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Sujet Histoire Date 02-06-2007
Titre La « Sainte » Inquisition Section Société
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Sommaire

1. L’Inquisition
1.1 Inquisition épiscopale
1.2 Inquisition papale
1.3 Procédure inquisitoriale
1.4 La torture
1.5 Sentences et peines
1.6 Inquisition espagnole
1.7 Chasse aux sorcières en Allemagne
1.8 Repentance de l’Église romaine
1.9 Quelques notes explicatives
2. Bibliographie
3. Textes et Encartés
3.1 Table des matières des sujets


Avant-propos

La « Sainte » Inquisition, c’est une page d’histoire sanglante écrite par la « Sainte » Église Romaine. Il faudra attendre l’an 2000 sous le pape Jean-Paul II pour enfin reconnaître les fautes notoires pendant plus de seize siècles.

Pour comprendre la position de l’Église Romaine, il faut faire l’analyse des deux pouvoirs, la royauté et le clergé, l’Église Romaine a toujours voulu s’adjuger par le moyen d’un mysticisme religieux une partie du pouvoir de la royauté. Pour ce faire tous les moyens furent bons, l’inquisition a certainement été le meilleur en instaurant une terreur religieuse. Un roi avait pouvoir de vie ou de mort sur ses sujets, il ne pouvait en être autrement de l’Église Romaine.

Toutes ces exactions que commettaient cette hiérarchie cléricale est très éloignée de la foi chrétienne. L’Église Romaine c’est plus occupée de créer un État dans les États et un empire financier, que des croyants furent-ils chrétiens.

L’écriture en soit du Nouveau Testament relève plus de la fable, la vie de Jésus-Christ et celle des Apôtres sont racontées à la manière de l’Iliade et de l’Odyssée d’Homère. Il aurait été plus judicieux de les transcrire de manière archéologique et historique avec des faits authentiques et non pas avec des histoires à dormir debout. Il y aurait eu un peu moins de doutes et de contestations ! Il est peu probable qu’au fil des âges, les personnes croyantes restent dans l’obscurantisme.

Dans les religions on parle d’Écrits et de Livres sacrés, oui mais sacré par qui, par l’homme ainsi que tous les Saints de la création. Malheureusement je ne connais pas de livre écrit par un dieu.

Dans l’histoire ancienne de l’Église Romaine, et nous savons tous qu’il y eût des hommes mariés ordonnés prêtres et évêques, en grand nombre. Le célibat religieux fut instauré par le pape Benoît VIII qui proposa au synode de Pavie, en 1022, le célibat ecclésiastique ; pour éviter que les enfants de prêtre n’héritent de biens de l’Église ! Il eût été plus simple d’adopter un règlement ou une loi pour distinguer les biens de l’Église Romaine des biens de l’individu ecclésiastique.

Florence, nous sommes presque au milieu du XVIIe siècle (1633). Galilée, scientifique de renom, découvre, grâce à son invention de la lunette astronomique, un système solaire en totale contradiction avec les préceptes de la création du monde issus de la Bible et défendus par l’Église Romaine. A une époque où l’Église Romaine détient le quasi-monopole de l’instruction et de la recherche scientifique, le livre, même si sa rédaction lui a été recommandée par le pape de l’époque, Urbain VIII, fait scandale. Galilée accusé d’hérésie devra comparaître devant l’Inquisition.

Dans la Grèce antique, vers 460 à 370 avant J-C, le philophose grec Leucippe et son disciple Démocrite ont suggéré que toute matière était composée de particules infimes et invisibles à l’oeil nu. En admettant que l’on puisse briser un objet en fragments plus en plus petits, raisonnaient-ils, il y a forcément un moment où l’on atteint le plus petit morceau de matière qu’il soit possible de casser. L’atome était le plus petit morceau de matière que l’on pouvait isoler. Le mot atome vient du grec atomos qui signifie : qu’on ne peut diviser.

« Et pourtant elle tourne » affirma Galileo Galilei dit Galilée, mais il comparut devant la « Sainte » Inquisition !

La philosophie de l’Église Romaine est très simpliste, tout ce qui n’apporte pas d’eau à son moulin est soit blasphématoire ou hérésie. Il faudra un jour que l’Église Romaine devienne adulte, car après une enfance des plus tumultueuse et guerrière, une adolescence tragique et despotique, elle arrivera peut-être à trouver sa vocation originelle.

De tous temps l’homme a cru à un ou plusieurs dieux, c’est ainsi et ce n’est pas près de changer. Jésus précise : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » personnellement je trouve cette phrase pleins de bon sens et en accord avec Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen.

Ce que je défends, c’est la laïcité avec un grand « L », la liberté pour tous d’exercer ou de ne pas exercer un culte librement. Si pour un humain, la croyance en un dieu peut lui apporter un refuge et ou une raison de vivre, respectons le !

Bannissons toutes formes d’oligarchies et de fondamentalismes religieux ou non, soyons tolérants.

Eric - Infologisme.com


1. L’Inquisition
1.1 Inquisition épiscopale Début de page

Le deuxième concile du Latran (1139) prescrivit qu’il appartenait aux évêques de rechercher les hérétiques, aux juges séculiers de les punir, aux rois et aux princes de prêter, sous peine de déchéance, leur concours à cette répression.

Le concile de Vérone de 1184 donna ordre aux évêques de rechercher eux-mêmes les hérétiques ; il fit appel aux princes et aux seigneurs pour lutter contre l’hérésie sous peine d’excommunication. Il créa une « constitution » qui faisait des évêques les premiers inquisiteurs et qui livrait aux bras séculiers clercs et laïcs coupables d’hérésie.

En 1199, Innocent III publia une procédure inquisitoriale contre les albigeois (Voir Manichéens ), exposée dans la bulle Vergentis in senium (l’hérésie est un crime de lèse-majesté divine) et envoya des prédicateurs dans la région d’Albi.

Les premières commissions inquisitoriales composées de prêtres et de laïcs furent présentes au concile d’Avignon en 1200.

En 1207, le pape, dans une lettre aux évêques du Midi, exposa pour la première fois les principes qui justifiaient l’extension de la croisade en pays chrétien : l’Église n’est plus obligée de recourir au bras séculier pour exterminer l’hérésie dans une région ; à défaut du suzerain, elle a le droit de prendre elle-même l’initiative de convoquer à cette œuvre tous les chrétiens, et même de disposer des territoires contaminés en les offrant, par-dessus le suzerain, comme butin aux conquérants. Cette pratique, appelée « terram exponere occupantibus » ou « terram exponere catholicis occupandam » (livrer la terre aux occupants, ou à l’occupation des catholiques), recevra aux XVIe et XVIIe siècles le nom d’« exposition en proie ».

Innocent III définit la nouvelle procédure dans la décrétale Licet Heli de 1213, complétée par la décrétale Per tuas litteras.

Le quatrième concile du Latran, réuni en 1215 par Innocent III, reprit toutes les dispositions antérieures au sujet de l’inquisition (du latin inquisitio « enquête ») épiscopale.

En 1219, une bulle de Honorius III débutait par ces mots : « Que chacun de vous ceigne son épée et n’épargne ni son frère ni son plus proche parent. »

L’empereur Frédéric II en 1220 et 1224, le roi de France Louis VIII en 1226, la régente Blanche de Castille en 1229 et le comte de Toulouse lui-même (1229) publièrent des ordonnances contre les hérétiques.

1.2 Inquisition papale Début de page

En février 1231, Grégoire IX confirma les décisions du concile de Toulouse de 1229 qui avait fixé la procédure de l’inquisition : la constitution Excommunicamus enleva aux évêques « trop timorés » la charge de veiller à l’orthodoxie des fidèles et mit les inquisiteurs sous la juridiction spécifique de la papauté. La prison perpétuelle devenait la pénitence salutaire infligée à l’hérétique repentant. L’hérétique obstiné devait recevoir le châtiment qu’il méritait (animadversio debita) avec l’abandon au juge séculier et la peine de mort par le feu. Ceux qui étaient en rapport avec les différentes sectes étaient frappés d’excommunication. Pour la première fois, un ensemble de mesures attribuait à une juridiction d’exception (Inquisitio hereticae pravitatis) le châtiment des ennemis de la foi : l’Inquisition était née.

Grégoire IX munit l’inquisiteur allemand, Conrad de Marburg, de l’ordre de Prémontré, de pouvoirs très étendus pour poursuivre les hérétiques, et particulièrement la secte cathare extrémiste des lucifériens, qui s’adonnait à des pratiques proches de la sorcellerie. Avec ses auxiliaires Dorso et Jean, Conrad agit avec un tel fanatisme et d’une manière tellement illégale qu’il souleva le mécontentement d’un grand nombre d’habitants et fut massacré par des chevaliers dans le voisinage de Marburg.

En 1232, une bulle de Grégoire IX, qui accusait de pratiques sacrilèges (sorcellerie, orgies, crucifixion des prêtres) les cathares du Nord, justifia une série de croisades contre les Stedinger du Bas-Weser.

En 1233, par la bulle Ille humani generis, Grégoire IX installa l’Inquisition en Languedoc et deux tribunaux fixes furent mis en place à Carcassonne et à Toulouse, malgré des soulèvements populaires à Toulouse, Narbonne et Albi (1234-1235). Le 20 avril, Grégoire informa les archevêques et les autres prélats qu’il les soulageait d’une partie de leur fardeau en choisissant, pour combattre l’hérésie, les Frères prêcheurs. Le 22, le pape donna mandat au provincial des Frères Prêcheurs de Provence pour désigner des religieux chargés de la répression de l’hérésie. Peu de temps après, les franciscains furent adjoints aux dominicains et leur juridiction s’étendit à la chrétienté toute entière. En juin, une deuxième croisade contre les Stedinger pénétra sur le territoire oriental, resté cependant à l’écart des luttes, et se livra à un massacre général (lors de l’attaque de la rive gauche, Oldenbourg, chef des croisés, fut tué avec deux cents de ses soldats). La même année, l’évêque cathare Vigoureux de Baconia était brûlé vif : il fut la première victime de l’Inquisition en France. L’action du frère prêcheur, Robert le Petit, dit le Bougre (« le Bulgare », parce ce qu’il avait été cathare), fut si brutale à La Charité-sur-Loire, cette-année-là, que Grégoire suspendit ses pouvoirs dès février 1234 (rentré en grâce en août 1235, Robert reprit cependant son activité frénétique, jusqu’à sa condamnation à la prison à vie en 1239).

En 1236, la béguine Aleydis fut brûlée vive.

Le 28 mai 1242, veille de l’Ascension, à Avignonet, des chevaliers cathares de Montségur, tendirent un guet-apens et taillèrent en pièces trois membres du tribunal de l’Inquisition de Toulouse (le dominicain Guillaume Arnaud, le franciscain Étienne de Saint-Thibéry et Raimond Escriban, archidiacre de Villelongue) et dix hommes de leur escorte.

Le dominicain Raimond de Pennafort (Aragon) rédigea, la même année, le plus ancien manuel d’inquisition.

En 1243, le concile de Béziers décida d’en finir avec l’hérésie et les assassins de moines inquisiteurs.

Le 30 mai 1254, Innocent IV confia aux Frères mineurs la répression de l’hérésie dans toute l’Italie centrale et dans la partie orientale de la plaine du Pô ; les dominicains gardaient juridiction sur la Lombardie et la Marche de Gênes. Dans sa bulle du 11 juillet, Innocent IV ordonna que l’interrogatoire de l’accusé soit fait en présence de « boni viri » (prud’hommes qui formaient un jury et donnaient leur avis avant que soit prononcée la sentence), parce que, disait-il, pour une accusation si grave, il fallait procéder avec les plus grandes précautions. La présence dans les tribunaux de l’Inquisition de ces conseillers laïcs, habitués aux procédures, qui pouvaient s’opposer aux juges ecclésiastiques si ceux-ci s’écartaient trop du droit, assurait la quasi-publicité du procès.

Avant que Boniface VIII (1294-1303) n’abrogeât cette disposition, les noms des accusateurs ou des témoins n’étaient pas communiqués aux accusés. Toutefois le juge devait communiquer le nom des dénonciateurs et des témoins à ses assistants qui devaient contrôler s’il y avait des abus, et au besoin pouvaient les dénoncer aux chefs religieux de l’Inquisiteur, aux évêques, voire même au pape. En 1261, Urbain IV ordonna que les « boni viri » eussent également ce pouvoir de contrôle. Les faux témoins lorsqu’ils étaient démasqués étaient traités avec une très grande sévérité. Ils faisaient généralement de la prison à vie...

1.3 Procédure inquisitoriale Début de page

La procédure inquisitoriale se composait de six parties : le temps de grâce, l’appel et la déposition des témoins, l’interrogatoire des accusés, la sentence de réconciliation des hérétiques repentants et de condamnation des entêtés, et enfin l’exécution de la sentence.

Tout d’abord, lorsqu’une hérésie se déclarait dans une région l’inquisiteur s’y rendait avec le personnel de son tribunal. Ensuite, il visitait les autorités civiles pour s’assurer de leur protection et de leur concours (sous peine de sanction). Puis, l’inquisiteur promulguait deux édits : l’édit de foi qui ordonnait sous peine d’excommunication de dénoncer les hérétiques et leurs complices, et l’édit de grâce qui donnait un délai de 15 à 30 jours aux hérétiques pour obtenir le pardon s’ils se dénonçaient eux-mêmes spontanément. Parmi les gens recherchés, il y avait les hérétiques (les chefs des sectes), les croyants (les fidèles des assemblées hérétiques), les suspects (ceux qui avaient témoigné du zèle pour les hérétiques), les celatores (ceux qui s’étaient engagés à ne pas dénoncer les hérétiques), les receptores (ceux qui avaient au moins deux fois hébergé des hérétiques pour les protéger, eux ou leur réunion), les defensores (ceux qui avaient pris la défense des hérétiques en parole ou en acte contre l’Inquisition), les relaps (ceux qui après avoir abjuré retombaient dans l’erreur).

Le suspect, interrogé par l’inquisiteur ou un de ses collaborateurs, devait s’engager par serment à révéler tout ce qu’il savait sur l’hérésie. Un notaire, en présence de témoins, recueillait les éléments de l’interrogatoire, mais en retenant seulement la substance des réponses, ce qui paraissait exprimer le mieux la vérité. Toujours rédigé en latin, le texte, traduit en langue vulgaire, était ensuite lu à l’accusé qui devait s’en remettre à la volonté des inquisiteurs.

Pour faire avouer les récalcitrants, de nombreux moyens de contrainte pouvaient être employés, en dehors même de la torture, considérée comme licite après le milieu du XIIIe siècle : convocations nombreuses, incarcération plus ou moins confortable, recours à des délateurs. A défaut d’aveux, la preuve de l’hérésie était administrée par des témoins.

Les Inquisiteurs, choisis avec précaution, étaient, du fait de leur appartenance à des ordres religieux, sous la surveillance de leur supérieur et devaient avoir un minimum de 40 ans. De plus, les membres qui composaient les tribunaux se devaient les uns les autres la correction fraternelle, afin de limiter tout abus. Contre celui qui ne tenait pas compte des observations qui lui étaient faites, les membres des tribunaux devaient faire appel au pape.

Le dominicain Bernard Gui (inquisiteur de 1307 à 1323), dans son Manuel Practica Inquisitionis haereticae pravitatis (1324), nous montre le modèle de l’inquisiteur :

« Parmi les difficultés et les incidents contraires, il doit rester calme, ne jamais céder à la colère et à l’indignation. Il doit être intrépide, braver le danger jusqu’à la mort ; mais, tout en ne reculant pas devant le péril, ne point le précipiter par une audace irréfléchie. Il doit être insensible aux prières et aux avances de ceux qui essaient de le gagner ; cependant, il ne doit pas endurcir son cœur au point de refuser des délais ou des adoucissements de peines, suivant les circonstances et les lieux... Dans les questions douteuses, il doit être circonspect, ne pas donner facilement créance à ce qui paraît probable et souvent n’est pas vrai ; car ce qui paraît improbable finit souvent par être la vérité. Il doit écouter, discuter et examiner avec tout son zèle, afin d’arriver patiemment à la lumière. Que l’amour de la vérité et la pitié, qui doivent toujours résider dans le cœur d ’un juge, brillent dans ses regards afin que ses décisions ne puissent jamais paraître dictées par la convoitise et la cruauté ».

En 17 ans de « carrière », Bernard Gui prononça 930 jugements dont 42 condamnations à mort et commua environ deux peines sur cinq.

On lit dans le manuel de Bernard Gui que les accusés étaient privés d’avocat ; ce sera le cas pour Jehanne d’Arc. On trouve cependant des exemples de procès où des avocats ont pu plaider la cause de l’accusé. Contredisant Bernard Gui, Nicolas Eymeric écrivit dans son Manuel de l’Inquisition qu’on ne doit pas enlever aux accusés les défenses de droit mais leur accorder un avocat.

Le dominicain Nicolau Eymerich, inquisiteur général de Catalogne pendant 40 ans, rédigea, en 1376, à la cour papale d’Avignon où il exerçait les fonctions de chapelain de Grégoire XI, un Manuel des inquisiteurs (Directorium inquisitorum).

L’ouvrage, réédité cinq fois par Rome entre 1578 et 1607, décrit soigneusement les procédures et les techniques d’interrogatoire : « Lorsque l’inquisiteur a affaire à un hérétique retors, audacieux, rusé, qui élude les questions et tergiverse, il doit lui rendre la pareille et user de ruse afin d’acculer l’hérétique à dévoiler ses erreurs. [...] Et lorsque l’accusé sera face à l’accusateur et que celui-ci s’apercevra que l’accusé ne veut toujours pas avouer, l’inquisiteur lui parlera calmement. Il lui tiendra ce type de langage : « Tu vois, j’ai pitié de toi. On a abusé de ta simplicité, et tu vas perdre ton âme à cause de la bestialité d’un autre. Bien sûr, tu es un peu coupable! Mais ceux qui t’ont égaré le sont bien davantage ! » [...] Si l’hérétique s’en tient à ses dénégations, l’inquisiteur feindra d’avoir à partir pour longtemps, et il dira à peu près : « Vois-tu, j’ai pitié de toi [...] Tu ne veux pas avouer, et voilà que tu m’obliges ainsi à te garder en prison jusqu’à mon retour... Ça me fait de la peine, tu sais, car je ne sais pas quand je reviendrai. »

1.4 La torture Début de page

Bernard Gui ne mentionne que très rapidement la torture dans son Manuel. Quant à Nicolas Eymeric, il estime que celle-ci est trompeuse et inefficace. Les procès verbaux du Midi de la France où l’Inquisition eut une grande activité ne la mentionnent que rarement. Il en est de même de l’Inquisition de Provence et du nord de la France.

La torture était utilisée dans une certaine mesure et dans certaines conditions. Elle ne devait ni provoquer la perte d’un membre, ni entraîner la mort de l’accusé. Les manuels d’Inquisition précisent que la question ne devait être infligée que dans des cas graves, lorsque les préventions de culpabilité étaient fort sérieuses et quand tous les autres moyens d’investigation étaient épuisés.

L’Église exprima pendant longtemps son hostilité vis-à-vis de l’utilisation de la torture par les tribunaux laïcs.

Saint Nicolas Ier (800-867) fit part de son désaccord en déclarant que ce moyen d’enquête n’était admis ni par les lois humaines, ni par les lois divines ; car l’aveu doit être spontané.

Au XIIIe siècle, la justice séculaire rétablit cette pratique. L’Inquisition l’adopta aussi. Le 15 mai 1252, Innocent IV l’autorisa pour provoquer des « aveux spontanés » (bulle Ad extirpenda). Les papes Alexandre IV et Urbain IV firent de même.

Clément V, en 1312, au concile de Vienne, promulgua, les constitutions Multorum querela et Nolentes qui exigeaient la collaboration des inquisiteurs et des évêques pour tous les actes importants de la procédure ainsi que pour la mise à la torture, la promulgation des sentences et la gestion des prisons.

La torture utilisée par l’Inquisition n’a pas été une de ses inventions : elle existait déjà dans les procédures civiles.

1.5 Sentences et peines Début de page

Les débats étant terminés, la défense ayant dit son dernier mot, il n’y avait plus qu’à prononcer la sentence. Pour ce faire l’inquisiteur prenait avis de ses associés, ainsi que des boni viri.

Les sentences étaient proclamées dans des assemblées solennelles et publiques que l’on appelait sermo generalis ou auto da fe. Là, on y réfutait l’hérésie, on prêchait sur la foi et sur le grave danger de l’erreur.

Les hérétiques qui avaient accompli leur pénitence ou en avaient obtenu remise étaient rendus à la liberté.
Ceux qui venaient d’être condamnés à ces mêmes pénitences les entendaient proclamer, puis ils abjuraient.

Les sentences qui comportaient des peines afflictives étaient lues avant que les hérétiques soient livrés à l’autorité civile, c’est-à-dire condamnés à payer des amendes, à faire de la prison ou à être mis à mort. On alla jusqu’à condamner des hérétiques défunts : les cadavres étaient exhumés et jugés puis on les traînait dans les rues avant de les brûler.

La peine du feu n’est pas d’origine inquisitoriale. On entend souvent dire qu’elle était utilisée par superstition pour chasser l’hérésie, c’est faux : le bûcher servait déjà à la justice laïque (le premier bûcher connu de l’histoire occidentale fut allumé à Orléans en 1022).

L’Église interdisait formellement que le condamné subisse des supplices accessoires comme la dislocation, l’application de fers rouges ou la mutilation d’un membre avant son arrivée sur le bûcher.

Comme le rôle de l’Inquisition était surtout de remettre les égarés dans le droit chemin, les inquisiteurs préféraient les peines canoniques aux peines civiles. Ces peines canoniques étaient les seules infligées à ceux qui avaient comparu pendant le temps de grâce. On comptait parmi elles : l’assistance à la messe paroissiale, la fustigation au cours de la messe, les visites aux églises, les pèlerinages, les prières, les jours de jeûne, l’entretien d’un pauvre, le port d’un vêtement de pénitent ou le port de la croix d’infamie sur les vêtements, les dons en numéraire aux églises (pour l’achat d’un calice par exemple)... Ceux qui s’étaient rendus coupables de fausses accusations étaient marqués par deux bandes d’étoffe rouge cousues sur l’extérieur de leur vêtement.

Les juges de l’Inquisition pouvaient accorder des dispenses aux prisonniers, commuer leurs peines ou les atténuer.

A la demande de Louis IX, Alexandre IV (1254-1261) établit des inquisiteurs en France.

Lorsque l’Inquisition arrêta, comme hérétique, Arnaud de Villeneuve (1235-1311), le plus célèbre des médecins de l’école de Montpellier, Boniface VIII (1294-1303) qu’il avait guéri d’une lithiase rénale, intervint pour lui épargner le bûcher : néanmoins, ses traités de théologie furent, après sa mort, brûlés en place publique.

En 1270, un manuel d’Inquisition, la Summa de officio Inquisitionis, mentionnait les « augures et idolâtres » qui s’adonnent au « culte du démon ».

En 1305, le pape Clément V proclama une croisade contre les apostolici (apostoliques) en Valsesia.

En 1307, le Grand Maître Jacques de Molay et les chevaliers du Temple, accusés d’hérésie, d’idolâtrie, etc., comparurent devant le tribunal de l’Inquisition.

Le château de Montcaillou fut détruit en 1308 : les cathares qui s’y trouvaient furent arrêtés et conduits à Carcassonne devant le tribunal de l’Inquisition.

En 1310, à Toulouse, devant l’inquisiteur Bernard Gui, 18 personnes furent brûlées sur le bûcher, 65 furent emprisonnées à vie dont 3 avec des chaînes, tandis que 20 étaient condamnées à des pèlerinages vers des terres lointaines.

En 1320, mourut en détention le franciscain Bernard Délicieux (Deliciosi) qui défendit les albigeois contre l’Inquisition à Carcassonne.

Par la décrétale Cum Matthaeus, Jean XXII restreignit, en 1321, les pouvoirs des inquisiteurs.

A Carcassonne, en 1330, l’inquisiteur Henri de Chamay fut obligé de renoncer à des procès posthumes.

En 1336, à Erfurt, le bégard Constantin fut exécuté pour avoir soutenu qu’à l’égal du Christ il était le fils de Dieu, qu’Augustin, les docteurs de l’Église, le pape et les clercs trompaient les hommes, et que les sacrements n’étaient qu’une fiction entretenue par les prêtres pour satisfaire leur cupidité.

En 1337 : Guillaume d’Occam (Dialogus), excommunié et menacé d’arrestation, dut quitter Paris et s’enfuir à Pise. On brûla le « spirituel franciscain » Francesco de Pistoia à Venise.

En 1340, à Aurillac, Jean de Roquetaillade, en raison de ses sympathies pour les fraticelles (franciscains hérétiques), fit l’objet d’une première mise en garde de l’Inquisition. Auteur du traité De la quintessence, Jean de Roquetaillade, naquit en Catalogne et fit ses études à Toulouse où il s’initia aux travaux de l’alchimiste Arnaud de Villeneuve. Prédicateur et missionnaire franciscain spirituel, alchimiste, prophète, il parcourut l’Europe, prêchant jusqu’à Moscou. Hostile à la corruption de l’Église et à la politique du pape Jean XXII, il proclama que Rome serait dépouillée du superflu dont elle a abusé. Arrêté à Avignon en 1349, il n’échappa au bûcher que grâce à une habile défense. Jeté en prison, il fut libéré après une longue détention.

1402-1403 : à Lübeck et à Wismar, l’inquisiteur Schoneveld envoya au bûcher, deux apostoliques (adeptes d’un mouvement prônant le retour à l’Église primitive) dont les propos mêlaient dolcinisme et Libre-Esprit.

En 1411, à Carcassonne, les décisions prises par l’inquisiteur Pierre de Marvejols furent remises en cause par la papauté.

Jan Hus, réformateur tchèque, enseigna la théologie à Prague et critiqua les abus du clergé de son temps. Auteur de « De corpore Christi », de pure doctrine catholique, on le chassa pourtant de l’Université en 1410 puis on l’excommunia lorsqu’il s’éleva contre la décapitation de trois de ses partisans qu’il considérait et honorait comme martyrs. Jan Hus poursuivit son enseignement jusqu’en 1414 où il fut emprisonné et accusé d’hérésie. Le concile de Constance condamna Jan Hus, son disciple Jérôme de Prague et John Wyclif (à titre posthume) comme hérétiques. Jan Hus fut brûlé vif à Constance le 6 juillet 1415. En 1416, ce fut le tour de Jérôme. Le cadavre de Wyclif fut exhumé et brûlé en 1428 et on jeta ses cendres dans la Swift.

Le tribunal de l’Inquisition, qui siégeait à Rouen entre le 9 janvier et le 30 mai 1431, condamna Jeanne d’Arc à être brûlée vive.

En 1452, saint Jacques de la Marche publia son Dialogus contra fraticellos. Il réussit, avec l’aide de saint Jean de Capistran, à extirper l’hérésie (que Jean XXII appelait le « fléau pestilentiel du fraticellianisme ») par une série de procès d’extermination. Les inquisiteurs, qui furent l’objet de tentatives d’assassinat, ne vinrent à bout des fraticelles de Maiolati (1449) que par une politique de terreur et de calomnies. Rééditant l’accusation de débauche adressée jadis aux vaudois, l’enquête leur attribuait le rite particulier du barilotto, où les enfants, nés des orgies collectives qui clôturent leurs assemblées, sont mis à mort et réduits en cendres que l’on mêle à du vin.

Dénoncé, le franciscain Bernard Tremosii était arrêté à Lyon en 1458.

1.6 Inquisition espagnole Début de page

En 1478, Sixte IV, dans sa bulle Exigit sincerae devotionis, autorisa officiellement l’Inquisition espagnole demandée par Ferdinand V et Isabelle :

« Nous apprenons que dans différentes cités de vos royaumes d’Espagne, nombre de ceux qui, de leur propre gré, avaient été régénérés en Jésus-Christ par les eaux sacrées du baptême sont retournés secrètement à l’observation des lois et coutumes religieuses de la superstition juive... encourant les pénalités prononcées contre les fauteurs de l’hérésie, par les constitutions du pape Boniface VIII. En raison des crimes de ces hommes, et de la tolérance du Saint-Siège à leur égard, la guerre civile, l’homicide et des maux innombrables affligent vos royaumes... Nous désirons donc faire droit à votre pétition et appliquer les remèdes propres à soulager les maux que vous nous signalez. Nous vous autorisons à désigner trois, ou au moins deux évêques, ou hommes éprouvés, qui soient prêtres séculiers, religieux d’ordre mendiant ou non mendiant, âgés de quarante ans au moins, de haute conscience et de vie exemplaire, maîtres ou bacheliers en théologie, ou docteurs et licenciés en droit canon, soigneusement examinés et choisis, craignant Dieu, et que vous jugerez dignes d’être nommés pour le temps présent, dans chaque cité ou diocèse des dits royaumes, selon les besoins... En outre, nous accordons à ces hommes à l’égard de tous ceux accusés de crime contre la foi, et de ceux qui les aident et les favorisent, les droits particuliers et juridictions tels que la loi et la coutume les attribuent aux ordinaires et aux inquisiteurs de l’Hérésie ».

En 1480, Sixte IV permit à Ferdinand et à Isabelle d’Aragon de nommer des inquisiteurs ; la sainte Inquisition s’installa à Séville (expulsion ou conversion forcée des juifs et des Maures, condamnations pour hérésie). La foi des « nouveaux chrétiens » étant suspecte, l’Inquisition exerça une surveillance rigoureuse sur les morisques (Maures convertis) et davantage encore sur les marranes (Juifs convertis suspects de « judaïser » en secret). Parmi eux se recruta la majeure partie de ceux qui comparaissaient dans les autos de fe organisés à partir de 1481.

Au début de la cérémonie solennelle de l’auto de fe, les assistants (et même le roi, s’il est présent) prêtaient serment de fidélité au Saint-Office. Les condamnés impénitents et les relaps étaient remis au bras séculier, l’exécution par le feu ayant lieu ensuite en un autre endroit ; ceux qui adjuraient leurs erreurs étaient « réconciliés » et condamnés à des peines pouvant aller de la simple pénitence ecclésiastique et du port du san benito (casaque jaune croisée de rouge) à la prison perpétuelle.
Le dominicain Tomas de Torquemada (1420-1498), inquisiteur général, se montra si impitoyable (environ 2 000 condamnations à mort) qu’il suscita la réprobation du pape en 1483.

A la parution du décret du 30 mars 1492, les Juifs durent choisir entre le baptême et l’exil ; à partir de 1501, la même mesure fut appliquée aux Maures.

Contre les illuminés (« les alumbrados » qui voyaient dans l’amour charnel la réalisation de l’amour divin) et les érasmiens, l’Inquisition engagea, après 1525, des poursuites qui aboutirent généralement à des condamnations modérées.

Lorsque, au début du règne de Philippe II, furent découverts, à Séville et Valladolid, des noyaux protestants, la réaction fut brutale : les autos de fe organisés dans les deux villes en 1559 et 1560 firent périr plusieurs dizaines de personnes, tandis que l’archevêque de Tolède était lui-même emprisonné comme suspect d’hérésie. Sainte Thérèse et saint Jean de la Croix, à cause de leur pensée trop mystique, furent inquiétés ; surtout Jean de la Croix qui fut privé de toute charge et envoyé dans le lointain monastère de la Peñuela, en pleine montagne.

L’Inquisition espagnole ne sera officiellement abolie qu’en 1834 par le gouvernement de la régente Marie-Christine.

1.7 Chasse aux sorcières en Allemagne Début de page

Le 5 décembre 1484, Innocent VIII, par la bulle Summis desiderantes, étendit les pouvoirs des deux inquisiteurs de Cologne, les dominicains Henri « Institoris » (Heinrich Kramer de Sélestat) et Jakob Sprenger, officiant dans la Germanie supérieure entre Cologne et Mayence, et en butte à la mauvaise volonté des autorités locales. La bulle ordonnait de pourchasser les coupables de sorcellerie, jeteurs de sorts et magiciens, et énumérait une longue liste de leurs crimes : « en certaines régions de la Germanie supérieure comme dans les provinces, cités et territoires de Mayence, Cologne, Trèves, Salzbourg et Brême, maintes personne de l’un et l’autre sexe, oublieuses de leur propre salut et déviant de la foi catholique, se sont livrées elles-mêmes au démons, succubes et incubes : par des incantations, des charmes, des conjurations, d’autres infamies superstitieuses et autres excès magiques... » Les chasseurs de sorcières eurent les pleins pouvoirs : celles qui ne mouraient pas sous la torture, étaient noyées lors du « jugement de Dieu » ou brûlées sur le bûcher.

En 1486, les dominicains Heinrich Kramer, de Sélestat, dit Institoris, et Jakob Spenger, publièrent à Strasbourg, avec l’approbation du pape, un traité de démonologie, le Malleus maleficarum « le Marteau des Sorcières » (pour les écraser).

En 1487, le pape Innocent VIII lança contre les vaudois (qui prêchaient la pauvreté) une croisade en Dauphiné et en Savoie.

En 1494, le Repertorium inquisitorum reprit l’essentiel du Directorium d’Eymerich.

Le 19 mai 1498 s’ouvrit le procès du dominicain Jérôme Savonarole qui prêchait contre une société dégénérée recherchant le profit, le luxe et la gloire, et qui dénonçait les dépravations dont souffrait l’Église (d’abord excommunié par Alexandre VI le 12 mai 1497 puis condamné au bannissement, il avait été arrêté à la suite d’un mouvement populaire suscité par l’aristocratie florentine). Le tribunal, composé de 18 membres, était présidé par le maître général des dominicains et un nonce apostolique. Torturé, Savonarole avoua tout ce qu’on voulut. Le 23 mai, Savonarole était déclaré hérétique et schismatique et condamné à mort avec deux disciples : on les pendit sur-le-champ, leurs corps furent brûlés en public et leurs cendres jetées dans l’Arno.

En 1499, à Cordoue, 107 hérétiques furent livrés au bûcher en une seule fois.

En 1509, le Grand Conseil du Parlement de Grenoble cassa des sentences de l’Inquisition.

En 1516, dans l’église Saint-Ange de Palerme, était découverte une fresque représentant sept archanges avec leurs noms et attributs : Michel victorius (vainqueur), Gabriel nuncius (annonciateur), Raphaël medicus (médecin), Uriel fortis socius (puissant protecteur), Jehudiel remunerator (celui qui récompense), Barachiel adjutor (celui qui aide), Seatiel orator (porte-parole). La Sainte Inquisition donna l’ordre d’effacer ces noms. Un retable de l’église Sainte-Marie-des-Anges représente les mêmes archanges.

Le 1er juillet 1523, à Bruxelles, Henri Voes et Jean Van Essem, moines augustins partisans de Luther, condamnés à mort par l’Inquisition, furent brûlés vifs. Un autre moine augustin, Jean Vallière, subit le même sort à Paris la même année.

Jean III du Portugal créa, à partir de 1536, une Inquisition d’État chargée de poursuivre les hérétiques.

Le 21 juillet 1542, par la bulle Licet ab initio, Paul III (sous l’impulsion du cardinal Carafa) créa la Congrégation de la Sainte, Romaine et Universelle Inquisition ; six cardinaux dont l’impitoyable Carafa (futur Paul IV) furent nommés inquisiteurs généraux.

En 1547 le pape accorda un tribunal de l’Inquisition au roi du Portugal Jean III (en 1750, Carvalho e Melo, marquis de Pombal, premier ministre, interdit les autodafés et retira tous droits à l’Inquisition).

En 1555, Paul IV, inquisiteur suprême, relança l’Inquisition.

En 1570, saint Pie V soustrayait les Amérindiens à la juridiction de l’Inquisition.

En 1599, dans Six livres de discussions magiques, le jésuite Martin Del Rio affirma qu’en matière de sorcellerie, tous les témoignages sont acceptables pour soumettre un suspect à la torture.

A Rome, le 17 février 1600, Giordano Bruno, d’inspiration néo-platonicienne et panthéiste, qui soutenait l’héliocentrisme de Copernic et pour qui « l’infini recèle une pluralité de mondes », condamné à mort par le Tribunal de l’Inquisition, fut brûlé vif après qu’on lui eut arraché la langue pour les « affreuses paroles qu’il avait proférées ». Ceux qui assistaient à l’exécution bénéficièrent d’indulgences.

En octobre 1632, Galilée (Galileo Galilei) fut convoqué devant la sainte Inquisition pour répondre de son livre « Dialogue des grands systèmes » sous l’accusation de « sérieuse suspicion d’hérésie ». Cette charge reposait sur un rapport selon lequel il avait été ordonné personnellement à Galilée, en 1616, de ne pas discuter du système de Copernic, ni oralement, ni par écrit, et de ne l’évoquer que comme une simple hypothèse. Le pape, influencé par les dominicains, ces chiens de garde (Domini canes) comme ils se nomment eux-mêmes, avait cru que Galilée se moquait de lui et s’était emporté contre son ami le savant.

Le 22 juin 1633, au terme d’un procès commencé le 12 avril, Galilée fut jugé pour avoir « transgressé le monitum de 1616 » (avertissement par lequel il s’était engagé à ne plus présenter la théorie copernicienne que sous forme d’hypothèse) « et obtenu l’imprimatur par tromperie » (Mgr Riccardi, chargé d’examiner le « Dialogue des grands systèmes », n’a eu connaissance que de la préface et de la conclusion habilement rédigées). Galilée présenta un certificat signé par feu le cardinal Bellarmin stipulant qu’il n’est plus soumis à aucune restriction autre que celle appliquée à tout catholique romain. Galilée fut condamné à la récitation des psaumes de la pénitence une fois par semaine pendant trois ans (les psaumes furent récités par sa fille religieuse carmélite), à l’abjuration du système héliocentrique de Copernic (il se rétracta à genoux) et à la détention (mais il ne resta qu’une année en prison : le pape lui ayant permis de demeurer jusqu’à la fin de sa vie dans sa villa d’Arcetri, près de Florence). Le « Dialogue » fut interdit et mis à l’index en août 1634. Galilée mourut le 8 janvier 1642 ; l’Église interdit des funérailles publiques.

En 1662, une Instructio du Vatican dénia force de preuve aux aveux arrachés sous la torture.

Clément XIV (1769-1744), hostile à la philosophie des lumières, réactiva l’Inquisition.

Le 16 avril 1791, le comte de Cagliostro (Joseph Balsamo), franc-maçon (fondateur du Rite de Misraïm en 1788), alchimiste, spirite, médium et hypnotiseur, fut condamné par l’Inquisition romaine à la prison perpétuelle pour sacrilège, hérésie, démonisme et complot. Il mourut le 28 août 1795 dans la forteresse Saint-Léon ; certains prétendent qu’il fut étranglé sur ordre du pape Pie VI.

Le 7 mars 1820, le soulèvement, lancé par le colonel Riego à Cadix le 1er janvier, contraignit le roi d’Espagne, Ferdinand VII, à adopter un régime constitutionnel et à abolir l’Inquisition (elle ne sera définitivement abolie qu’en 1834 par sa veuve, la régente Marie-Christine).

En février 1821, le conseil du roi du Portugal, Jean VI, décréta la suppression du Tribunal de l’Inquisition.

En 1908, la Congrégation de la Sainte Inquisition devint la Congrégation du Saint-Office (Sanctum Officium).

En 1917, le Saint-Office interdit le spiritisme :

« Le 24 avril 1917, en séance plénière, aux Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs Cardinaux, Inquisiteurs généraux de la Foi et des Mœurs, on a demandé : « S’il était permis, par médium, comme on les appelle, ou sans médium, en usant ou non d’hypnotisme, d’assister à quelque manifestation spirite que ce soit, même présentant un aspect d’honnêteté ou de piété, soit en interrogeant les âmes ou esprits, soit en écoutant les réponses, soit comme observateurs, même avec l’affirmation, tacite ou exprimée, de ne vouloir aucun commerce avec les esprits malins ». Les Eminentissimes et Révérendissimes Pères ont répondu NON, sur tous les points. Le 26 du même mois, S.S. Benoît XV a approuvé la résolution des Eminents Pères qui lui avait été soumise ».

En 1965, la Congrégation du Saint-Office fut rebaptisée Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi par Paul VI.

1.8 Repentance de l’Église romaine Début de page

L’Église romaine déclara en 1968 que Galilée n’aurait pas dû comparaître devant le tribunal de l’Inquisition.

Le 31 octobre 1992, Galilée et ses juges furent absous par Jean-Paul II.

Le 12 mars 2000, lors d’une cérémonie pénitentielle, Jean-Paul II demanda solennellement pardon pour les fautes commises par les croyants de l’Église (croisades, Inquisition, guerres de religion, persécutions, excommunications, mépris et actes d’hostilité et de silence envers les Juifs, esclavagisme, racisme, attitude envers les femmes, contre la justice sociale, etc.)

En 2004, le Vatican publia L’Inquisition, un dossier de 800 pages, dans lequel Jean-Paul II manifestait le repentir de l’Église romaine.

« L’histoire de l’Inquisition est l’illustration du drame qui menace les hommes chaque fois qu’une liaison organique s’établit entre l’Etat et l’Église. » (Bartolomé Bennassar)

1.9 Quelques notes explicatives Début de page

L’Inquisition, déclarée Sainte par la Sainte Église Romaine comme l’ont été les Croisades, même si dans les faits elle existait déjà au début de l’an 1000, fut officiellement instaurée sous le Pape Grégoire IX en 1215 lorsqu’elle fut confiée à l’ordre des dominicains fondé par Domenico de Guzman, sanctifié par l’Église, qui persécuta les hérétiques et les sorcières avec un cynisme tel qu’il est entré dans l’histoire comme un des plus sanguinaires bourreaux de tous les temps.

Hérétique : était considéré hérétique quiconque avec des écrits ou avec des paroles s’opposait aux règles dictées par l’Église.

Abjuration : l’abjuration était la rétractation de ses propres convictions, presque toujours obtenue sous la torture, qu’un hérétique écrivait sous forme solennelle face au conseil de l’inquisition. Les abjurations auxquelles était soumis un hérétique étaient toujours deux car à la première devait suivre, de par loi, une seconde de confirmation. Normalement le temps qui passait entre les deux abjurations était d’un an.

L’hérétique qui refusait de signer la seconde abjuration était considéré relaps, c’est-à-dire « hérétique irréductible » et comme tel brûlé vif.

Les arguments qui davantage déterminèrent les hérésies furent la Sainte Trinité, la virginité de la Madone et son attribution de mère de Jésus. Chose qui fut fortement contestée par les croyants qui, continuant à soutenir ce qui avait été affirmé lors des premiers siècles de l’Église par un grand nombre des théologiens, tenaient pour impossible que Dieu ait pu concéder un tel privilège à une femme qu’ils considéraient un être impur, au point de lui nier l’existence de l’âme...

L’autre motif qui désignait les hérétiques furent les contestations qui étaient adressées à l’église pour sa luxure et son avidité.

Parmi les innombrables victimes de l’Église durant la période précédant la venue de l’Inquisition instituée par Innocent III, restées malheureusement pour la plupart anonymes à cause du manque de documents, s’élève la figure de Arnaldo de Brescia, brûlé vif en 1155 sous le pontificat de Adrien IV. Les papes qui suivirent Adrien IV (1154-1159), en promettant les mêmes indulgences réservées aux croisades à ceux qui auraient poursuivi les hérétiques, poussèrent les catholiques à effectuer de vrais massacres comme ceux voulus par Innocent III qui utilisa les milices de Simon de Monfort pour détruire de villes entières, comme Carcassonne, Toulouse, Béziers, parce que les habitants avaient refusé de consigner les adeptes de Valdo (Vaudois). Seulement à Béziers plus de 7 000 habitants furent massacrés. Les milices catholiques entrèrent dans ces villes et sans se soucier de sélectionner les hérétiques de ceux qui ne l’étaient pas, effectuèrent les massacres en criant :

« Tuez-les tous car Dieu saura reconnaître les siens ! »

Il faut rappeler qu’Innocent III lors de sa dernière année de pontificat fit voter par le Concile du Latran IV une loi qui obligeait les juifs à s’habiller en jaune afin qu’ils puissent être soumis au mépris public.

Sous le Pape Innocent IV, successeur de Innocent III, les lois inquisitoires furent confirmées et aggravées. Quiconque aurait été déclaré hérétique, était automatiquement emprisonné et condamné à mort avec la confiscation des biens s’il n’avait pas abjuré. En conséquence de cette loi qui considérait la confiscation des biens, les fils furent portés à l’infamie d’accuser ses parents d’hérésie afin de sauver les propriétés dont ils étaient les héritiers.

Des centaines de procès finissant avec des condamnations à mort, le seul qui nous est parvenu est celui contre Paolo Gioacchino dei Rusconi qui fut torturé et brûlé vif en tant que relaps.

Après avoir changé le nom de la Sainte Inquisition par celui de la « Sainte Pénitentiaire » suite à l’occupation de Rome par l’armée italienne, pendant tout le XIXe siècle, même si de façon moins sanglante, la Sainte Mère Église conserva son pouvoir politique grâce à l’autorité spirituelle qu’elle avait sur la masse crédule et obtuse qui lui était restée fidèle (chose qui malheureusement existe encore aujourd’hui) et continua quand-même à imposer son autorité religieuse sur celle politique par le recours à l’abjuration, derrière la menace de condamnations et de châtiments temporels dérivant de l’excommunication.

Un des derniers cas d’abjuration fut celui de mon grand-père Luigi Cascioli, Ingénieur et Architecte qui, en tant que maire de Roccalvecce, Sipicciano et Montecalvello, afin d’éviter l’excommunication qui aurait compromis sa famille, fut obligé d’abjurer la fidélité au Gouvernement Italien pour jurer fidélité à « la Sainte Mère Église ».

Selon la loi de l’Inquisition, l’Église obligeait l’hérétique à une seconde abjuration confirmant la première pour s’assurer qu’il ne soit pas relaps, c’est-à-dire retombé dans l’erreur.

La différence qu’il y avait entre relaps et repenti consistait dans le fait que le premier était brûlé vif et le second seulement après avoir été jugé, condamné et exécuté.

Si le jurement de fidélité au Gouvernement eut été prêté seulement un siècle auparavant, nous aurions aussi Luigi Cascioli parmi les jugés, exécutés et brûlés.

L’Église, qui a toujours nié les exécutions de l’Inquisition, ne pouvant plus les cacher après que certains laïques réussirent à consulter les archives secrètes du Vatican, a essayé de décharger toutes les responsabilités sur les tribunaux civils. Se justifiant en prétendant que la morale chrétienne a toujours été contre les condamnations à mort, l’Église du Christ a confirmé combien lui était naturelle l’effronterie, l’imposture et le négationnisme.

De toutes façons le nombre de victimes dont on connaît les noms n’est qu’une petite partie de tous ceux qui furent réellement massacrés. Le nombre des condamnés à la prison avec confiscation des biens est tellement grand qu’il arrive, d’après les historiens, à des chiffres de sept zéros.

Mais sans avoir recours aux documentations, il suffit de calculer la richesse accumulée par le Vatican durant les siècles passés pour avoir une meilleure idée de la quantité de biens obtenus par des vols, des falsifications, des assassinats, des massacres et des génocides.

La torture sous Torquemada

1483 : Tomás de Torquemada est nommé Grand Inquisiteur de Castille. Ce moine dominicain fait un ample usage de la torture et de la confiscation des biens de ses victimes. Les estimations du nombre de personnes brûlées pendant son mandat varie, selon les historiens de environ 2 000 à 8 800 brûlées vifs auxquels il convient d’ajouter 9 654 torturés ou emprisonnés à vie.

Torquemada deviendra le symbole vivant de l’inquisition. Le pape Eugène IV le nommera « défenseur de la foi ». L’historien catholique espagnol Sebastian de Olmeda l’appellera « Lumière de l’Espagne, sauveur de son pays, honneur de son ordre ». Certains catholiques, désireux de débarrasser l’histoire de leur église de cet encombrant personnage, ont inventé et décrit un Torquemada désireux de s’enrichir et violant des femmes. Or, la réalité est autre. L’homme est incontestablement d’une grande intégrité. Il refusera systématiquement des promotions hiérarchiques dans l’église et dans son ordre. Il ne cherchera jamais à obtenir un avantage financier pour son ordre. il aurait pu devenir évêque et même cardinal avec facilité. Ses biens personnels ne s’accrurent pas d’un centime au cours de ses longues années comme inquisiteur. Il n’utilisait que des vêtements simples de toile de chanvres et de coton, refusant ceux en lin. Patriote et chrétien, il participe à la politique de christianisation de l’Espagne en mettant en œuvre deux préceptes qui figurent dans le chapitre 22 de l’Exode, un des textes fondamentaux de la bible :

Verset 18 : Tu ne laisseras point vivre la magicienne (ou « la sorcière » dans d’autres traductions).

Verset 20 : Celui qui offre des sacrifices à d’autres dieux qu’à l’Éternel seul sera voué à l’extermination.

Torquemada considérait sa mission comme sacrée. Son bagage culturel était imposant, son esprit large et son intelligence ouverte. Il n’était pas un fou ou un criminel au sens classique du terme, mais un chrétien sincère, instruit, et en même temps un Espagnol patriote, convaincu que les conversos et les hérétiques étaient un danger pour l’Espagne et la foi, et donc qu’il devait les combattre.

Dans les dernières années de sa vie, Torquemada investira toute son intelligence dans la rédaction d’un code inquisitorial, qu’il continuera à affiner jusqu’à une dernière édition en 1498, quelques mois avant sa mort. Ce code contient nombre de sages dispositions, comme le fait qu’il faut qu’au moins un, mais de préférence deux inquisiteurs doivent toujours être présent pendant les tortures des accusés.

Sous Torquemada, la torture est standardisée, laissant peu de place aux fantaisies perverses de bourreaux et inquisiteurs. Une procédure précise sera désormais suivie : dans un premier temps, les bourreaux, habillés de longues tuniques noires, des capuchons baissés sur la tête avec deux trous pour les yeux, un pour le nez et un pour la bouche, saisissent l’hérétique et le déshabillaient jusqu’à la ceinture. Alors les inquisiteurs se placent devant l’hérétique et, à plusieurs reprises, le supplie de confesser ses fautes. Si l’hérétique s’obstine à nier, alors les inquisiteurs ordonnent qu’il soit torturé, en avertissant tout d’abord l’hérétique qui va être torturé que, en cas de lésion, de fracture des membres ou de mort, la responsabilité doit être rejetée uniquement sur l’hérétique lui-même, car les tortures ne sont que la suite de sont entêtement récalcitrant.

La première phase du supplice était celle de la corde : les mains liées derrière le dos avec une corde qui glissait dans une poulie attachée au plafond, l’hérétique était soulevé et maintenu en suspension pendant un certain temps. Puis à l’improviste le bourreau lâchait la corde et le corps retombait alors brusquement jusqu’à environ 20 cm du sol : les jointures se déboîtaient sous le choc, tandis que la corde, souvent, coupait la chair des poignets jusqu’aux nerfs. Cette torture durait une heure et même plus.

La torture à l’eau constituait la deuxième phase : on liait étroitement la personne après l’avoir étendue sur une sorte de chevalet en bois n’ayant comme support qu’une barre transversale, sur laquelle le corps, retombant en arrière, se courbait, amenant le patient en position renversée, les pieds vers le haut et la tête en bas. A cause de cette position, la respiration devenait extrêmement difficile et les mouvements que l’hérétique faisait automatiquement pour trouver un peu d’air provoquaient la torsion des mains et des pieds liés, et les cordes blessaient les tissus. On introduisait alors dans la bouche, en le faisant arriver jusqu’au fond de la gorge, un lige fin imbibé d’eau qui était disposé de façon à recouvrir entièrement les narines. C’est alors que l’on versait de l’eau dans bouche, goutte à goutte, si lentement que l’hérétique torturé en buvait environ un litre par heure. Le malheureux n’avait à aucun moment la possibilité de respirer librement. dans ses efforts pour aspirer de l’air, il il engloutissait de l’eau, et il en résultait une rupture des vaisseaux sanguins de la gorge : le chiffon était généralement retiré imbibé de sang.

Le troisième degré de la torture, le feu, était pratiqué en liant les mains et les pieds de façon à rendre impossible au prisonnier tout changement de position. Puis on frottait ses pieds avec de l’huile, du lard ou une autre matière graisseuse et on les exposait devant un feu jusqu’à ce que la peau se gerce et que les os et le nerfs se découvrent complètement.

Il faut préciser que les inquisiteurs savaient qu’ils torturaient parfois des catholiques irréprochables. L’on sait que la chose a du être discutée à l’intérieur de l’église, car le Cardinal Jiménes de Cisneros a écrit que les catholiques, si ils étaient injustement torturés, selon les lois de l’inquisition, s’envolaient directement au paradis.

La torture pouvait être, dans l’inquisition espagnole, appliquée aux enfants à partir de 10 ans et au vieux jusqu’à seulement 60 ans.

Extrait de divers Sites Web

2. Bibliographie Début de page





3. Textes et Éncartés

3.1 Table des matières des sujets Début de page

Apocryphe, Gnose, Gnostique, je cherche dans le dico...
Gnosticisme - Évangile de Judas
Bible, Écrits canoniques et apocryphes
Les anges et les démons judéo-chrétien et islamique
Manuscrits de Nag Hammadi et d’autres Bibliothèques

Référence publication :
Avant-propos
Eric - Infologisme.com

L’Inquisition
Jean-Paul Decoeurtyte

Compil Histoire

Quelques notes explicatives
Extrait de divers Sites Web

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Jean-Paul Decoeurtyte Début de page
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