statue de bronze, que l’on faisait rougir au feu et, afin d’étouffer les cris plaintifs des victimes, les prêtres exécutaient autour de l’idole un grand bruit de tambours et d’autres instruments. De là le nom de Tophet (toph, tambour) donné par les Juifs à l’endroit de la vallée de Ben-Hinnôm, près de Jérusalem, où ils offraient des sacrifices à Moloch. Enfin, suivant quelques auteurs, le ventre et l’estomac de la statue étaient divisés en sept compartiments, dans chacun desquels on introduisait une victime vivante ; ici, une brebis ; là, un bélier ; à côté, un veau ; ailleurs, un bœuf, etc., et, dans le septième, un homme. Quelquefois, surtout chez les Juifs, on se contentait de faire passer les enfants à travers de grands feux allumés devant l’idole ; c’est ce qu’on appelait consacrer son fils ou sa fille par le feu de Moloch.

Salomon, pourtant le plus sage des hommes (I Rois 5,11), rétablit en Israël le culte des divinités étrangères et notamment celui d’Astarté ou Ashtart, déesse sidonienne de la fertilité et de la guerre et Reine du ciel (Ishtar chez les Sumériens), de Milkom (ou Moloch ou Molek) l’abomination des Ammonites à qui il fit élever un temple à Tophet, et de Kemosh l’abomination de Moab (I Rois 11,4-8).

Les cultes de Moloch, de Baal et d’Ashtart (déesse arboricole figurée par un bosquet) furent pratiqué en Israël, notamment sous les règnes d’Achaz et de Manassé, qui firent passer un de leurs fils par le feu, dressèrent un autel à Baal dans le sanctuaire extérieur et osèrent placer le bosquet dans le Saint des Saints (II Rois 16, 3-4 ; 17, 16 ; 21,3-7). Amon, qui succéda à son père Manassé, continua à servir les idoles (II Rois 21, 20-21). Josias, fils d’Amon, démolit les autels des idoles, brisa les stèles, coupa les poteaux sacrés et souilla tous les hauts lieux en y faisant brûler ou jeter des ossements humains. (II Rois 23, 4-14).

Cette démonologie n’a cessé de se compliquer à mesure que les commentateurs ou les traducteurs de la Kabbale ajoutaient leurs propres élucubrations. Ainsi il en fut des démons comme de bien d’autres choses : leur popularité subit maintes fluctuations et les traditions démoniaques chrétiennes, par exemple, ont toujours accordé un rôle plus important à Belzébuth ou à Asmodée qu’à Belphégor ou à Astaroth, sans qu’on sache exactement pourquoi.

Marbas (ou Barbas) répond sur les choses cachées. Il donne la connaissance des arts mécaniques. Il envoie les maladies. Grand président aux enfers commandant 36 légions, il se montre sous la forme d’un lion furieux.

Marchiosas obéit aux exorcistes.

Marthym ou Bathym, duc aux enfers, commandant 30 légions, apparaît comme un homme grand et fort avec une queue de serpent, montant un cheval d’une blancheur livide. Il connaît les vertus des plantes et des pierres précieuses. Il peut transporter d’un pays à un autre à une vitesse prodigieuse.

Martinet défendait aux magiciens de ne rien entreprendre sans sa permission, ni de sortir d’un lieu avant qu’il leur donnât congé.

Melchom porte la bourse. Il est le trésorier-payeur des employés publics des Enfers.

Goethe utilise dans Faust le démon médiéval Méphistophélès « celui qui hait la lumière » et qui serait, après Satan, le plus redoutable meneur de l’enfer. Goethe lui fait dire : « Je suis l’esprit qui toujours nie ; et c’est avec justice, car tout ce qui existe est digne d’être détruit, il serait donc mieux que rien n’existât. Ainsi, tout ce que vous nommez péché, destruction, bref, tout ce que l’on entend par mal, voilà mon élément. »

Méphistophélès, l’un des principaux seigneurs de l’Enfer, est le démon de la raillerie méchante, du mépris de la vertu, du scepticisme. On le reconnaît à sa froide méchanceté, à ce rire amer qui insulte aux larmes, à la joie féroce que lui cause l’aspect des douleurs. Quand il est convoqué, son but premier est de confisquer votre âme et pour cela, il vous apprend la sagesse et vous donne un pouvoir immense pour tout ce que vous désirez. Le contrat signé avec votre sang n’est pas résiliable et finit avec votre mort.

Minoson fait gagner aux jeux.

Morax instruit dans l’astronomie et les arts libéraux. Il est le prince des esprits familiers. Capitaine, comte et président de plusieurs bandes infernales, commandant 36 légions, il apparaît sous la forme d’un taureau.

Mullin est le premier valet de chambre de Belzébuth.

Murmur est le démon de la musique.

Nabam est conjuré le samedi.

Naberus donne l’éloquence, enseigne les arts libéraux, fait trouver la main de gloire, indique les qualités des métaux, des végétaux, et de tous les animaux. Il est aussi l’un des chefs des nécromanciens et prédit l’avenir.

Naimbroth est conjuré le mardi.

Nebiros

Nergal est le chef de la police des Enfers, le premier espion de Belzébuth. Nergal, idole adorée par les habitants de Kouth (II Rois 17, 30), représentait très probablement la planète Mars que vénéraient aussi les Sabéens sous un nom analogue à celui de Nergal et ayant en syriaque la signification de « hache ». Les légendes consignées dans le Talmud par les rabbins prétendent que le Nergal avait la forme d’un coq.

Nusmiane

Nybbas est le grand intendant des visions et des songes. La cour infernale le considère comme un bateleur et un charlatan.

Nysrock, seigneur des plaisirs de la table, est le chef de cuisine de Belzébuth.

Ob, démon des syriens, ventriloque, donnait ses oracles par le derrière, d’une voix basse et sépulcrale.

Oilette est invoqué dans les litanies du sabbat.

Olivier était invoqué comme prince des archanges dans les litanies du sabbat.

Orias, qui connaît l’astronomie et l’astrologie, est le démon des astrologues et des devins. Grand marquis de l’empire infernal, il commande 30 légions et apparaît comme un lion furieux, assis sur un cheval à queue de serpent et portant dans chaque main une vipère.

Orobas révèle les mensonges, accorde des dignités et des emplois et réconcilie les ennemis. Grand prince, commandant 20 légions, il apparaît sous la forme d’un beau cheval. Il parle de l’essence divine et peut donner des réponses sur le passé, le présent, et l’avenir.

Otis (ou Ottis) apparaît sous la forme d’une vipère, avec de grandes dents, 2 cornes sur la tête et un glaive à la main. Grand président des enfers, commandant 60 légions, il répond effrontément sur le présent et l’avenir.

Oze répond sur les choses divines et abstraites. Il rend l’homme insensé au point de lui faire croire qu’il est roi ou empereur. Il rend ses adeptes habiles dans les arts libéraux. Grand président des enfers, il apparaît sous la forme d’un léopard ou sous celle d’un homme ; il porte une couronne, mais ne règne qu’une heure par jour.

Pan, prince des Incubes

Paymon commande à 200 légions. Il apparaît aux exorcistes sous la forme d’un homme chevauchant un dromadaire, couronné d’un diadème étincelant de pierreries avec un visage de femme. Retour à Bébal.

Perrier ou Pierrier était invoqué comme prince des principautés, dans les litanies du sabbat.

Phoenix, avant de se montrer à un exorciste, produit des sons mélodieux. Mais il faut se boucher les oreilles quand on lui commande de prendre forme humaine. Il répond aux questions sur toutes les sciences. Grand marquis des enfers, il apparaît sous la forme d’un phénix avec la voix d’un enfant. Après 1000 ans, il espère retourner au 7ème ordre des trônes.

Pluton, Prince du feu, Gouverneur des pays enflammés, Grand Croix de l’Ordre de la Mouche.

Pruslas (ou Busas) répond à tout ce qu’on lui demande. Il envenime les discordes et déclenche les guerres, les querelles. Il réduit les gens à la mendicité. Il régna sur Babylone. Il a la tête d’un hibou.

Princel (ou Pucel ou Pocel) répond sur les sciences occultes. Il enseigne la géométrie et les arts libéraux. Il est accusé de faire entendre de violents bruits ou le mugissement des eaux. Pour les Prussiens, il était le roi de l’enfer.

Prisier est invoqué dans les litanies du sabbat.

Proserpine (équivalent latin de Perséphone) assurait la germination des plantes. On lui a attribué un caractère redoutable avec ses nouvelles fonctions de Reine des Enfers. Elle est la mère des Érinyes.

Pursan connaît le présent, le passé et l’avenir. Il aide à découvrir les choses enfouies, comme les trésors.

Raum (ou Raym) détruit les villes et donne des dignités. Grand comte, de l’ordre des trônes, commandant 30 légions, il apparaît sous la forme d’un corbeau lorsqu’il est conjuré.

Remmon (ou Rimmon) est le premier médecin de l’empereur infernal ; il a le pouvoir de guérir la lèpre. Ambassadeur en Russie.

Roneve (ou Ronwe) donne la connaissance des langues. Marquis et comte de l’enfer, commandant 19 cohortes, il apparaît sous une forme monstrueuse.

Rosier était invoqué comme prince des dominations dans les litanies du sabbat.

Sabathan était invoqué dans les litanies du sabbat.

Sabras (ou Sabnac ou Salmac), démon des fortifications, bâtit des tours avec une adresse surprenante. Il change les hommes en pierres. Grand marquis infernal, commandant 50 légions, il apparaît comme un soldat à tête d’un lion, monté sur un cheval hideux.

Samaël (ou Shammaël). Les cabalistes reconnaissent 2 anges portant le nom de Samaël, l’un blanc, l’autre noir :

- Le Samaël blanc, c’est l’ange des châtiments, l’exécuteur des hautes œuvres divines ; le Samaël noir est l’ange des catastrophes non expiatoires, des malheurs soudains et inexplicables, du moins en apparence.

Dans certains écrits rabbiniques et dans la littérature apocalyptique, Samaël est considéré comme l’Ange de la Mort, représenté avec une épée ou avec un arc et des flèches.

- Le Samaël noir est aussi nommé le Samaël incirconcis, ou le père des écorces. Les cabalistes donnent le nom d’écorces aux erreurs, parce que les erreurs sont des enveloppes qui cachent la vérité. Les esprits réprouvés sont les écorces vides qui ne contiennent plus la vérité, semblables aux citrons pleins de cendre qui croissent sur les bords du lac Asphaltite. Celui qui exerce la justice de Dieu sur les écorces, c’est le Samaël noir. La circoncision symbolise chez les Juifs le retranchement de l’écorce ou de l’erreur ; c’est-à-dire l’adoration du principe créateur sans aucune espèce de forme visible ou d’enveloppe matérielle. Le Samaël incirconcis est donc le père de l’erreur, définition analogue à celle des docteurs catholiques, qui nomment Satan « le père du mensonge », en interprétant la parole du Christ, qui avait déclaré le Diable « meurtrier comme son père » ce qui indiquerait peut-être que le diable est en même temps le fils et le père du mensonge. Pour Eliphas Lévi, le diable est « le magnétisme du mal, la force fatale que Dieu a voulue, quand il a voulu la liberté. »

Samaël, prince des anges déchus (assimilé à Satan par Moïse Maïmonide), monté sur un serpent ayant la taille d’un chameau, vint séduire Eve dans le Jardin d’Eden. Il aurait cohabité avec elle bien avant Adam et de cette union serait né Caïn et de nombreux démons. De son côté, Adam, momentanément séparé d’Eve, se serait accouplé avec Lilith et, lui aussi, en aurait eu plusieurs démons. D’autres prétendant que Samaël, androgyne, aurait forniqué avec les deux (on le confond parfois avec Asmodée, le démon de la luxure). Précipité par la suite aux abîmes, le serpent fut maudit entre toutes les bêtes et Samaël rejoignit en la troisième résidence sur les sept auxquelles il est fait allusion dans le Zohar : « c’est le lieu des embrasements et des nuages de fumées où débouche le fleuve de feu qui s’écoule et émerge. Il est la maison où sont brûlées les âmes des ignobles car le feu y descend sur la tête des pervers que pourchassent les Anges destructeurs. C’est dans ce lieu aussi que parfois se trouvent les délateurs d’Israël qui les détournent de la bonne voie, sauf quand ceux-ci obtiennent la guérison qui leur permet de les repousser. Le chef qui est à leur tête vient du côté gauche. Tous les êtres qui peuplent cette résidence viennent du domaine obscur ce qu’exprime : « L’obscurité est sur la face de l’Abîme. » (Genèse I, 2). Samaël le réprouvé y vit aussi. »

Le nom du prince des démons, Samaël, est visiblement relié à « se’mol », mot hébreu signifiant « le côté gauche ». Il semble que ce soit l’origine de l’utilisation de la gauche comme représentant le diable.

Samanum est un démon rouge qui attaque les hommes, les plantes et les minéraux, et provoque les pluies rouges. En Babylonie on lui attribuait des pouvoirs sexuels sur l’homme et la femme.

Sarcueil était invoqué dans les litanies du sabbat.

Sargatanas

Satanachia

Sidragasum a le pouvoir de faire danser les femmes mondaines

Stolas, grand prince des enfers, commandant 26 légions, apparaît sous la forme d’un hibou. Il enseigne l’astronomie et connaît les propriétés des plantes et la valeur des pierres précieuses.

Succor-Benoth, chef des eunuques du sérail, est le démon de la jalousie.

Sustrugiel enseigne, selon les Clavicules de Salomon, l’art magique et donne des esprits familiers.

Sytry, grand prince aux enfers, commandant 70 légions, apparaît sous la forme d’un léopard, avec des ailes de griffon. Quand il prend forme humaine, il est d’une grande beauté et enflamme les passions. Il découvre les secrets des femmes qu’il tourne volontiers en ridicule.

Tap voir Gaap

Thamuz est l’inventeur de l’artillerie. Ses domaines sont les flammes, les grils, les bûchers. On lui attribue l’invention des bracelets féminins.

Ukobach est chargé par Belzébuth d’entretenir l’huile dans les chaudières infernales. Il se montre toujours avec un corps enflammé. Il serait l’inventeur des fritures et des feux d’artifices.

Uphir, démon alchimiste, connaît aussi les plantes. Il est responsable de la santé de Belzébuth et de la cour.

Valefar (ou Valafar ou Malafar) connaît le passé et l’avenir, donne du génie et de l’audace aux hommes. Grand et puissant duc de l’empire infernal, commandant 36 légions, il apparaît sous la forme d’un ange ou d’un lion avec la tête et les pattes d’une oie et une queue de lièvre.

Vapula rend l’homme très adroit en mécanique et en philosophie. Il donne du génie aux savants. Grand et puissant duc de l’empire infernal, commandant 36 légions, il apparaît sous la forme d’un lion avec des ailes de griffon.

Vépar, duc commandant 29 légions, qui apparaît sous la forme d’une sirène, dirige les vaisseaux marchands et inflige aux hommes des blessures venimeuses qu’on ne peut guérir que par exorcisme.

Verdelet, maître des cérémonies de la Cour infernale, est chargé du transport des sorcières au sabbat.

Vine bâtit des maisons. Il fait enfler les rivières. Il connaît le passé.

Volac connaît les planètes et les retraites des serpents. Grand président aux enfers, commandant 30 légions, il apparaît sous la forme d’un enfant avec des ailes d’anges, monté sur un dragon à 2 têtes.

Wall, grand et puissant duc, de l’ordre des Puissances, commandant 36 légions, apparaît sous la forme d’un dromadaire gigantesque et terrible. Il parle égyptien quand il prend figure humaine.

Xaphan, qui proposa aux rebelles de mettre le feu au ciel, est chargé d’attiser la braise des fourneaux infernaux avec sa bouche et ses mains.

Xezbeth est le démon des prodiges imaginaires, des comtes merveilleux et du mensonge.

Zabulon, Béhémoth, Issacarum, Ausitif et Bélaam sont des démons cités lors de l’affaire des Ursulines de Loudun.

Zaebas ou Zaebos, grand comte des enfers, a l’aspect d’un beau soldat monté sur un crocodile ; sa tête est ornée d’une couronne ducale. Il est doux de caractère.

Zagam, grand roi et président de l’enfer, commandant 30 légions, a l’apparence d’un taureau aux ailes de griffon. Il change l’eau en vin, le sang en huile, le plomb en argent et le cuivre en or.

Zapan

Zepar pousse les hommes aux passions infâmes.

Les origines païennes de certains démons sont si nettes que le christianisme ne put les admettre sans les transformer notoirement.

- C’est le cas de Furfur, démon kabbalistique et chrétien, ancienne divinité sémitique de l’orage, qui devint un ange avec une queue enflammée : ultime vestige de ses antiques fonctions de divinité ouranienne armée de la foudre. Il entretient l’union entre maris et femmes. Il répond sur des sujets abstraits mais c’est un menteur à moins qu’il ne soit enfermé dans un triangle. Comte aux enfers, commandant 26 légions, il se fait voir sous la forme d’un cerf avec une queue enflammée. Sous la forme d’un ange, il parle d’une voix rauque. Il fait tomber la foudre, luire les éclairs et gronder le tonnerre dans les lieux qu’on lui indique.

- C’est aussi le cas d’Aym (ou Amy ou Avnas ou Haborym), ancienne divinité chthonienne des Moabites, qu’on représente chevauchant une vipère à 3 têtes (l’une de serpent, l’autre d’homme, la troisième de chat) et tenant une torche. C’est le démon des incendies. Il enseigne les secrets de l’astronomie et des arts libéraux. Il permet de trouver les trésors gardés par les démons. Il donne de bons domestiques. Duc des Enfers, il est environné de flammes et commande 26 légions.

- C’est aussi le cas de Léviathan (« Bête qui se tortille ») lequel, monstre marin d’origine babylonienne et égyptienne (dragon marin ou crocodile), antique personnification de l’Abîme, devint dans la démonologie postérieure, un démon androgyne, avec le grade de grand amiral (sans doute parce qu’il personnifiait l’Abîme marin). Certains en ont fait une baleine, d’autres un crocodile. Léviathan désigne aussi l’universalité des poissons. C’est un grand menteur, responsable de nombreuses possessions. Il est coriace et difficile à exorciser.

Dieu « fracasse les têtes de Léviathan pour en faire la pâture des bêtes sauvages. » (Psaumes 74,14)

2.5 La hiérarchie infernale Début de page

A l’origine, la cour infernale se composait comme ceci :

Satan Empereur ; Belzébuth Prince ; Astaroth Grand Duc ; Lucifuge-Rofocale Premier ministre ; Satanachia Général en chef ministre des armées ; Agaliarept Grand Sénéchal Ministre des affaires étrangères ; Fleuretty Lieutenant Général Ministre des finances ; Sargatanas Brigadier Chef Ministre de l’intérieur ; Méphistophélès Lieutenant Ministre de la culture et Nebiros Maréchal de Camp.

Ces 7 démons Supérieurs régnaient sur les légions infernales et avaient autorité sur d’autres démons :

Lucifuge-Rofocale > Bael, Aguarès, Baphomet, Marbas ; Satanachia > Pruslas, Nusmiane, Amon, Barbatos ; Agaliarept > Buer, Gusoyn, Otis ; Fleuretty > Pursan, Bathym, Abigor ; Sargatanas > Loray, Valafar, Foray ; Méphistophélès > Bélial, Cornedur ; Nebiros > Morax, Ayperos, Cerbère, Caacrinolas.

Suite à un coup d’État par lequel l’empereur Satan fut détrôné (devenant chef de l’opposition, Prince révolutionnaire et démon de la discorde), il semble qu’aux anciennes dignités vinrent s’en ajouter de nouvelles :

Belzébuth, Empereur Suprême, commandant les 6666 légions et fondateur de l’Ordre de la Mouche ; Eurynome, Prince de la Mort, Grand Croix de l’Ordre de la Mouche ; Léonard, Grand maître des sabbats, Inspecteur général de la sorcellerie, Chevalier de la Mouche ; Lilith, reine des Succubes ; Pan, prince des Incubes ; Moloch, Prince du Pays des Larmes, Commandeur de l’Ordre de la Mouche ; Pluton, Prince du feu, Grand Croix de l’Ordre de la Mouche ; Baalberith, Grand Pontife, Maître des Alliances ; Proserpine, Reine des Enfers ; Hécate, archidémone, Princesse Souveraine des esprits Malins ; Adramélech, grand chancelier, Grand Croix ; Nergal, chef de la police secrète ; Léviathan, grand amiral, chevalier de la Mouche ; Belphégor, Ambassadeur en France ; Rimmon, Ambassadeur en Russie ; Thamuz, Ambassadeur en Espagne ; Hutgin, Ambassadeur en Turquie ; Martinet, Ambassadeur en Suisse ; Alastor, exécuteur des hautes œuvres ; Lucifer, grand justicier, chevalier de la Mouche ; Verdelet, maître des cérémonies ; Succor Benoth, chef des eunuques du sérail ; Chamos ou Chamoos, Grand Chambellan, chevalier de la Mouche ; Melchom, trésorier-payeur ; Nysrock ou Nisroch, chef de la cuisine ; Béhémoth, grand échanson ; Dagon, grand panetier ; Mullin, premier valet de chambre de l’Empereur ; Kobal, directeur des spectacles ; Nybbas, grand paradiste ; Antéchrist, escamoteur et nécromancien.

La Cour Infernale de l’Empereur Belzébuth se compose de :

- 7 Rois : Bael, roi de la partie orientale de l’Enfer, général en chef des armées infernales, Grand Croix ; Pursan, Byleth, Paymon, Bélial ; Asmodée, surintendant des maisons de jeu ; Zapan. Leur métal est l’or.

- 23 Ducs : Aguarès, Busas, Gusoyn, Bathym, Eligor, Valefar, Zepar, Sytry, Bune, Berith ; Astaroth, Grand Trésorier, Chevalier de la Mouche ; Vepar, Chax, Princel, Murmur, Focalor, Gomory, Amduscias, Aym, Orobas, Vapula, Hauros, Alocer. Leur métal est le cuivre.

- 13 Marquis : Aamon, Loray, Naberus, Forneus, Roneve, Marchiosas, Sabnac, Gamigym, Arias, Andras, Androalphus, Cimeries, Phoenix. Leur métal est l’argent.

- 10 Comtes : Barbatos, Botis, Marax, Ipes, Furfur, Raym, Halphas, Vine, Decarabia, Zalcos. Leur métal est un alliage de cuivre et d’argent.

- 11 Présidents : Marbas, Buer, Caacrinolas, Forcas, Malphas, Gaap, Caym, Volac, Oze, Amy, Haagenti. Leur métal est le mercure.

- 18 Secrétaires d’État : Abigor, Aguarès, Asmodée, Baal, Bathym ; Bélial, Ambassadeur en Italie ; Botis, Buer, Baphomet, Caacrinolas, Cornedur, Foray ; Mammon, Ambassadeur en Angleterre ; Marbas, Moloch, Nusmiane, Pruslas, Valefar.

L’étain est le métal des princes. Le plomb est seulement attribué au chevalier Forcas.

Selon la tradition kabbalistique, des démons particuliers sont opposés aux classes des anges :

Séraphins > < Belzébuth, prince des séraphins ; Baal ; les Intelligences infernales, forces de destruction

Chérubins > < Baalberith, prince des chérubins ; Satan, Satanaêl ; forces du Chaos et de la perdition

Trônes > < Astaroth, prince des trônes ; force de la Mort et de la Tentation

Dominations > < Rosier, prince des dominations ; Asmodée ; forces de la Matière

Puissances > < Carreau, prince des puissances ; Mastéma ; forces Élémentaires

Vertus > < Bélial ou Bélias, prince des vertus ; Meririm ; forces de la Maladie

Principautés > < Pierrier ou Perrier, prince des principautés ; Semiazas ; forces des Sortilèges et des Poisons

Archanges > < Olivier, prince des archanges ; Azazel ; forces de la Méchanceté

Anges > < Junier, prince des anges ; Mammon ; forces du Mensonge

Ames des bienheureux > < Les Possédés

Les démons répondent à une hiérarchie bien déterminée et se sont organisés comme des militaires. Selon Jean Wier (XVIe siècle), les forces démoniaques, commandées par 66 princes, comptent 6 666 légions dont chacune comporte 6 666 démons : ce qui porte l’Armée à 44 435 566 démons prêts au combat... D’après Richelmus de Schental, abbé cistercien de Wurtemberg au XIIIe siècle, les démons se comptent par centaines de milliards. En 1460, Alphonsus de Spina estimait leur nombre à 133 306 668.

« Aussitôt que Jésus fut hors de la barque, il vint au-devant de lui un homme, sortant des sépulcres, et possédé d’un esprit impur. Cet homme avait sa demeure dans les sépulcres, et personne ne pouvait plus le lier, même avec une chaîne. Car souvent il avait eu les fers aux pieds et avait été lié de chaînes, mais il avait rompu les chaînes et brisé les fers, et personne n’avait la force de le dompter. Il était sans cesse, nuit et jour, dans les sépulcres et sur les montagnes, criant, et se meurtrissant avec des pierres. Ayant vu Jésus de loin, il accourut, se prosterna devant lui, et s’écria d’une voix forte : « Qu’y a-t-il entre moi et toi, Jésus, Fils du Dieu Très Haut ? Je t’en conjure au nom de Dieu, ne me tourmente pas ». Car Jésus lui disait : « Sors de cet homme, esprit impur ! » Et, il lui demanda : « Quel est ton nom ? - Légion est mon nom, lui répondit-il, car nous sommes plusieurs. » (Marc 5 : 2-9)

2.6 L’Enfer Début de page

C’est un lieu généralement situé dans le monde souterrain et destiné aux âmes des morts qui errent dans les ténèbres, selon les Grecs, ou aux damnés qui y sont suppliciés, selon la plupart des croyances chrétiennes qui y voient les flammes éternelles.

Dans les mythes nordiques et germaniques, l’enfer est au contraire un domaine souterrain de glaces éternelles.

Dans la mythologie grecque, Charon, le nocher des Enfers, fils de l’Érèbe et de la Nuit, sous les traits d’un vieillard sinistre, fait traverser, dans sa barque, les marais de l’Achéron aux âmes des défunts qui ont reçu une sépulture. En paiement, il prend la pièce de monnaie placée dans la bouche des cadavres. Il lui est interdit de faire passer des vivants (il sera enchaîné pendant toute une année pour avoir laissé Héraclès descendre aux Enfers). Les Étrusques l’appelaient Charun et lui attribuaient l’aspect d’un génie ailé, armé d’un maillet. Charon est considéré comme une personnification de la Mort et des Enfers. Il survit en Charos ou Charontas, l’ange de la Mort du folklore grec moderne.

Cerbère, chien monstrueux auquel Hésiode donne 54 têtes (chiffre doublé par Horace) est chargé de protéger l’entrée et la sortie du domaine de Proserpine et Pluton dans la mythologie gréco-romaine. En généra, on le représente avec trois gueules menaçantes, le dos couvert de serpents venimeux se terminant par une queue de dragon. Orphée parvint néanmoins à le charmer par ses chants ; Enée le calma en lui offrant du gâteau que la Sybille avait drogué et Héraclès parvint à le ramener pour un temps à Trézène. Les démonologues de la Renaissance firent de Cerbère un démon que l’on conjurait au cours d’exorcismes. A propos de la possession d’une femme en 1565, Belleforest écrivit : « Légion et Astaroth, colonels sataniques, étant sortis, restaient les grands capitaines Cerbère et Belzébuth à quitter la place et lesquels tenaient encore bon contre les adjurations. » Il décrit Cerbère comme un démon pernicieux, présent sur Terre, mer et air. Gardien des enfers, il fait la fête aux âmes damnées entrant aux Enfers et menace celles qui tentent d’en sortir. Marquis infernal, il commande 19 légions et se montre sous la forme d’un corbeau à la voie rauque. Il donne l’éloquence , l’amabilité et enseigne les beaux-arts.

Eurynome, Prince de la mort régnant aux Enfers, Grand Croix de l’ordre de la Mouche, présente un aspect particulièrement horrible : il possède un corps blessé tout avec des dents de loup, recouvert en partie d’une peau de renard. Pausanias le décrit comme un diable qui mange les charognes des morts et ne leur laisse que les os. Il est de couleur noir tirant vers le bleu, comme les grosses mouches de boucherie, et montre les dents, assis sur un siège paré et couvert d’une peau de vautour. Il représente la mort désignée par le vautour chez les Égyptiens.

Pour le Bardo Thôdol tibétain, l’enfer est un immense territoire, appelé Sangsara, dans lequel se perdent et souffrent de désirs inassouvis ceux qui errent d’incarnation en incarnation, d’illusion en illusion, et s’enracinent toujours plus dans la matière terrestre. Après un temps indéfini ils se réincarnent et recommencent un cycle d’expériences, c’est-à-dire de réincarnations. L’enfer Sangsara est en réalité le cycle des naissances, morts et réincarnations, qui se poursuit tant que l’entité alourdit son karma sans parvenir à se libérer.

Dans l’Ancien Testament, le shéol (« lieu des morts ») désigne la condition spirituelle où se trouvent, après la mort, toutes les âmes : abîme obscur (l’Hadès des Septante, de a privatif et de la racine id « voir »), où l’humanité « gît dans les ténèbres et l’ombre de la mort » (Luc 1,79). Peu à peu, cet aspect tragique de la mort se révèle comme une dimension permanente de l’existence humaine séparée de sa source divine. Certes, les textes plus récents différencient dans le shéol plusieurs états, le « sein d’Abraham » pour les justes et la « géhenne de feu » faite de supplices éternels pour les impies (du nom d’un ravin maudit près de Jérusalem, où les cadavres, rongés de vers, étaient brûlés (Isaïe 66,24). Pourtant tous restent dans une situation de « vie morte » (Grégoire de Nysse) et les prophètes implorent une résurrection qui restaurerait les personnes dans l’unité indivisible du corps et de l’âme.

L’islam a conservé cette notion de l’enfer, territoire dans lequel les damnés subissent les pires souffrances physiques auxquelles échappent cependant les musulmans pécheurs qui purgent leurs fautes dans le purgatoire avant de pouvoir entrer dans le paradis.

A travers les textes des Pères de l’Église, l’enfer chrétien apparaît pauvre à côté des spéculations fantastiques déjà évoquées. Son chef Satan-Lucifer est d’apparence anthropomorphe et seule une tradition populaire mais peu canonique, le représentera aussi sous forme de monstre reptilien. Cette fusion en un seul être de personnages autrefois distincts (serpent biblique séducteur d’Eve, astre du matin du nom de Lucifer, adversaire de Yahvé sous le nom de Satan) est sans doute à l’origine de ce pouvoir de métamorphose qu’on prête volontiers à Satan. S’il peut être à volonté une étoile, un homme et un serpent, pourquoi s’arrêterait-il en si bon chemin ?

C’est au Moyen Age que le diable connaît sa gloire, dans la tradition occidentale. On le représente sous les traits d’un serpent, mais aussi d’un crapaud, d’une chauve-souris, d’un léopard, d’un chat noir, d’un bouc, d’un singe... Il est le cauchemar des saints, il est laid, grotesque, bizarre, effrayant ! Il doit faire peur aux petits et aux grands, dans la pénombre romane. Il est dragon, créature hybride, corps velu à tête de bouc, mais peut aussi se révéler, surtout auprès des dames, un homme très séduisant.

On prétendait, au Moyen Age, que les coquettes qui passaient trop de temps devant leur miroir finiraient par y voir le diable, et que leur visage deviendrait aussi laid que l’arrière-train qu’il leur montrait.

Héritage celtique ? Comme le dieu gaulois Cernunnos qui porte sur son front de splendides cornes de cerf, le diable a des cornes (voir « Celtes et Gaulois »).

C’est aussi en se référant au dieu Moloch que l’on a façonné l’image du diable, empruntant à la cruelle idole ses cornes, sa fourche (sur certaines statues, le bras se terminait par un gril sur lequel était exposée la victime jusqu’à ce que son corps bascule dans un bassin d’airain disposé aux pieds de Baal-Moloch) et l’allusion au feu « infernal ».

Sa figure médiévale traditionnelle de personnage cornu et barbu aux pieds de bouc est également due à l’influence du dieu Pan et des satyres antiques qui, au moment où l’empire romain se convertit au christianisme, devinrent les démons et les mauvais esprits de la nouvelle religion.

Pan, fils de Zeus et de la nymphe Callisto, principalement adoré en Arcadie, présidait aux troupeaux et passait pour l’inventeur d’un instrument de musique qualifié de chalumeau. Muni de cornes, de pieds de chèvres et d’une petite queue, on lui donnait pour compagnons les égipans, les faunes et les satyres, et il passait pour un grand amateur de filles vierges et de jeunes éphèbes. Certaines nymphes, telles Syrinx et Echo, avaient cependant repoussé ses avances. Est-ce de là que provenaient ses accès de méchanceté, la terreur que son apparition soudaine provoquait parmi les voyageurs et les populations superstitieuses des montagnes de la Grèce ? Considéré à la fin du monde antique comme le Grand Tout, la vie universelle, il fut rapidement assimilé à un démon, puis au Prince des incubes ayant Lilith pour parèdre. Pour les psychanalystes, Pan représente la libido. Il est le symbole de l’élan vital, de toutes les forces de la nature débordante.

Sous son apparence caprine, le diable prit le nom de Léonard, le grand Bouc noir qui préside au sabbat des sorcières.

Démon des premiers ordres, grand maître des sabbats, Léonard est le chef des démons subalternes et inspecteur général de la sorcellerie, de la magie noire et des sorciers. On l’appelle souvent le Grand Nègre. Il préside au sabbat sous la figure d’un bouc de haute taille. Il a trois cornes sur la tête, deux oreilles de renard, les cheveux hérissés, les yeux ronds, enflammés et fort ouverts, une barbe de chèvre et un visage au derrière, des pieds en pattes d’oie. Les sorciers l’adorent en lui baisant ce visage inférieur avec une chandelle verte à la main. Quelquefois, il ressemble à un lévrier ou à un bœuf ou encore à un grand oiseau noir ou un tronc d’arbre surmonté d’un visage ténébreux. Léonard est taciturne et mélancolique, mais dans toutes les assemblées de sorciers et de diables où il est obligé de figurer, il se montre avantageux et déploie une gravité superbe.

Satan, Lucifer, Samaël, Léviathan, Serpent, Dragon (terrassé par saint Michel et saint Georges), tels sont donc quelques-uns des noms et aussi des aspects du diable chrétien.

Le Dragon, incarnation de Satan, donne sa puissance à la bête (Apocalypse 13,1). Il peut prendre aussi le nom de Léviathan.

L’ange qui tient la clef de l’abîme « se saisit du Dragon, l’antique Serpent, qui est le Diable et Satan » et l’enchaîne pour mille ans (Ap 20, 1-2).

Ces aspects sont incroyablement variés et c’est pourquoi la subtilité des théologiens prêta au diable une ambivalence seule capable d’expliquer qu’il puisse être à la fois terrifiant et séducteur. Car ce sont là, on le comprend fort aisément, des apparences inconciliables : comment séduire, tenter l’âme du pécheur si on commence par le terrifier ? Et comment le terrifier si on commence par le séduire ?

Le Prince de ce siècle, comme l’appelle saint Paul, dispose donc d’un grand nombre de moyens d’action pour gagner à sa cause l’âme des hommes faibles ou luxurieux.

Tour à tour dragon horrible ou jeune fille séduisante, il attaquera l’homme selon des voies multiples, adaptées à chaque cas. C’est pourquoi on le voit apparaître, dans l’immensité des déserts d’Égypte, par exemple, où il va tenter des ascètes comme saint Antoine, sous les traits d’un serpent ou d’un monstre hideux, propre à glacer le sang de tout homme aux nerfs un peu fragiles ou sous ceux d’une très belle femme, propre à enflammer le plus aguerri des ermites. Ces manœuvres échouent pour la plupart mais les Vies des Pères du désert regorgent d’exemples analogues et révèlent déjà, chez le diable, une personnalité bien affirmée.

L’enfer chrétien, tel qu’on l’a imaginé, a toutes les apparences des enfers grec, latin, iranien et judaïque. Poix brûlante, goudron, pétrole, gaz délétère, chaudière en perpétuelle ébullition, grilles à rôtir où les damnés cuisent sur un feu de braises ardentes : il utilise tout l’arsenal des tortures dites orientales. On peut y ajouter d’ailleurs, comme dans le Tartare grec ou l’Hadès latin, des tourments plus raffinés ou plus particuliers : herses à piquants se refermant sur les malheureux, épieux où ils s’empalent, fouets maniés avec rage par des démons infatigables, sabres ou épées qui les fendent en deux, aiguillons qui les percent à tout moment... Représenté dans les églises, l’enfer est l’opposé symétrique des délices réservés aux saints et aux martyrs ; les flammes et les démons persécutent des personnages dont les bouches se tordent de douleur.

L’Apocalypse de Pierre (apocryphe du IIe siècle) est le premier ouvrage chrétien qui décrit les punitions et les tortures des pécheurs dans l’enfer : ceux-ci sont dévorés par des oiseaux ou suspendus par la langue à des flammes ou encore attachés à des roues de fer tournoyantes, etc.

Deux siècles plus tard, l’Apocalypse de Paul (apocryphe du IV e siècle) reprend et développe abondamment ces motifs. Le texte évoque d’énormes vers à deux têtes, longs de trois pieds, qui rongent les entrailles des condamnés, des roues brûlantes qui font mille tours par jour, des rasoirs chauffés à blanc, un gouffre pestilentiel dans lequel pourrissent ceux qui n’ont reçu le baptême, etc. L’Apocalypse de Paul fut traduite dans toutes les langues d’Europe et pendant un millier d’années sa version latine jouit d’une immense vogue dans les milieux populaires.

Est-il besoin de préciser que ces expiations n’ont rien de canonique et qu’elles sont dues avant tout à l’imagination des auteurs, théologiens ou non, qui se sont faits les explorateurs de ce lieu des supplices ? En réalité, ce n’est pas à présent, ce n’est pas juste après sa mort que le sort de l’âme chrétienne se jouera mais à l’instant crucial où, se levant de terre, les morts paraîtront devant le Christ en gloire dans la fanfare des trompettes angéliques, pour connaître la sentence et l’heure suprême du Jugement dernier.

Le « Dieu fait homme » va chercher l’humanité au lieu symbolique de sa plus grande séparation. Si Dieu a délivré Jésus des affres de l’Hadès (Actes 2,24), c’est d’abord en l’y plongeant, mais sans jamais l’abandonner (2,31). Le Christ brise les portes infernales, annonce à tous les morts la délivrance (I Pierre 3,19), contraint l’Enfer à rendre ses prisonniers (Hébreux 2,14 ; Ap 1,18 et 20,13 ; Matthieu 27,52). Etant « descendu dans les régions inférieures de la terre » (Ep. 4,9), symbole traditionnel d’un état de pesanteur et de déréliction, il peut enfin « remplir toutes choses » de sa lumière (Ephésiens 4,9 et Philippiens 2,10). La Rédemption constitue, pour l’humanité, la libération de l’Enfer. L’Église est le lieu sacramentel et l’instrument de cette victoire (Matt. 16,18).

Ouvertement, au retour glorieux du Christ, Dieu sera « tout en tous ». C’est la restauration et la plénitude universelles (Actes 2,21). Toutefois, l’homme, répondant à l’amour par l’amour, doit accueillir volontairement cette plénitude pour la ressentir comme joie. Or, selon un adage patristique, « Dieu peut tout, sauf contraindre l’homme à l’aimer ». Ainsi s’ouvre la possibilité de la « seconde mort » (Ap 21,8) : « L’amour divin agit de deux manières différentes : il devient souffrance chez les uns et joie chez les autres. » (Isaac le Syrien, Homélies spirituelles 11,1). (Vocabulaire de théologie biblique. Ed. du Cerf. 1977)

En Orient, Origène a fait de l’ « apocatastase » la certitude du salut universel : tous, même les démons, seront restaurés dans leur plénitude originelle après s’être purifiés dans les « éons » infernaux et avoir compris que seul Dieu, et non le mal, peut rassasier leur soif d’infini. Condamné comme doctrine par le concile de Constantinople en 553, surtout parce qu’il ouvre la porte à une conception de la métempsycose et du temps cyclique contraire au dogme, l’origénisme a été assumé comme spiritualité.

Tendue vers la Parousie, l’Église prie pour tous les morts, il ne peut y avoir d’enfer définitif avant le Jugement dernier (c’était déjà la conception des Pères subapostoliques : saint Irénée de Lyon et saint Hippolyte). Quant au salut universel, il devient l’espérance et la prière des plus grands saints. Isaac le Syrien priait « même pour les démons ».

En Occident, une position analogue a été soutenue par saint Ambroise de Milan, pour qui « le même homme est à la fois sauvé et condamné ».

Mais, dans l’oubli de la descente aux enfers, la scolastique a élaboré une conception judiciaire de l’enfer : tout homme qui meurt en état de péché mortel descend immédiatement en enfer pour subir la privation éternelle de Dieu (le « dam ») et un supplice approprié au péché (le « sens »).

La Réforme a voulu retrouver la grâce souveraine de Dieu, qui triomphe du concept humain de justice, mais l’a tragiquement objectivée dans la doctrine de la double prédestination ; jusqu’à ce qu’au XXe siècle le grand théologien réformé Karl Barth affirme que seul le Christ est doublement prédestiné, à mourir et à ressusciter, pour le salut de tous : version nouvelle de l’ « apocatastase », mais qui fait peu de place à la liberté humaine.

En Europe occidentale, au XIXe siècle, c’est la pensée républicaine socialiste qui a réclamé, avec Hugo, la « fin de Satan ». Dans cette ligne, Péguy et Papini ont ranimé la vieille aspiration au salut universel.

Aujourd’hui, dans la plupart des confessions chrétiennes, l’accent est mis sur l’intériorité de l’enfer et la liberté tragique de chacun, le salut étant l’humble attention à « la joie de l’amour du Christ : qu’est-ce que la géhenne, devant la grâce de sa Résurrection ? » (Isaac le Syrien, Traités escétiques, 60e traité).

Ce n’est que vers 1194 qu’apparut chez les chrétiens le purgatoire, déjà reconnue par l’islam.

2.7 Simon le magicien - Ménandre Début de page

Simon le Mage ou le Magicien, né en Samarie, était contemporain de Jésus. Son maître intellectuel était Philon d’Alexandrie, mais il ajouta à sa doctrine des pratiques de théurgie qui devaient exercer plus de prestige que des idées sur l’esprit grossier des Samaritains, auprès desquels il acquit une grande influence. Ils se faisaient appeler « la Vertu de Dieu » ou « la Grande Vertu ».

Cependant, le bruit des miracles accomplis par les apôtres intrigua le philosophe samaritain. Il se dit que ces gens devaient être plus habiles que lui et possédaient sans doute des secrets qu’ils pourraient lui transmettre. Converti par la prédication de Philippe, il reçut le baptême. Les apôtres étant venus à Samarie, Simon se rendit auprès d’eux, et ne comprenant pas comment ils faisaient descendre le Saint-Esprit sur les convertis en leur imposant les mains, il leur offrit une somme d’argent pour le savoir.

Pierre lui lança : « Périsse ton argent et toi avec lui ! » ; puis, il lui demanda de se repentir (Actes 8, 9-24). Depuis, le terme « simonie » désigne l’achat de charges ecclésiastiques et le trafic de biens spirituels et d’objets sacrés.

Simon, qui ne s’était fait chrétien que dans l’intérêt de son art, reprit son ancien état de magicien et se mit, comme les apôtres, à faire des prosélytes. Il alla s’établir à Tyr, où il acheta, dit Tertullien, une courtisane avec le même argent qu’il avait voulu consacrer à l’achat du Saint-Esprit. Cette femme, instrument de ses désordres, continue Tertullien, était un apôtre sui generis, qui réussit à recruter un grand nombre de néophytes. Elle s’appelait Hélène et Simon la présentait comme une nouvelle incarnation de l’épouse de Ménélas, celle qui causa la ruine de Troie. Il la faisait aussi passer pour Minerve ou pour la mère du Saint-Esprit.

Selon Justin (Ire Apol., 26 ; 56), Simon se rendit à Rome, au temps de Claude (41), et il y obtint un succès inouï. Les plus grands personnages du temps furent éblouis par ses prestiges. S’il faut en croire plusieurs Pères de l’Église, on leur éleva, à lui et à sa courtisane Hélène, des statues dans l’île du Tibre sous les noms de Jupiter et de Minerve.

On prétend que Simon mourut en l’an 64, d’une chute faite en voulant s’élever dans les airs sur un char de feu, afin de contrefaire l’ascension de Jésus-Christ. Arnobe dit seulement qu’il se cassa la jambe, mais que de honte il se tua en se jetant par la fenêtre de la maison qu’il habitait.

Les Actes de Pierre (apocryphe du IIe siècle) racontent qu’après le départ de Paul de Rome pour l’Espagne, Simon le Magicien arriva à Rome et troubla les chrétiens par ses miracles. A Jérusalem, le Christ apparut à Pierre et lui apprit que la communauté romaine avait succombé au charme de Simon. Pierre se rendit en toute hâte à Rome. Il reconquit les fidèles par un grand concours de miracles où Simon et lui rivalisèrent d’originalité. La lutte suprême eut lieu sur le Forum d’où Simon s’envola vers le ciel ; mais il en retomba et mourut. Ce fut le triomphe pour Pierre : beaucoup de païens vinrent à lui. Ce fut aussi sa perte, car le préfet de Rome le fit mettre à mort.

Si, pour les Actes de Pierre et pour Épiphane, Simon mourut en tombant du haut des airs, à Rome (scène figurée sur l’un des plus beaux chapiteaux de la cathédrale d’Autun), pour Hippolyte, il se fit enterrer, ailleurs qu’à Rome, dans une fosse, en prétendant ressusciter le troisième jour : ce qui ne se produisit pas...

Voici, d’après Nicéphore Calliste (+ vers 1350), quels étaient les prodiges opérés par Simon : « Simon le Magicien, avec l’aide des démons, faisait un grand nombre de choses surprenantes. Car il faisait en sorte que les statues se mouvaient d’elles-mêmes, et dans les appartements les vases et différents objets se transportaient d’un lieu dans un autre, et lui-même, entouré de flammes, ne brûlait pas. Il volait dans l’air. En trompant les hommes, il faisait des pains avec des pierres. Il prenait la forme d’un dragon et de plusieurs espèces d’animaux. On le voyait, avec deux visages ; quelquefois il se transformait tout en or. D’un mot il ouvrait les portes bien fermées et munies de serrures et de verrous. Il brisait des chaînes en fer. Dans les festins, il faisait paraître des simulacres de différentes formes. II se faisait précéder par plusieurs ombres qu’il disait être les âmes de personnes mortes depuis longtemps. Non seulement il se transformait lui-même comme il voulait, mais il changeait aussi les autres en différentes formes d’animaux. Quelques-uns de ceux qui le prenaient pour un bouffon ayant voulu le tromper, sous le prétexte d’une fausse amitié, il les invita à un banquet et les livra à des démons cruels, et leur infligea toutes sortes de maladies incurables. » (Nicéphore Calliste, Historia Eccles., lib. II, cap. XXVII. Hegesippus, De excidio Hierosolymitano, lib. III, cap. II.)

« Ce récit est d’autant plus remarquable, que nous trouvons les mêmes faits rapportés dans les lettres de plusieurs missionnaires, qui assurent que ces prodiges s’opèrent encore aujourd’hui dans les pays infidèles, notamment à Siam, en Chine et en Amérique... Le phénomène des Tables tournantes et parlantes est venu nous prouver qu’en fait de superstitions nous pouvons être comparés à ces peuples. Ce sont, du reste, les mêmes pratiques que Tertullien reprochait aux païens de son temps ; car les Romains évoquaient les morts par des prestiges rotatoires et ils prédisaient l’avenir par le moyen des chèvres et des tables (Tertullien mit en garde ceux qui pratiquaient la nécromancie car les démons les trompaient en se faisant passer pour les esprits des morts invoqués). Simon menait avec lui une femme nommée Hélène, qu’il avait achetée à Tyr, et qu’il disait être la célèbre Hélène qui avait été la cause de la guerre de Troie, et qui était passée successivement dans le corps de plusieurs femmes : cette femme l’aidait sans doute aussi à opérer ses prodiges, comme cela arrive chez plusieurs de nos prestidigitateurs. Simon, tout mauvais qu’il était, était chrétien. Il est digne de remarque que les païens qui faisaient mourir les chrétiens, adorèrent Simon comme un dieu et lui élevèrent une statue dans l’Ile du Tibre : ils adoraient Simon, sous la forme de Jupiter, et son Hélène, sous celle de Minerve. » (Mgr Mislin. Les Saints Lieux. 1876).

Simon est l’auteur de quelques écrits, entre autres de plusieurs discours qu’il intitula Contradictoires, parce qu’il y contredisait l’Évangile.

Simon, pour le fond de sa doctrine, était platonicien ; il joignait à ce fond les pratiques de la théurgie asiatique la plus extravagante.

« C’est, disait-il, par ma grâce (il se disait Dieu) et non par leur mérite que les hommes sont sauvés. Pour l’être, il suffit de croire en moi et en Hélène ; c’est pourquoi je ne veux pas que mes disciples répandent leur sang pour propager ma doctrine. »

Il y a si peu d’accord entre les actions et les idées philosophiques de Simon le Magicien que plusieurs chercheurs ont pensé qu’il y a eu deux personnages nommés Simon : l’un magicien et apostat dont les Actes des apôtres font mention, l’autre hérétique gnostique, fondateur d’une secte qui se perpétua jusqu’au IVe siècle.

Irénée (vers 180) et Hippolyte (vers 200) font de Simon le père du gnosticisme.

Les Homélies et les Recognitions, apocryphes faussement attribués au pape Clément Ier, contiennent des instructions aux chrétiens, l’apologie de certaines vertus, et des polémiques contre des thèses gnostiques ou païennes.

Les Homélies sont une source d’informations intéressantes sur certaines hérésies des premiers siècles de l’Église. Elles résument la doctrine de Simon le Mage : il prétendait démontrer par les Écritures que le Dieu suprême est un dieu autre que celui qui a créé le ciel et la terre ; qu’il est inconnu et ineffable et pourrait être appelé le Dieu des dieux.

Le portrait de Simon le Mage, qu’on trouve dans les Recognitions, constituera le modèle à partir duquel le mythe de Faust sera élaboré.

Ménandre, comme Simon dont il était le disciple, comme plus tard Apollonius de Tyane, voulut jouer au messie. Il ne reconnaissait pas, bien entendu, Jésus-Christ pour tel. Simon le Magicien se faisait appeler la Grande Vertu ; Ménandre soutint que la Grande Vertu était encore inconnue, et que lui, Ménandre, était seul chargé de la révéler aux hommes. Un assez grand nombre de Samaritains et de gens des pays voisins acceptèrent cette croyance. Ce n’était pas proprement une hérésie chrétienne ; mais ces doctrines furent amalgamées plus tard au christianisme par les gnostiques.

Les ménandriens croyaient que l’Intelligence supérieure (Ennoïa) forma tout le monde intelligible et tout le monde sensible par voie d’émanations successives de génies de moins en moins purs à mesure qu’ils s’éloignaient de l’Etre absolu. Ce sont ces génies que Valentin et les autres gnostiques appelèrent plus tard des éons.

Ménandre administrait le baptême en son propre nom ; il le qualifiait de résurrection et lui attribuait la propriété de donner une jeunesse perpétuelle et l’immortalité. Comme plusieurs sectes gnostiques, comme les derniers néoplatoniciens, les ménandriens se livraient à la magie, et pensaient, comme nos spirites, pouvoir converser avec les esprits.

Saint Justin, martyr au milieu du IIe siècle, se plaignit qu’il se trouvait des ménandriens à Antioche, tel Saturnin (ou Sartornil).

(Voir « Les papes dans l’Histoire »)

2.8 Les basilidiens - Abrasax Début de page

A Alexandrie, entre 120 et 145, Basilide professa une doctrine qui comportait des éléments philosophiques très importants et très curieux. Clément d’Alexandrie reprocha aux partisans de Basilide de croire que nous sommes tirés comme des marionnettes par des forces naturelles, en sorte qu’il n’y a plus ni volontaire ni involontaire (Stromates, II, III, 12, 1). Selon le même Clément (Stromates, IV, 12), Basilide aurait dit : « Tout ce qu’on voudra plutôt que de mettre le mal sur le compte de la Providence ». En effet, Basilide n’a jamais admis un second principe, celui du mal : il resta foncièrement moniste à la différence des autres gnostiques.

Basilide était natif de Syrie, et avait, sans doute, été élevé dans les idées gnostiques de cette contrée. Il alla étudier à Alexandrie, où l’attrait des grandes études dont cette ville, était la métropole le fixa définitivement (131). Son enseignement était secret et ne se communiquait aux adeptes qu’après de longues épreuves. Basilide l’avait résumé dans un ouvrage en 24 livres intitulé « Exégétique ». Les traditions sur lesquelles il se fonda pour dogmatiser étaient réunies dans un livre qu’on ne possède plus, ayant pour titre : Prophéties de Cham et de Barchir, dont on le supposa l’auteur. II s’autorisait aussi d’une Epître de saint Pierre (apocryphe) et d’une tradition secrète que saint Pierre aurait transmise par voie orale. Basilide n’aimait pas saint Paul, dont il rejetait presque toutes les doctrines. Le père inconnu du gnosticisme syriaque s’était manifesté, suivant lui, dans 52 déploiements d’attributs ; chaque déploiement se composait de 7 éons, ce qui a fait croire à plusieurs que sa hiérarchie était fondée sur la division de l’année en 52 semaines de 7 jours comprenant une série de 364 éons, nombre des jours de l’année. La secte des basilidiens, dirigée, après lui, par son fils, Isidore, connut une large diffusion puis s’éteignit au Ve siècle.

Abrasax, aussi appelé Abracax ou encore Abraxas, du nom duquel on a tiré la célèbre formule abracadabra, est un démon, mentionné dans la liste des principaux démons établie par l’Église lors du concile de Braga (561-563). Les basilidiens voyaient en lui leur dieu suprême. En effet, trouvant que les 7 lettres grecques dont ils formaient son nom faisaient en grec le nombre 365, qui est celui des jours de l’année, ils plaçaient sous ses ordres plusieurs génies qui présidaient aux 365 cieux, et auxquels ils attribuaient 365 vertus, une pour chaque jour. Son nom était généralement gravé en caractère grec sur des pierres fines, dites basilidiennes, dont certaines sectes gnostiques se servaient en guise d’amulettes. Abrasax est représenté sur ces amulettes avec une tête de coq, des pieds de dragon et un fouet à la main. Il apparaît aussi avec une tête de roi portant une couronne et des serpents à la place des pieds.

2.9 Ophites, caïnites et séthiens Début de page

Les ophites ou naassènes, étaient des gnostiques sectateurs du « Serpent » (ophis en grec, naas en hébreu). Il s’agit du Serpent de la Genèse, invitant Ève à la connaissance (gnose) du Bien et du Mal, contre le Créateur mauvais, et du Serpent d’airain (Nombres, XXI) identifié par Jean (III, 14) au Christ en croix.

Pour les ophites, le Démiurge est le dieu des Juifs, et ce que les livres sacrés des Hébreux appellent la chute est pour eux le moment de la transition de l’ignorance à la connaissance, le passage de l’état d’innocence à une conscience supérieure : voilà pourquoi ils rendaient un culte au serpent, cause de ce progrès, comme à la sagesse incarnée, comme à la source de la gnose.

Celse, le polémiste antichrétien du IIe siècle, vit un diagramme, dessiné par les ophites et représentant la structure de l’Univers sous la forme de cercles concentriques parmi lesquels le serpent Léviathan avait sa place. Des serpents apprivoisés figuraient dans les cérémonies des cultes : ils circulaient sur les tables dressées pour l’eucharistie. Saint Hippolyte (+235) lutta contre l’hérésie des ophites.

Les ophites se divisèrent en plusieurs communautés, les plus connues étant celles des caïnites, des séthiens ou séthianiens et des pérates.

Les caïnites ou caïnistes, apparus vers l’an 159, vénéraient Caïn et les Sodomites, et possédaient un évangile de Judas dans lequel ce dernier était présenté comme un initié ayant trahi Jésus, à sa demande, pour assurer la rédemption de l’humanité. Le 2ème évêque de Lyon, Saint Irénée (+ 208) dénonça cet évangile comme hérétique : « Ils (les caïnites) déclarent que Judas le traître était bien avisé de ces choses, et que lui seul, connaissant la vérité comme aucun autre, a accompli le mystère de la trahison. Ils ont produit une histoire fictive de ce genre, qu’ils ont appelé l’Évangile de Judas » (Adversus Haereses). Epiphane de Salamine (+ 402/403) combattit également cet écrit hérétique.

2.10 Évangile de Judas Début de page

Une copie de la version plus ancienne rédigée en grec, a été découverte par un paysan près d’El Minya dans le désert égyptien en 1978. Elle fait partie d’un papyrus d’une soixantaine de feuillets (entre 62 et 66 suivant les sources) appelé « Codex de Tchacos », qui contient également 2 autres textes apocryphes : l’Épître de Pierre à Philippe et la Première Apocalypse de Jacques. L’évangile de Judas, écrit en copte dialectal (sahidique), restauré et traduit par Rodolphe Kasser, ancien professeur de coptologie à l’université de Genève, et publié à Washington le 5 avril 2006 par la revue américaine The National Geographic, a été authentifié comme datant du IIIe siècle ou du début du IVe.

Les caïnites avaient pour Judas [celui qui volait dans la bourse (Jean 12,6) et dans lequel Satan entra (Jean 13,21-27)] une vénération particulière et le louaient comme un homme admirable : le plus illustre des fils de Caïn. Ils désiraient réhabiliter Caïn, si maltraité dans le Pentateuque, et donnaient la législation judaïque pour l’œuvre du Dieu du mal, ce Yahvé, rempli d’ignorance et d’orgueil, qui avait crée le ciel et la Terre. Selon les conceptions gnostiques, le créateur, le démiurge, est un dieu mauvais, le malin, responsable de toutes les imperfections du monde. Pour les caïnites, Judas seul savait le mystère de la création des hommes et c’est pour cela qu’il avait livré le Christ à ses ennemis. Par là il avait rendu un grand service à l’humanité, car le Christ voulait réconcilier les hommes avec le Dieu créateur, alors qu’il fallait, au contraire, envenimer la haine des hommes contre celui-ci. La mort de Jésus devant procurer de grands biens au monde, Judas avait fait une bonne action en la précipitant.

Ce qui vient en premier dans cet « évangile », c’est la critique de « l’action de grâces au dessus du pain », telle que les disciples la pratiquent. Ensuite, Judas dit à Jésus : « Je sais qui tu es et d’où tu viens : du Royaume immortel de Barbélo. Je ne suis pas digne de prononcer le nom de celui qui t’a envoyé » (Barbélo, dans la tradition gnostique, est l’aspect féminin de la Divinité et serait à l’origine du malheur dans ce monde parce qu’ayant créé le dieu mauvais ; Barbélo se serait repenti, après quoi Dieu aurait envoyé le Christ sur Terre pour sauver l’Humanité). Puis, Jésus dit à Judas : « Tu surpasseras tous les autres, car tu sacrifieras l’homme qui me sert d’habit ». Il lui annonce qu’il sera le treizième disciple, qu’il sera maudit à travers les générations et qu’il viendra régner sur elles. Alors, « Les grands prêtres s’approchèrent de Judas et lui demandèrent ; « Que fais-tu ici, toi, le disciple de Jésus ? Judas leur donna la réponse qu’ils souhaitaient. Et il reçut de l’argent et il leur livra. ». A la fin, le titre apparaît : « Évangile de Judas ».

Note : Ce texte étant assez long, cette page présente seulement le sommaire.

Sommaire


1. Manuscrit d’El Minya - Évangile selon Judas
1.1 Le voile se lève sur l’Évangile de Judas
1.2 Découverte mystèrieuse
1.3 Avant-propos
1.4 Incipit Évangile de Judas
1.5 Scène I : Dialogues de Jésus avec ses disciples
1.6 Scène II : Jésus apparaît aux disciples encore
1.7 Scène III : Judas raconte une vision et Jésus répond
1.8 Notes

Évangile de Judas

Plusieurs sectes antérieures au caïnisme avaient expliqué l’origine du bien et du mal en supposant une intelligence bienfaisante, qui tirait de son sein des esprits heureux, innocents, et une intelligence malfaisante, qui emprisonnait ces esprits dans des organes matériels. Mais d’où venait la différence qui existe entre les esprits et les caractères ? Ces deux principes avaient produit Adam et Eve, puis chacun d’eux ayant revêtu un corps, avait eu commerce avec Eve ; de cette union étaient sortis des enfants qui avaient le caractère de la puissance à laquelle ils devaient la vie. Par ce moyen on comprenait la différence du caractère de Caïn et d’Abel et de tous les hommes. Comme Abel s’était montré très soumis au Dieu créateur de la terre, il était regardé comme l’ouvrage d’un Dieu qu’ils appelaient Histère. Au contraire, Caïn, le meurtrier d’Abel, était l’ouvrage de la sagesse et du principe supérieur ; il devait être vénéré comme le premier des sages. Les partisans de cette doctrine, conséquents avec eux-mêmes, honoraient tous ceux que l’Ancien Testament avait condamnés : Caïn, Esaü, Coré, les Sodomites ; ils les regardaient comme des enfants de la sagesse et des ennemis du principe créateur.

L’Évangile de Judas et le récit de l’Ascension de saint Paul (où sont décrits toutes les merveilles et tous les secrets que l’apôtre Paul a vus et appris, lorsqu’il fut ravi au 3ème ciel) font partie des livres saints des caïnites. Ils prétendaient que la perfection consistait à commettre le plus d’infamies possibles. D’après Théodoret (+ vers 453/458), ils affirmaient que chacune des actions infâmes avait un ange tutélaire qu’ils invoquaient en la commettant. Une femme de cette secte, nommée Quintille, étant venue en Afrique du temps de Tertullien (155-225), s’y fit beaucoup d’adeptes, qui prirent le nom de quintiliens ou quintillianistes. Tertullien indique que Quintille avait trompé beaucoup de fidèles en luttant contre le baptême, notamment en rejetant l’emploi de l’eau (traité Du Baptême). Philostrius fait une secte particulière des caïnites qui honorent Judas.

Les séthiens ou séthianiens honoraient en Seth le fils de la divine Sagesse, représentant l’esprit, en opposition à Abel qui représentait l’âme et à Caïn qui représentait la chair. Contrairement aux caïnites, les séthiens judaïsaient.

Les pérates (« traversiers ») entendaient passer du monde sensuel dans celui de la vie éternelle. Le logos (raison), intermédiaire entre le principe de l’idée pure et la matière, était représenté comme le serpent universel établissant une sorte de va-et-vient entre le monde et Dieu.

« XVII. Les ophites. Leur nom vient du mot serpent (...) Ils prétendaient que le serpent n’était autre que le Christ, et ils avaient un serpent apprivoisé qui venait se rouler sur leurs pains, et leur consacrer une sorte d’Eucharistie. Certains auteurs les font descendre des Nicolaïtes ou des Gnostiques : c’est dans les fabuleuses fictions de ces sectaires qu’ils auraient puisé l’idée d’adorer le serpent. XVIII. Les Caïnites, ainsi nommés parce qu’ils honoraient Caïn, lui reconnaissaient un courage éminent. A leur avis, le traître Judas était presque un Dieu, et son crime un bienfait il n’avait livré Jésus-Christ aux Juifs que parce qu’il avait prévu le bien immense qui devait résulter de sa mort pour les hommes : de plus, ils rendaient un culte aux Sodomites et même à ces malheureux engloutis sous terre pour avoir fait schisme chez le premier peuple de Dieu (Nombres XVI, 31-33). La Loi et Dieu, auteur de la Loi, n’étaient d’ailleurs pour eux que des objets de blasphème, et la résurrection, une fable dérisoire. XIX. Les Séthiens étaient ainsi appelés du fils d’Adam qui portait le nom de Seth : ils l’honoraient, mais à leur culte se joignaient des fables et des erreurs, fruits de leur vanité. A les entendre, le patriarche Seth fut engendré par une mère céleste, qui, disaient-ils, avait eu un commerce avec un père également céleste, et ainsi se forma une nouvelle race divine, celle des enfants de Dieu. Du reste, nul ne saurait dire les rêveries qu’ils ont imaginées par rapport aux principautés et aux puissances. Quelques auteurs disent qu’à leurs yeux, Sem, fils de Noé, était le Christ. » (Saint Augustin, Des Hérésies, traduction de M. l’abbé Aubert)

« Si quelqu’un dit qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de rendre ses voies mauvaises, mais que c’est Dieu qui opère les mauvaises œuvres, aussi bien que les bonnes, non seulement en tant qu’il les permet, mais si proprement, et si véritablement par lui-même, que la trahison de Judas n’est pas moins son propre ouvrage, que la vocation de Saint Paul : qu’il soit anathème. » (Concile de Trente, 1545-1563, Canon VI)

(Voir « Les papes dans l’Histoire »)

2.11 La création selon les carpocratiens Début de page

C’est en Égypte que se déploya l’activité de l’alexandrin Carpocrate et de son fils Épiphane. On ne connaît pratiquement rien de Carpocrate, fondateur de la secte gnostique des carpocratiens. Les documents anciens rapportent qu’il avait pour femme une certaine Alexandrie, de qui il eut un fils, Épiphane, mort à 17 ans après avoir composé un traité, Sur la justice, où il professe le communisme des biens et des femmes, et dont un long passage a été cité par Clément d’Alexandrie. Une disciple de Carpocrate, Marcellina, vint à Rome sous le pontificat d’Anicet (154-165).

Le monde, selon les carpocratiens, est l’œuvre d’anges inférieurs au Père inengendré. Les hommes sont, dans ce monde, assujettis aux lois de ces créateurs et doivent remonter vers le Père.

Jésus, le fils de Joseph, est pour ces gnostiques non pas un Sauveur, mais l’idéal de l’homme juste, qui a gardé vivant en lui le souvenir du Père inengendré et qui est remonté vers lui par le mépris des créateurs du monde et le dédain de leurs lois.

Les carpocratiens mettaient ce Jésus aux côtés de Pythagore, de Platon et d’Aristote, dont ils honoraient les images.

Les gnostiques sont appelés à remonter vers le Père et doivent, pour cela, marquer leur mépris pour les créateurs du monde en accomplissant tous les actes réprouvés par les lois injustes de ce monde.

Épiphane mettait l’accent sur le détournement du désir humain opéré par les lois injustes des créateurs du monde qui ont introduit l’appropriation et la séparation là où la Loi fondamentale de Dieu exigeait la communauté des biens et des femmes. Il s’agissait moins d’une incitation au libertinage que d’une véritable ascèse systématique visant à nier la puissance contraignante des lois. Cette exigence est telle que l’âme qui ne parvient pas à tout accomplir dans une seule vie devra se réincarner (doctrine de la transmigration des âmes).

Les carpocratiens présentaient une certaine analogie avec les simoniens, à la fois par le culte rendu au fondateur de la secte et par la pratique de la magie.

Les épiphaniens se confondaient presque avec les néoplatoniciens qui avaient fait alliance avec le polythéisme grec, pour résister à l’invasion des idées orientales et mystiques. Les épiphaniens voulaient mettre en pratique l’enseignement de Platon dans sa République sur la communauté des biens et celle des femmes.

Une subdivision de la secte des épiphaniens, les antitactes, prêchait la destruction totale de la société, qu’elle regardait comme un déshonneur pour le genre humain.

2.12 Manichéens, priscillianistes, pauliciens, bogomiles et cathares Début de page

Fondé par Mani ou Manès (mis en mort par le roi de Perse le 26 février 277), le manichéisme est l’une des formes tardives et syncrétistes du gnosticisme. Mani voulait unir le christianisme (sous sa forme gnostique) au mazdéisme, au bouddhisme et à la philosophie grecque. Mani annonça que, le 23 avril 240, il avait reçu de l’ange al-Tawm (« le Compagnon », « le Jumeau ») l’ordre de proclamer sa doctrine.

La doctrine fondamentale du manichéisme est la division dualiste de l’Univers, divisé en royaumes du Bien et du Mal : le royaume de Lumière (esprit) où règne Dieu, et le royaume des Ténèbres (matière) où règne Satan. A l’origine, les deux royaumes étaient complètement séparés, mais à la suite d’une catastrophe, le royaume des Ténèbres envahit le royaume de Lumière ; ils se mélangèrent et entamèrent une lutte perpétuelle. La race humaine est à la fois résultat et microcosme de ce conflit. Le corps humain est matériel, donc mauvais ; mais l’âme humaine est spirituelle, morceau de la Lumière divine, et doit être rachetée de son emprisonnement dans le corps et le monde. « Le bien et le mal habitent dans chaque homme » (Mani, Kephalaia, I). »

Le chemin de la Rédemption passe par la connaissance du royaume de Lumière, communiquée par les prophètes, Zarathushtra (le réformateur du mazdéisme), Bouddha, Jésus et Mani (le dernier). Grâce à cette connaissance, l’âme humaine peut vaincre les désirs matériels qui l’emprisonnent et atteindre le royaume divin. A la fin des temps, tous les morceaux de Lumière divine devraient être rachetés, le Monde matériel détruit et Lumière et Ténèbres à nouveau séparées pour l’éternité.

Priscillien, espagnol né près de Cordoue, laïque riche et cultivé, menait vers 370 une vie d’ascétisme sévère, qui lui valut une grande réputation et lui attira de nombreux disciples : des femmes, des clercs, et même des évêques.

Sa doctrine était un mélange de sabellianisme, de docétisme, de panthéisme et de manichéisme. On lui reprocha de s’abstenir de la communion, de déclarer la chair des animaux immonde, de tenir des réunions secrètes et de s’y livrer à des pratiques immorales, de professer, par contre, un rigorisme qui allait jusqu’à la condamnation du mariage, et de recommander la lecture de livres apocryphes. En 380, le concile de Saragosse condamna ces pratiques, mais sans nommer Priscillien lui-même. Priscillien, Elpidius et deux évêques, Instantius et Salviano, cités au concile, ne se présentèrent pas. Priscillien fut consacré évêque d’Avila par deux prélats qui partageaient ses idées. Les évêques, Hydacius d’Emerita (Mérida) et Ithacius d’Ossonoba, ayant obtenu de l’empereur Gratien un décret de bannissement contre les « manichéens », Priscillien passa alors en Aquitaine (Bordeaux) où il recruta de nouveaux disciples, puis en Italie où il essaya en vain d’obtenir l’appui de saint Ambroise et du pape Damase (qui refusa de le recevoir). Priscillien s’adressa alors à l’empereur Gratien afin de faire casser le décret, rendu sur la demande d’Ithace, qui chassait les priscillianistes de leurs églises. Il réussit dans cette dernière démarche et revint en Espagne où sa secte prit un accroissement encore plus considérable.

Après la mort de l’empereur Gratien (383), l’évêque Ithace s’empressa de s’adresser au nouvel empereur Maxime et de faire appel de nouveau au bras séculier. Maxime, qui s’était emparé du pouvoir en Gaule contre Gratien et cherchait à se gagner les évêques catholiques, convoqua un concile à Bordeaux pour examiner l’affaire (384).

Priscillien demanda à être jugé par Maxime lui-même qui résidait à Trèves. Hydacius et Ithacius l’y rejoignirent et jouèrent le rôle d’accusateurs. Malgré l’intervention de saint Martin, alors à Trèves lui aussi, Priscillien fut convaincu de « maléfice » et de pratiques immorales. Il fut condamné à mort et exécuté, avec 6 de ses disciples, dont une femme, en janvier 385 : ils furent les premiers dans l’histoire à subir la peine de mort pour hérésie. Saint Martin, saint Ambroise et le pape Sirice protestèrent contre cette mesure et rompirent la communion avec Hydacius et Ithacius.

Priscillien fut vénéré comme martyr par ses disciples ; après la chute de Maxime, la secte se répandit dans toute l’Espagne. Combattue par saint Jérôme et par saint Augustin et condamnée par le concile de Tolède (400), elle subsista jusqu’au VIe siècle et fut condamnée par le concile de Braga (561-563) : « Si quelqu’un prétend que le diable n’a pas été d’abord un (bon) ange fait par Dieu, et que sa nature n’a pas été l’œuvre de Dieu, mais (s’il) prétend qu’il est sorti du chaos et des ténèbres et qu’il n’a personne pour auteur de son être, mais qu’il est lui-même le principe et la substance du mal, comme le disent Mani et Priscillien, qu’il soit anathème. (...) Si quelqu’un condamne le mariage humain et abhorre la procréation des enfants, comme Mani et Priscillien l’ont dit, qu’il soit anathème. Si quelqu’un dit que la formation du corps humain est l’œuvre du diable et que la conception dans le sein maternel est le travail des démons, et si, pour ce motif, il ne croit pas à la résurrection de la chair, comme Mani et Priscillien l’ont dit, qu’il soit anathème. »

Au VIIe siècle, les pauliciens, apparus au sein du christianisme d’Asie Mineure et sans doute influencés par le manichéisme perse, adoptèrent à leur tour une théologie dualiste et ascétique. Les hérésiarques pauliciens, d’origine arménienne, aux tendances gnostiques, rejetaient tout le Nouveau Testament, sauf saint Paul. Ils contribuèrent, avec d’autres groupes gnostiques tels que les messaliens, à faire naître le mouvement des bogomiles.

Vers 940, en Bulgarie, le pope Bogomil (« ami de Dieu » en bulgare) prit la tête d’un mouvement de contestation du régime féodal et du pouvoir de la hiérarchie ecclésiastique. La pensée bogomile était fondée sur un système manichéen qui opposait lumière et ténèbres, esprit et matière (Bien et Mal) et puisait ses préceptes dans l’Évangile, n’acceptant dans l’Ancien Testament que les Psaumes et le Livre des Prophètes. Les bogomiles considéraient que la création, qu’ils jugeaient mauvaise, ne pouvait être que l’œuvre d’un Dieu obscur, à laquelle ne saurait participer le Dieu bon. Ils pratiquaient un ascétisme très strict, refusaient les images (la croix, en particulier) et le temple ; ils rejetaient la Trinité (qui, pour eux, faisait du Père une personne supérieure au Fils et au Saint-Esprit), la naissance divine du Christ (et même la réalité de sa forme humaine) et les sacrements du baptême, de l’eucharistie et du mariage. Les initiés étaient appelés « Parfaits ».

Le paulicianisme avait engendré le bogomilisme qui, à son tour, donna naissance au mouvement cathare.

Les cathares (du grec kataros « pur ») adhéraient au système dualiste manichéen qui prospérait autour de la Méditerranée depuis des siècles. Les cathares (surnommés patarins, albigeois ou publicains selon les pays ou les régions) se signalèrent par leur ascétisme rigoureux et une théologie dualiste fondée sur le manichéisme : la croyance en l’affrontement du Bien et du Mal, reflet d’un univers composé d’un monde spirituel créé par Dieu opposé au monde matériel créé par Satan.

Les cathares croyaient que toute l’existence est déterminée par la lutte entre deux dieux : le dieu de la Lumière, de la Bonté et de l’Esprit, généralement associé à Jésus-Christ et au Dieu du Nouveau Testament, et le dieu du Mal, de l’Obscurité et de la Matière, associé à Satan et au Dieu de l’Ancien Testament. La question de savoir si les deux divinités disposent d’un pouvoir égal ou si les forces du mal sont soumises aux forces du bien fut longuement débattue, mais toute entité matérielle (la richesse, la nourriture, le corps humain lui-même) était considérée par définition comme mauvaise et répugnante. L’âme avait été emprisonnée par Satan dans le corps humain ; le seul espoir d’obtenir le salut était de vivre dans le bien et la spiritualité. En vivant dans le bien, on pouvait se libérer après la mort. Mais si on ne pratiquait pas la vertu pendant sa vie, l’âme renaissait sous une autre forme humaine ou même animale.

« Dès l’origine, Dieu a sciemment créé ses anges dans une telle imperfection qu’ils n’ont pu, en aucune façon, éviter le mal. » « Le mal est imputable non à ce Dieu bon, saint, juste, mais à un principe mauvais. Il faut donc reconnaître deux dieux, l’un bon, l’autre pernicieux, caput et causa de tout mal. » (Sacconi)

« Dieu créateur de toutes choses a d’abord créé les archanges, fils de Dieu. Il leur a accordé une telle puissance qu’ils ont à leur tour créé les anges, moindres qu’eux en valeur et en force. Tous ces êtres sont appelés anges et Vierge Marie. Ceux-ci ont fondé l’abstinence et la chasteté, qui sont supérieures au soleil et à la lune. Les mictions du soleil et de la lune ont, en s’agglutinant, formé la terre. De ce limon putride, Adam et Ève ont été créés par la force du soleil et de la lune, non par Dieu qui est au-dessus de tout péché. Ainsi le soleil, la lune et tous les êtres inférieurs sont faits de corruption... » (Limosus Nigri)

L’Interrogatio Iohannis (Questionnaire de Jean), apocryphe d’origine bogomile (fin du XIIème siècle), relate un entretien entre le Christ et Jean au cours duquel ce dernier lui pose diverses questions dont les réponses constituent une bonne part des croyances cathares : « Et ensuite moi, Jean, j’ai interrogé le Seigneur en disant : Seigneur, comment l’homme prend-il sa naissance de l’esprit dans le corps de chair ? Et le Seigneur me dit : Des esprits déchus des cieux entrent dans les corps de boue des femmes, et ils reçoivent la chair de la concupiscence de la chair et l’esprit naît de l’esprit, et la chair, de la chair ; et c’est ainsi que le règne de Sathanas s’accomplit en ce monde. Et j’ai interrogé le Seigneur en disant : Jusqu’à quand Sathanas régnera-t-il en ce monde sur l’existence humaine ? Et le Seigneur me dit : Mon Père lui permit de régner sept jours, à savoir sept siècles. »

« Père Saint, Dieu des Bons esprits, toi qui jamais ne trompas, ni ne mentis, ni n’hésitas à subir la mort dans le monde du dieu étranger, donne- nous de connaître ce que tu connais et d’aimer ce que tu aimes... » (Pater cathare)

« Ils (les cathares) rejettent le mariage, le baptême des enfants. Ils nient l’existence du purgatoire et la présence du corps et du sang du Christ dans l’Eucharistie ainsi que l’humanité du Sauveur. Ils considèrent comme inutiles les prières pour les âmes des défunts et condamnent la messe de la même manière. A leurs yeux seul compte le baptême des adultes par l’Esprit-Saint et le feu. Ces hérétiques proclament que la procréation est l’œuvre du diable, que l’âme humaine, esprit rejeté du Royaume céleste et enfermé dans un corps d’homme, ne peut trouver le salut que par les bonnes œuvres. Enfin, les dualistes évitent de consommer toute nourriture carnée. » (Eckbert von Schönau)

Les cathares condamnaient Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, les Pères de la Bible ainsi que Jean le Baptiste, comme ennemis de Dieu et ministres du diable, lequel est l’auteur de l’Ancien Testament. Néanmoins, ils acceptaient Job, le Psautier, les Sapientiaux et les prophètes. Ils croyaient que le Christ est Dieu mais que, durant son séjour sur terre, il fut une sorte d’esprit illusoire avec un corps d’apparence humaine ; la doctrine cathare, comme le docétisme, niait l’authenticité humaine du Christ qui n’avait subi aucune servitude corporelle, n’était ni mort, ni ressuscité. La Vierge était un ange dont la réalité était uniquement spirituelle. Ce monde n’aura pas de fin et le Jugement futur, ayant déjà eu lieu, ne se renouvellera pas. L’enfer est en ce monde, non ailleurs.

Les cathares soutenaient que l’Église chrétienne traditionnelle, avec son clergé corrompu et son abondante richesse matérielle, était l’agent de Satan et devait être ignorée.

Pour les Bonshommes, les saints étaient le produit de l’Église de Rome dont ils contestaient la légitimité. Ils ne voyaient pas l’intérêt de promouvoir le culte des reliques qui visaient à sacraliser des restes humains appartenant, pour eux, au monde du Malin.

Les adeptes de la doctrine albigeoise étaient divisés en simples croyants et parfaits (bonshommes, bons chrétiens). Ces derniers se vouaient à un ascétisme extrême. Renonçant à tous leurs biens, ils vivaient de dons. Il leur était interdit de prêter serment (ce qui suffisait à les rendre hérétiques puisqu’ils refusaient de jurer devant le tribunal de l’Inquisition), d’avoir des relations sexuelles et de manger de la viande, des œufs ou du fromage. Seuls les parfaits pouvaient communiquer avec Dieu par la prière. L’aparelhament était une sorte de confession périodique des parfaits.

Les simples croyants pouvaient espérer devenir parfaits après une longue période d’initiation suivie d’un rite appelé consolamentum ou baptême du Saint Esprit, opéré par l’imposition des mains. Certains n’étaient soumis à ce rite qu’au moment de leur mort : afin d’assurer leur salut, ils devaient observer l’endura (jeûne prolongé). Réduit au pain et à l’eau, ils expiraient sans avoir failli à leur engagement. Il arrivait que l’entourage du moribond prît l’initiative et le privât de nourriture malgré lui...

Une grande partie des idées issues du monde gnostico-manichéen survécut jusque dans quelques mouvements modernes, comme la théosophie ou l’anthroposophie.

(Voir « Les papes dans l’Histoire » puis « Manichéens »)

2.13 Les démons du manichéisme Début de page

Les démons de Mani dont le nom générique iranien est « deva » comme en sanscrit, s’appellent aussi génies, esprits, hmurthas, liliths, faux dieux, archontes, vampires, hobolds, diables et satans...

Un texte manichéen, extrait des Chapitres ou Entretiens de Mani avec ses disciples, décrit l’origine et l’aspect de ces hordes démoniaques :

« Les mondes des Ténèbres sont étendus et infinis. L’on disait : « Vaste et profonde est la demeure des Mauvais dont c’est là l’empire propre. La terre en est une eau noire, la partie haute une obscurité opaque. »

« De l’eau noire, le roi des Ténèbres fut, de par sa propre nature mauvaise, formé et surgit. II devint grand, fort et puissant. Il créa et propagea des milliers et des milliers d’espèces à l’infini, des myriades et des myriades d’horribles créatures sans nombre. Et les Ténèbres s’agrandirent et se grossirent de ces deva, génies, liliths, esprits des temples et des chapelles archontes, vampires, esprits des lacs et des nœuds, satans, toutes les hideuses formes des ténèbres, de toute sorte et de tout genre, petits mâles et petites femelles issus des Ténèbres : sombres, noirs, balourds, indociles, colériques, rageurs, venimeux, prompts à la révolte, fétides, sales et puants. Certains d’entre eux sont muets, sourds, bouchés, obtus, bégayeurs, égarés, ignorants; tels autres hardis, fougueux, puissants, énergiques, emportés, lascifs, enfants du sang, de la flamme attisée et du feu dévorant; tels autres magiciens, faussaires, menteurs, trompeurs, artificieux, conjurateurs, sorciers, devins. Certains rampent sur le ventre, d’autres glissent furtivement dans l’eau; certains volent, d’autres ont plusieurs pieds comme les vers de terre. Ils ont molaires et incisives en leur bouche. Le goût de leurs arbres est poison et fiel, leur saveur pétrole et goudron. »...

« Ce roi des Ténèbres a revêtu toutes les formes des enfants du monde : sa tête est celle d’un lion, son corps celui d’un serpent, ses ailes celles d’un aigle, ses flancs ceux d’une tortue, ses mains et ses pieds ceux d’un démon. Il va, rampe, glisse, marche, est plein d’audace, menace, rugit, siffle, clignote des yeux, émet des sons flûtés. Il connaît toutes les langues du monde. Cependant il a l’esprit obtus et confus; ses pensées sont embarrassées et il ne connaît ni le principe ni la fin. II sait néanmoins ce qui se passe dans tous les mondes. Il est plus grand que tous les mondes; il est plus puissant et plus vaste qu’eux tous, plus fort que toutes ses créatures et plus vigoureux qu’elles. Quand il lui plaît, il se cache à leurs yeux, de façon à n’en être point vu mais il sait ce qui se passe dans le cœur de qui se tient devant lui. A son gré, il dilate son corps; à son gré, il se fait petit. Il ramasse ses membres et les étire à nouveau, et il tient de l’homme comme de la femme. Il perçoit tous les secrets. Sa colère s’exprime par cent moyens ou effets : voix, parole, souffle, haleine, œil, bouche, main, pied, force, fiel, fureur, discours, peur, angoisse, tressaillement, tremblement, rugissement; alors tous les mondes des Ténèbres sont plongés dans l’épouvante. Son apparence est horrible, son corps fétide, sa face distorse. L’épaisseur des lèvres de sa bouche mesure 1444 milles. Au souffle de sa bouche, le fer entre en fusion et le roc est par son haleine échauffé. Lève-t-il les yeux, les montagnes s’ébranlent. Au murmure de ses lèvres les plaines sont secouées... » (Satan, le Prince des Ténèbres en son royaume.)

2.14 Les messaliens Début de page

La secte des messaliens apparut en Asie Mineure vers le milieu du IVe siècle. On les appelait aussi euchites (du mot grec correspondant au mot syriaque qui a donné « messalien » ou « massalien » signifiant « celui qui prie ») ou adelphiens, eustathiens, marcianites, d’après les noms de leurs porte-parole les plus connus : Adelphius, Eustathe et Marcien. Ils se nommaient eux-mêmes les « spirituels ».

Leur mythologie est très proche de celle de beaucoup d’autres sectes gnostiques. Satan, qui était le fils aîné de Dieu, s’est, dans son orgueil, révolté contre son père. Expulsé du ciel, il a créé le monde matériel, qui est donc nécessairement mauvais. Ce mythe cosmogonique a probablement influencé les doctrines bogomiles.

Les messaliens priaient sans cesse (seule oraison : le « Notre Père ») pour expulser le mauvais démon qui réside dans l’âme de chacun et qui doit sortir par les liquides de la bouche et du nez. Une fois libérés du démon, ils se regardaient comme unis avec le Saint-Esprit et incapables de commettre des péchés.

Ils rejetaient l’Ancien Testament comme la plupart des sectes dualistes, ne vénéraient pas la Vierge, se refusaient à honorer la Croix (moyen de supplice du Christ et non pas symbole de la Rédemption) et ne croyaient pas à l’efficacité des sacrements.
Les messaliens furent persécutés et condamnés comme hérétiques dès leur apparition.

2.15 Les démons de l’Islam Début de page

Iblis ou Azazil ou Shaytân (Satan, le Diable) est le chef des démons (shayâtîn). Seul ange à avoir refusé de se prosterner devant Adam après que Dieu l’eut créé de l’argile. Il est maudit par Allah qui le laisse libre de tenter les faibles.

Harut et Marut, descendus sur Terre où ils s’enivrent avec du vin, enseignent aux démons et aux hommes la magie. Ils indiquent que « les démons apprennent d’eux les moyens de séparer le mari de son épouse ; mais ils ne peuvent nuire à personne sans la permission de Dieu » (Coran II, 102).

Les shayâtîn (satans) se reproduisent rapidement, comme le feu qui est le fond de leur nature. Ils circulent dans chacun de nous comme le sang dans nos veines. Ils posent leur tête semblable à celle du serpent sur le cœur de l’homme. L’action du shaytân (singulier de shayâtîn) est permanente. Il séduit, trompe, égare, fait des promesses fallacieuses. Son but est de détourner l’homme de Dieu. Il prend l’apparence d’animaux, le cheval, le chameau, voire de monstres. Les shayâtîn sont souvent confondus avec les djinns.

Les djinns islamiques, tour à tour bénéfiques ou néfastes, furent créés par Allah à partir du feu, deux mille ans avant l’apparition d’Adam. Ces djinns sont des êtres invisibles, doués d’intelligence. Il y a des djinns de la terre, de l’air et de l’eau ; ils sont divisés en quarante troupes de six cent mille. Les lieux que les djinns affectionnent et qu’ils hantent de préférence sont les bains, les puits, les latrines, les carrefours, les ruines, les lieux déserts, les rivières, la mer, etc. Aussi les Arabes superstitieux, lorsqu’ils entrent dans un de ces endroits, ont-ils toujours la précaution de crier préalablement : « Destour ! Destour ! Ia moubarakin ! » (Permettez, permettez, bienheureux).

Les djinns vivent, comme les hommes, en tribus, se marient et font des enfants, contractent des alliances et se déclarent la guerre. Pourtant, ils ne sont pas limités par un corps, ont le don de se déplacer très rapidement et même d’être partout. Ils errent la nuit et prennent tantôt les apparences de monstres laids, tantôt celles d’animaux familiers comme le cheval ou le chien. Mais leur attachement à la terre leur fait préférer la forme des animaux rampants. Leurs relations avec les hommes sont étroites. Ils sont capables d’amitié et savent être reconnaissants envers ceux qui leur font du bien. Ils peuvent s’accoupler avec des humaines qui risquent d’engendrer des êtres extraordinaires ou diaboliques (marids et ifrits).

On leur attribue les faits inexplicables et ils inspirent les artistes et les devins. Ils sont capables d’œuvres considérables. Mais ils ignorent les ghayb ou mystères de l’avenir (ibid., XXXIV, 14). Ils sont croyants ou incroyants, car le prophète a été envoyé aussi pour eux.

Des auteurs prétendent qu’au moyen de certains talismans ou de certaines invocations on peut forcer un djinn à servir comme un esclave. Nul homme n’a jamais exercé sur les djinns un pouvoir plus absolu que Salomon. Son talisman était le célèbre anneau sur lequel est gravé le nom du Dieu très-haut. Cet anneau était composé moitié de cuivre, moitié de fer : le cuivre soumettait à Salomon les djinns musulmans, et le fer les djinns rebelles. Ils ont été enrégimentés dans les troupes du roi (Coran, XXVII, 17) et ils ont travaillé à la construction du Temple (ibid., XXXIV, 12).

Lorsqu’un croyant se voit menacé par l’apparition d’un djinn malfaisant, il doit crier : « Hadid ! Hadid ! Ia machoum ! » (Du fer, du fer, misérable) parce que le démon est censé avoir peur de ce métal.

La croyance aux djinns vient de l’antéislam. Ils font partie d’un ensemble de génies plus ou moins redoutables et sont à rapprocher des ghouls et des ifrits. Ils ont dû être les objets d’un culte et traités comme des dieux. Le Coran en est témoin (ibid., XXXIV, 41) ; quand Dieu demande aux anges si les hommes les ont adorés, ils répondent : « Non ! Ils adoraient les djinns en qui la plupart d’entre eux croyaient. »

Iblis est appelé « djinn » dans un verset (ibid., XVIII, 50), mais il est compté parmi les anges (ibid., II, 34). La question des rapports entre djinns et satans (shayâtîn) est obscure. La tendance à considérer les djinns comme plutôt malfaisants est celle de beaucoup de commentateurs : à propos de l’installation de l’homme sur la Terre comme vicaire de Dieu, ils expliquent qu’il aurait été précédé en cela par les djinns, qui, à cause de leurs crimes, auraient été destitués de cette fonction.

Le ghoul est un démon, fils de Shaytân, qui a pour principale occupation de dévorer les hommes. Les ghouls peuvent aussi bien avoir la forme humaine que la forme animale ; ils séjournent de préférence dans les cimetières. Le ghoul est un véritable loup-garou. Il y a aussi des ghouls femelles qui jouent à peu près le même rôle que nos succubes.

Le saalah est un esprit malfaisant qui se tient ordinairement dans les forêts. Lorsqu’il s’est emparé d’un homme, il s’amuse avec lui comme le chat fait de la souris. Pour attirer les voyageurs qui passent, il feint d’être attaqué par un loup et d’appeler au secours, en promettant une forte récompense à son libérateur.

Le ghaddar est un monstre analogue, qui abonderait principalement au Yémen et en Haute Égypte.

Le delhan est un démon qui habite les îles voisines de la côte et attaque les vaisseaux en pleine mer.

Les marada sont des démons audacieux et insolents qui répandent la corruption.

3. Textes et Encartés

3.1 Table des matières des sujets Début de page

Les conciles œcuméniques
Les papes dans l’Histoire
Manichéens et les mots en « isme »
Manuscrits de Nag Hammadi et d’autres Bibliothèques

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Jean-Paul Decoeurtyte Début de page
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