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Sujet Historique Date 26-06-2007
Titre Alexandre le Grand et L’Alexandrie Section Homo Sapiens
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Sommaire

1. Alexandre le Grand et L’Alexandrie
1.1 Le Phare
1.2 La bibliothèque
1.3 La bibliothèque aujourd’hui
1.4 Alexandrie – Antoine Godbert
1.5 Alexandre et L’Égypte – François Querrec
1.5.1 L’Égypte et la Perse
1.5.2 Égyptiens et Perses
1.6 Alexandre et l’Empire perse – François Querrec
1.6.1 L’organisation de l’Empire
1.6.2 La civilisation Achéménide
1.7 Notes
2. Biographie d’Alexandre le Grand
2.1 Les principaux faits de la vie d’Alexandre le Grand
2.2 Notes
3. Bibliographie
4. Textes et Encartés
4.1 Table des matières des sujets


Avant-propos

Alexandrie est une ville d’Égypte de près de quatre millions d’habitants, fondée par Alexandre le Grand en -331. Elle devint dans l’Antiquité le premier port d’Égypte et la capitale du pays. Elle sera à son époque l’un des plus grands foyers culturels de la Méditerranée, sa fameuse Bibliothèque étant sans conteste l’un des principaux fondements de sa notoriété.

La ville d’Alexandrie est située à l’ouest du delta du Nil, entre le lac Maréotis et l’île de Pharos. Elle est rattachée à cette île par l’Heptastade, qui est une sorte de digue servant aussi d’aqueduc et qui a permis non seulement l’extension de la ville mais aussi la création de deux ports maritimes.

La vie d’Alexandre, raconte comment une nuit en -331, alors qu’Alexandre le Grand projette de construire sa ville d’Égypte, il rêve d’Homère qui lui parle de l’île de Pharos. Au réveil, il part voir cette île et commence à tracer les contours de la cité sur la côte qui lui faisait face.

Elle ne fut pas la seule ville Alexandrie construite par le Macédonien, en effet, on en a dénombré trente-deux. Celle-ci était connue sous le nom d’Alexandrea ad Aegyptum (Alexandrie d’Égypte) et est devenue aujourd’hui Iskanderia. Avant elle, une autre ville du delta avait été occupée par les Grecs mais elle leur avait été offerte par Amasis, il s’agit de Naucratis, un emporion ou « port de commerce ». Elle se situe à environ 70 km à l’intérieur des terres et elle n’a eu que peu d’importance en dehors de son rôle commercial. Alexandre le Grand voulu construire Alexandrie sur la côte, malgré la mauvaise qualité du terrain (Lac Maréotis) dans cette zone et la côte particulièrement dangereuse à cet endroit du delta. Le tombeau du conquérant devrait s’y trouver.

Lors de son passage en Égypte en -332 → -331, Alexandre le Grand charge Dinocratès, un architecte grec, d’élever en ce lieu une ville qui soit conçue sur un plan orthogonal, ou en damier, avec de larges avenues se coupant à angles droits. Dans son tracé, la nouvelle cité englobe le vieux village égyptien de Rhakotis qui constitue alors un quartier indigène. La ville ne commençe à prendre de l’importance que lorsque Ptolémée, fils de Lagos, fondateur de la dynastie des Lagides, s’y installe et en fait la capitale de l’Égypte qu’il avait reçue en partage après la mort d’Alexandre en -323.

Dès la première moitié du IIIe siècle avant notre ère, sous les deux premiers Ptolémées, elle se couvre de magnifiques monuments et prend l’aspect qu’elle va conserver jusqu’à la fin de l’Antiquité, avec ses jardins et ses monuments de conception grecque : palais royal sur la mer, Musée et Bibliothèque, Sôma (tombeau d’Alexandre le Grand), Sérapéum (temple consacré au dieu gréco-égyptien Sérapis), temple d’Isis, marchés, théâtre et surtout le célèbre phare, tour élevée par Sostrate de Cnide sur l’île de Pharos, qui a donné son nom à ce type de monument.

Pendant près d’un millénaire, jusqu’à la conquête arabe en 641, Alexandrie demeure la capitale intellectuelle et spirituelle d’une partie du monde méditerranéen, après avoir été, pendant les trois derniers siècles avant notre ère, la capitale politique de l’Égypte hellénisée.

À partir de la fondation d’Alexandrie et de l’occupation grecque, l’Égypte va devenir une province de l’hellénisme, et son administration, même si elle conserve certains aspects de l’ancienne administration pharaonique, est fortement influencée par les conceptions grecques. La langue officielle devient le grec, même si l’ancien égyptien, sous sa forme démotique, est encore parlé dans les milieux ruraux et si les prêtres conservent les antiques conceptions religieuses et couvrent toujours les temples de hiéroglyphes, de plus en plus chargés et enrichis de signes nouveaux. Même les temples, construits selon les modèles traditionnels, subissent des modifications de détail. C’est à cette époque qu’apparaissent les mammisi comme monuments indépendants, que les chapiteaux de colonnes se multiplient à l’infini dans leurs décors et s’alourdissent, que des murets sont construits dans les entre-colonnements.

Eric - Infologisme.com


Alexandre le Grand et L’Alexandrie

1.1 Le Phare Début de page

Le phare fut construit à l’extrémité orientale de l’île de Pharos, d’où le nom donné au monument, par l’architecte Sostrate de Cnide, commencé sous Ptolémée Sôter et achevé vers 280 sous Ptolémée II. À cette époque, l’île fut réunie à la terre par une chaussée de sept stades, appelée de fait l’Héptastade, qui scinda la baie d’Alexandrie en deux ports, l’Eunostos limen (le port du bon retour) à l’ouest et le Megas Limen (le grand port) à l’est moins bien abrité mais plus profond. Ces deux bassins communiquaient par deux bras de mer enjambés par deux ponts dans la chaussée.

Plusieurs auteurs antiques n’ont pas caché leur admiration pour cette réalisation ingénieuse et élégante, le plus grand phare de toute l’Antiquité, faisant partie des Sept Merveilles du monde. La description la plus précise nous en est donnée par un manuscrit arabe du XIIe siècle d’Ibn al Sayg. D’après l’auteur, le phare se dressait sur une plate-forme, haute de 12 coudées (6,96 m), en trois étages : le premier de forme carrée haut de 70 mètres environ, le second octogonal haut de plus de 30 mètres et le dernier cylindrique haut de 9 mètres couronné de huit colonnes, renfermant la lanterne, surmontées d’une coupole au-dessus de laquelle se dressait une statue vraisemblablement Zeus ou Poséïdon. On a estimé la hauteur totale à 120 mètres. La flamme était obtenue par la combustion de bois résineux. Il est vraisemblable que des miroirs convexes en métal renvoyaient la lumière qui était visible à 50 kilomètres.

Le phare devint rapidement l’emblème d’Alexandrie et il fut représenté sur les pièces de monnaie, des mosaïques (à Jerash notamment) et l’on a retrouvé à Begram un vase en verre figurant sans doute le phare d’Alexandrie. Toutes ces reproductions ne sont pas concordantes. Un tremblement de terre en 1303 détruisit le monument dont l’emplacement est peut-être actuellement occupé par le fort turc de QaitBay.

La septième merveille du monde

Le phare d’Alexandrie refait surface. Les touristes amateurs de plongée pourraient bientôt se presser en Égypte pour le redécouvrir.

Les abords de l’île de Pharos, au large Ld’Alexandrie, sont peuplés d’étranges créatures. Plongez à six ou huit mètres de profondeur et vous vous trouverez nez-à-nez avec des sphinx, des femmes et des hommes aux proportions imposantes, perdus dans un champ de ruines. Les archéologues sous-marins, eux, nagent en plein bonheur; ils pensent avoir retrouvé les restes de la septième merveille du monde : le phare d’Alexandrie. Les amateurs de plongée pourront bientôt partager leur enthousiasme, si le projet de transformer ce formidable site en parc archéologique sous-marin parvient à émerger. Il figurera à l’ordre du jour d’un atelier réunissant archéologues, spécialistes de l’environnement marin et décideurs à Alexandrie du 7 au 11 avril, à l’initiative de l’Université de Lille (France), de l’UNESCO et du Conseil supérieur des antiquités égyptien (CSA). Lancée par Hassan El-Banna, de la Faculté des sciences, et Selim Morcos, consultant pour l’UNESCO, cette formule garantirait la conservation des vestiges là où l’Histoire les a amenés.

Le phare d’Alexandrie : les fouilles ont permis de réaliser une reconstitution virtuelle du phare.

Tremblements de terre

Celle du Pharos commence au IIIe siècle avant JC, lorsque Ptolémée II le fit construire, sur une idée de son père. Le phare s’élevait à 100 mètres dans une cour à colonnades. Il reposait sur une base carrée surinontée d’un étage octogonal, lui-même coiffé d’un niveau cylindrique avec, au sommet, une lanterne couronnée d’une statue de Poséidon. Mais du IVe au XlVe siècles après J-C, une série de tremblements de terre en vint à bout. Lorsque le voyageur arabe Ibn Battuta le visita en 1349, il le trouva « dans un tel état de ruine qu’il était impossible d’y pénétrer ».

Plus d’un siècle plus tard, le sultan mamelouk Ashraf QaitBay fit construire un fort sur le site. Qu’advint-il du phare ? Certaines parties ont été récupérées et intégrées au fort, beaucoup plus petit. Mais l’on se soucia peu, jusqu’à une période récente, du corps du bâtiment et de la statuaire, qui reposaient au fond des eaux.

Bien que le site fût connu des autorités, il fallut attendre le début des années 1960 pour qu’un plongeur alexandrin presse la marine de repêcher une statue colossale représentant une reine ptolémaïque sous les traits d’Isis. À la demande des autorités, une étude préliminaire parrainée par l’UNESCO fut conduite par le plongeur britannique Honor Frost en 1968. Faux départ; le site retomba dans l’oubli, par manque d’archéologues spécialisés et parce qu’il devint zone militaire. Il ne refit surface qu’au début des années 90. Alors qu’elle tournait des séquences sous-marines, la réalisatrice Asmaa ElBakri remarqua une digue de béton en construction au-dessus des vestiges, afin de protéger le fort QaitBay.

La campagne médiatique qui s’ensuivit amena le CSA à suspendre les travaux tout en donnant le feu vert à une mission chargée de réaliser des fouilles de sauvetage. Commencées en 1994 sous la direction de Jean-Yves Empereur, chef du Centre d’études alexandrines (CEA), elles couvrent une zone d’environ 2,25 ha au nord-est du fort. Plus de 2 000 pièces ont été répertoriées, nettoyées, photographiées et couchées sur un plan. Les fonds sont fournis par l’Institut français d’archéologie orientale (IFAO) et des partenaires français privés. La profusion et l’amoncellement enchevêtré d’objets représentant des époques différentes - pharaonique, ptolémaïque et romaine - ont compliqué la tâche des archéologues.

Mais l’analyse informatisée des cartes du site et l’examen de chaque bloc ont permis de distinguer deux catégories d’éléments bien distinctes. Selon Jean-Yves Empereur et Jean-Pierre Corteggiani, un égyptologue de l’IFAO, la présence de sphinx et d’inscriptions hiéroglyphiques s’explique par la pratique ptolémaique qui consistait à réutiliser des vestiges pharaoniques. Certains d’entre eux, mêlés à des éléments hellénistiques et romains, auraient été jetés à la mer à la fin de l’époque romaine et au temps des mamelouks pour protéger le port d’Alexandrie. L’autre catégorie est constituée de blocs beaucoup plus lourds - 50 à 70 tonnes. Leur taille évoque un monument énorme et certains sont cassés en deux ou en trois, indiquant qu’ils sont tombés de haut. Empereur et ses collaborateurs n’en démordent plus : il s’agit des restes du phare d’Alexandrie. Une trentaine de pièces ont été repêchées, restaurées et exposées dans l’amphithéâtre de Kom el Dikka, à Alexandrie.

Non seulement ces fouilles pourraient avoir d’importantes retombées touristiques mais elles ont ouvert de nouvelles perspectives aux archéologues égyptiens. Le CSA a créé, il y a deux mois, un département d’archéologie sous-marine. Pourtant, la poursuite de la campagne fait des vagues. Alors que les archéologues veulent le démantèlement de la digue de béton destinée à protéger le fort, notamment pour dégager les éléments du Pharos bloqués dessous, le service des antiquités a demandé que l’on arrête de remonter les vestiges après avoir été accusé de privilégier un site préislamique au détriment du fort mamelouk Ashraf QaitBay.

Carte du fort QaitBay
Carte du fort QaitBay

1.2 La bibliothèque Début de page

Ptolémée souhaita créer (vers 290) dans sa ville un établissement important qui réunirait les savants, les écrivains, tous les chercheurs de son temps. C’est ainsi que fut élevé tout près du Palais royal un temple de la science et des Muses, le Mouséïon (musée), dont l’exemple venait d’Athènes. À l’origine, ce qui devint ensuite la célèbre Bibliothèque n’était qu’une annexe du Musée. Ptolémée confia le projet au précepteur de ses enfants, Démétrios de Phalère, ancien tyran d’Athènes mais aussi philosophe, administrateur, écrivain et orateur. Démétrios de Phalère défend l’idée aristotélicienne que la bibliothèque doit contenir tous les savoirs du monde. Mais c’est sous le règne de Ptolémée Philadelphe que la bibliothèque s’enrichit de nombreux volumes.

Comme la ville était un port, il demanda aussi à tous les navires qui faisaient escale à Alexandrie de permettre que les livres contenus à bord soient recopiés et traduits. La copie était remise au navire, et l’original conservé par la Bibliothèque !

Le Musée devint un centre académique de hautes recherches où les savants sont défrayés par le prince et où ils trouvent les instruments, collections, jardins zoologiques et botaniques nécessaires à leurs travaux.

La traduction en grec de tous ces ouvrages fut un travail colossal qui mobilisa la plupart des intellectuels et savants de chaque pays ; il fallait que ces hommes maîtrisent à la perfection leur propre langue ainsi que le grec. La bibliothèque fut dirigée par des érudits comme Zénodote d’Éphèse, puis Aristophane de Byzance, Aristarque de Samothrace et Apollonios de Rhodes.

Destructions de la bibliothèque

En 47 av. J-C, les troupes de Jules César incendient la flotte d’Alexandrie ; le feu se serait propagé aux entrepôts et aurait détruit une partie de la bibliothèque. Reconstruite, elle est détruite à nouveau cinq ou six fois, la dernière en 642 par le général Amrû Ibn al-As, obéissant au calife Umar ben al-Khatâb (transcriptions : Omar, Oumar ou Umar) qui considérait que si les livres étaient en accord avec le Coran ils étaient superflus, et que s’ils contredisaient le Coran, ils étaient pernicieux, comme l’avaient fait les chrétiens lors des déstructions précédentes. La plupart des connaissances de l’antiquité ayant été transmise à l’Occident par les traductions arabes telles celles d’Averroès (Abûl-Walid Muhammad ibn Rushd de Cordoue ; nom latinisé en Averroès).

En effet, la première source qui relate cette histoire date de trois siècles après les faits, de la plume d’un auteur chrétien. Reste que le contenu de la bibliothèque a bien disparu à cette époque, vraisemblablement pillée bien avant l’invasion arabe et, pour ce qui est des éléments les plus précieux, déménagée à Constantinople, la plupart des documents ayant été détruits par les Chrétiens eux même.

La bibliothèque d’Alexandrie a probablement souffert de plusieurs événements destructifs, mais la destruction des temples païens d’Alexandrie vers la fin du IVe siècle par les Chrétiens fut probablement finale. Cette destruction est attestée de sources sûres.

Des guerres civiles, des investissements décroissants dans l’entretien et l’acquisition de nouveaux rouleaux et généralement une baisse d’intérêt pour des textes non-religieux ont probablement contribué à une réduction du corpus du matériel disponible dans la bibliothèque, particulièrement au IVe siècle.

Le Sérapéum détruit par l’évêque Théophilus.

Lorsque l’État romain embrassa le Christianisme sous le règne de l’empereur Constantin (274-337), les chrétiens romains et égyptiens persécutaient les païens d’Égypte, démolissaient leurs temples, lynchaient et massacraient leurs philosophes, brûlaient leurs bibliothèques et endommageaient les monuments historiques égyptiens dont certains avaient été transformés en églises ou couvents, au point que l’évêque Théophilus chargé du patriarcat égyptien de 385 à 412 a mené une campagne féroce d’oppression contre les païens et a essayé de supprimer l’école d’Alexandrie en démolissant et brûlant sa bibliothèque en 391. Bien plus, cette destruction n’a pas épargné les bibliothèques des temples.

En 415, une nouvelle émeute attisée par des moines causera la mort de : Hypatie (ou Inatier), philosophe du platonisme moderne astronome et mathématicienne (370-415) fut lynchée et brûlée, les statues furent aussi détruites.

En mars 415, elle meurt lapidée en pleine rue par des chrétiens fanatiques qui lui reprochaient d’empêcher la réconciliation entre le patriarche Cyrille d’Alexandrie et le préfet romain Oreste à la suite de conflits sanglants entre diverses communautés religieuses d’Alexandrie.

Les ouvrages d’Hypatie auraient tous été perdus. Cependant, selon certaines sources, un de ses ouvrages a été retrouvé il y a quelques années dans la bibliothèque du Vatican.

D’après l’historien chrétien Socrate le Scolastique :

« Contre elle alors s’arma la jalousie ; comme en effet elle commençait à rencontrer assez souvent Oreste, cela déclencha contre elle une calomnie chez le peuple des chrétiens, selon laquelle elle était bien celle qui empêchait des relations amicales entre Oreste et l’évêque. Et donc des hommes excités, à la tête desquels se trouvait un certain Pierre le lecteur, montent un complot contre elle et guettent Hypatie qui rentrait chez elle : la jetant hors de son siège, ils la traînent à l’église qu’on appelait le Césareum, et l’ayant dépouillée de son vêtement, ils la frappèrent à coups de tessons ; l’ayant systématiquement mise en pièces, ils chargèrent ses membres jusqu’en haut du Cinarôn et les anéantirent par le feu. Ce qui ne fut pas sans porter atteinte à l’image de Cyrille et de l’Église d’Alexandrie ; car c’était tout à fait gênant, de la part de ceux qui se réclamaient du Christ que des meurtres, des bagarres et autres actes semblables. Et cela eut lieu la quatrième année de l’épiscopat de Cyrille, la dixième année du règne d’Honorius, la sixième du règne de Théodose, au mois de mars, pendant le Carême. »

1.3 La bibliothèque aujourd’hui Début de page

La nouvelle Bibliothèque d’Alexandrie vient de sortir de terre sur l’emplacement de la fameuse ancienne Bibliothèque d’Alexandrie, phare du savoir de l’Antiquité. Cette nouvelle merveille de la connaissance conservera 8 millions d’ouvrages dans un bâtiment à la forme d’un disque solaire incliné. Un soleil levant émergeant d’un immense bassin flanqué d’un planétarium sphérique symbolisant la Lune.

Musée des antiquités : Bibliotheca Alexandrina

Nouvelle Bibliothèque d’Alexandrie
La nouvelle Bibliothèque d’Alexandrie

Bibliothèque d’Alexandrie Vieux manuscrit
Bibliothèque d’Alexandrie vieux manuscrit

Tahrir al-Majasti
Nasir al-Din al-Tûsî - 1201-1274

Nasir al-Tûsî était un astronome et un mathématicien Arabe qui rejoignit les Mongoles conquérants de Bagdad.
Il apporta une contribution importante à l’astronomie et écrivit beaucoup de commentaires sur les textes grecs.

Alexandre le Grand

1.4 Alexandrie Début de page

Un quatuor monumental lui a assuré un destin éternel : un tombeau, un phare, un musée, et une bibliothèque. Fondée par Alexandre en 331, la plus grande ville du Bassin méditerranéen au III siècle avant J-C. se voulait cité universelle pour être fidèle à la mémoire de celui qui lui avait laissé son nom.

Alexandrie n’avait rien à ses débuts pour connaître un destin particulier, si ce n’est d’avoir été la première ville à être fondée par le conquérant macédonien à son retour du sanctuaire de Siwah. Il s’y était entretenu directement avec le dieu Amon et avait été averti de son destin. Après tout, une cinquantaine d’autres villes eurent également le privilège de naître par sa seule volonté et de porter son nom et certaines, beaucoup plus à l’Est, semblaient profiter d’une meilleure situation géographique pour pouvoir un jour représenter le cœur d’un empire construit à partir des conquêtes du Macédonien.

Si elle fut beaucoup vantée par la suite par nombre d’historiens antiques, la situation de cette première Alexandrie contredisait en fait bien des habitudes. Certes, pour fixer ses limites, Alexandre avait symboliquement voulu marquer l’importance qu’il lui conférait en utilisant de la farine plutôt que de la craie traditionnelle, farine qui fut d’ailleurs, selon la légende, tout de suite avalée par des oiseaux migrateurs, à la grande frayeur de plusieurs oracles mais à la grande joie du roi, qui y vit, lui, le signe d’une future prospérité. Et il est vrai qu’à la fois méditerranéenne et égyptienne, la cité semblait pouvoir connaître un avenir commercial très enviable grâce à des sites portuaires exceptionnels. Mais, dans le même temps, coincée entre le lac Mariout et la mer, proche de régions marécageuses peu denses, peuplées de pillards nomades, éloignée de la Grèce comme de l’Égypte dynamique, elle pouvait très bien ne jamais connaître d’expansion importante. Pire encore, fille d’un delta peu productif, elle semblait tourner le dos à deux espaces porteurs à la fois de richesses et de légitimité : le Nil et sa vallée, fiers d’une histoire vieille de plus 3 000 ans et le Moyen-Orient phénicien, débouché naturel de tous les grands empires asiatiques.

Rien même ne la prédisposait à devenir la ville la plus importante d’Égypte puisque Alexandre n’avait manqué ni de rappeler le rôle clé de Memphis la vieille capitale ni de flatter le prêtres de Thèbes en faisant restaurer le temple d’Amon à Louqsor. Mais, de fait, il avait probablement été le seul à s’être montré visionnaire en affirmant dès sa fondation que la cité nouvelle, construite sur le site du village égyptien de Rhakotis, connaîtrait un avenir glorieux à la hauteur de l’île en face de laquelle elle allait grandir, cette île de Pharos qui, si l’on en croit Homère et Alexandre croyait Homère avait abrité Protée, l’un des "Vieux de la mer", vaincu seulement par Ménélas. Et pourtant, dans ses premières années d’existence, la petite ville en forme de chlamyde se contentait de recevoir quelques curieux, surtout Grecs, attirés par la proximité de l’oasis de Siwah, alors qu’Alexandre s’empressait de lui donner des sœurs jumelles partout et notamment en Asie centrale où il lui semblait nécessaire d’établir un casernement gréco-macédonien.

Deux éléments vont en fait décider de son prodigieux destin. La mort du conquérant d’abord. Puis l’immense puissance acquise par les premiers souverains lagides.

Alexandre ne reverra en effet jamais vivant la cité qui aujourd’hui encore continue à entretenir fidèlement son mythe. Avait-il en tête après son expédition en Inde de repartir à l’assaut de l’Occident à partir de l’Égypte et, donc, de s’installer dans la ville qu’il avait fondé dix ans auparavant ? Rien n’est moins sûr, tant, à la fin de sa vie, ses ambitions semblaient plutôt tournées vers l’Arabie ou l’Afrique. Mais, après quelques années d’errance, c’est finalement à Alexandrie que l’audace de Ptolémée Ier Sôter voulut que son corps embaumé reposât pour l’éternité. À sa mort pourtant en 322, les diadoques avaient décidé qu’il serait préférable que sa dépouille rejoigne le mausolée familial à Aigai en Macédoine. Mais Ptolémée, maître de l’Égypte après le partage de l’empire, n’en resta pas là. Et, en 321, il fit détourner le cortège mortuaire et s’empara d’un trésor de légitimité symbolique d’une valeur inestimable qu’il exploitera sans retenue après la mort du dernier héritier de l’empire, Alexandre IV vers 310. Après un long détour par Memphis, le corps d’Alexandre rejoignit donc finalement le tombeau que Ptolémée lui avait fait construire. Désormais, grâce au fils de Lagos, Alexandrie d’Égypte possédait un avantage inestimable sur ses rivales homonymes : tous ceux qui voudraient voir confirmer leur destin de conquérant en s’inclinant devant la tombe du plus grand d’entre eux devraient passer par Alexandrie. César, Antoine, Aladin ou Bonaparte feront tous le détour !

Légitimée assez vite par la présence du tombeau de son fondateur, la cité connut également un développement très rapide et une renommée en adéquation ! grâce à la puissance de la dynastie qui en fit sa capitale : les Lagides, qui, comme les Séleucides ou les héritiers d’Antigone, n’eurent de cesse de vouloir montrer au monde qu’ils étaient les dignes héritiers de l’Empire macédonien. Ptolémée Ier, le fondateur de la dynastie, avait tout de suite compris l’importance stratégique de l’Égypte qui lui avait été octroyée. C’était probablement le pays le plus riche de l’époque, dont le passé prestigieux, l’organisation administrative et le potentiel agricole forçaient l’admiration de tous. Mais soucieux de ne pas être trop éloigné de la Macédoine, noyau fondateur de l’empire d’Alexandre, ni de la côte du Proche-Orient que détenait Antigone le Borgne puis son fils Démétrios Poliorcète, il avait préféré installer sa cour, son administration et son armée à Alexandrie plutôt que dans la vallée du Nil. Un choix qui assura définitivement l’avenir politique de la cité mais aussi son destin artistique et urbanistique.

Car les premiers Ptolémée ne négligèrent aucun détail pour que leur capitale devienne le cœur envié du monde civilisé. Destinée à montrer à l’univers que seuls les Lagides étaient à la hauteur de la magnificence de celui qui avait été le roi du monde, Alexandrie se couvrit de monuments symboliques, censés reléguer au rang de villes communes les capitales concurrentes : Antioche et Séleucie, mais aussi les anciennes cités Athènes ou Sparte.

Au premier rang, le Phare qui, jusqu’à sa destruction au XIVe siècle, fut le premier symbole de la cité. Construit de 300 à 283 sur une plate-forme surélevée, il comprenait trois étages, le premier carré de 70 m, le second, octogonal, de 35 m, le dernier, cylindrique, de 9 m. Dominée par une statue de Zeus, cette tour avait reçu son nom de l’île sur laquelle elle avait été construite, l’île de Pharos. Tout en haut, un feu permanent éclairait la mer et l’entrée des ports. Ses dimensions lui firent gagner une réputation universelle et elle fut désignée comme l’une des merveilles du monde. Et les centaines de plongeurs qui se pressent chaque année dans les eaux sales de la seconde ville de la république d’Égypte contemporaine à la recherche de ses fragments perpétuent toujours le mythe de ce feu perché qui faillit coûter cher à un Prométhée qui, deux siècles plus tard, défia la ville : César lui-même. Grâce à cette tour formidable qui attirait autant qu’elle guidait nombre de navires, l’Alexandrie lagide donna à ses ports elle en comptait quatre après la construction d’une grande chaussée, l’Heptastade, qui joignait Pharos à la terre ferme une place prépondérante dans le commerce méditerranéen. Les richesses d’Égypte en partaient pour satisfaire Europe et Asie alors que les visiteurs du monde entier se croisaient sur des quais en permanente activité.

Marins venus du bout du monde, mercenaires sortis des armées de tous les grands peuples guerriers, marchands téméraires parcourant tous les continents connus ou inconnus, tous se bousculaient sur l’agora, sur les quais ou dans les rues à angle droit d’une cité qui avait choisi le plan à damiers. Et tous espéraient profiter d’une part de richesse octroyée par les souverains lagides. À côté des Grecs qui étaient privilégiés pour les fonctions les plus prestigieuses, des Égyptiens qui apprenaient à apprécier leur nouvelle capitale, Alexandrie accueillait ainsi une foule bigarrée, souvent frondeuse, s’exprimant dans mille idiomes incroyables qui en faisaient vraiment une cité cosmopolite.

Mais pour que cette cité internationale aux mille parlers puisse vraiment acquérir le droit à l’universel, il lui fallait dépasser ses succès commerciaux pour privilégier une nécessaire fonction intellectuelle. Et, là encore, l’Alexandrie lagide fut à la hauteur des ambitions de ceux qui en avaient fait leur capitale.

Aussi célèbre que le Phare, le Musée, qui ouvrit ses portes vers 287, attira tout de suite les meilleurs écrivains et scientifiques du monde grec. Sur le modèle du Lycée aristotélicien, plutôt que sur celui de l’Académie platonicienne, il regroupait une confrérie d’hommes de très grande valeur qui élisaient leur grand prêtre voué au culte des Muses. Tous rémunérés par le roi, ils jouissaient d’une liberté et d’une absence de soucis matériels qui devaient leur permettre d’être tout entier concentrés sur leurs recherches. Très vite, il devint nécessaire pour ceux qui prétendaient au titre de vrais scientifiques en Grèce étudier au Musée. Dans cet espace réservé au savoir, où l’essentiel des choses se passaient sous le Portique ou dans les promenades plantées d’arbres, on organisait des concours, on formulait des théories, on pratiquait des expériences, mais on consacrait surtout de nombreux débats aux lectures critiques et à la mise au point d’une philologie qui, souvent, touchait la plus sublime érudition, mais, parfois aussi, s’enferrait dans les exercices formels les plus stériles. L’activité encyclopédique du Musée, protégée par les Ptolémée, devenait un élément déterminant du développement de la cité.

Exactement comme à Pergame, à Antioche, à Syracuse ou à Athènes qui pouvaient également s’enorgueillir d’une activité intellectuelle intense. Mais peut-être mieux qu’ailleurs grâce à l’extraordinaire diversité des talents réunis. Ptolémée et Hipparque donnèrent leur lettres de noblesse à l’astronomie, Hérophile et Erasistrate fondèrent l’anatomie. Euclide transforma la mathématique. Aristarque chassa les erreurs de transcription des textes anciens. Philétas réforma les règles traditionnelles de la poésie. Et Zénodote, Erastosthène ou Callimaque, savants universels, consacrèrent autant d’énergie à la géographie, à la philologie qu’aux mathématiques.

Mais cette exceptionnelle renommée se construisit aussi parce que le Musée comportait une aile magique dont le souvenir devait triompher des siècles : la Bibliothèque. À l’initiative de son premier directeur, Démétrios de Phalère, qui avait longtemps présidé aux destinées d’Athènes, avant d’être accueilli par Ptolémée Philadelphe, le successeur du Sôter, les papyrus commencèrent à s’accumuler dans ce lieu protégé. Et Callimaque, Apollonios de Rhodes, Eratosthène et tous ceux qui succédèrent à Démétrios à la tête de l’institution perpétuèrent cette volonté de collectionner puis de critiquer ce qui représentait tout le savoir écrit de la planète. Combien y avait-il de volumes dans la Bibliothèque ? 200 000 à la fin du règne du Philadelphe mais peut-être 400 000, 500 000 ou 700 000 à l’époque de César où une annexe fut même installée dans le grand Sérapéum. Les estimations des historiens varient faute de sources concordantes. Mais ce qui est sûr en revanche, c’est que les Ptolémée déployèrent des efforts systématiques pour tenter de s’approprier tous les écrits disponibles. Le successeur du Philadelphe, Ptolémée III Evergète, faisait même confisquer tous les livres des voyageurs qui s’aventuraient dans sa capitale pour les faire recopier. Mais il gardait toujours l’original ! Brûlée lors du séjour tumultueux de César en 47 av. J-C, la Bibliothèque alexandrine connut une seconde jeunesse grâce au don de 200 000 volumes de la bibliothèque de Pergame qu’Antoine fit à Cléopâtre. Et aujourd’hui, grâce à l’UNESCO, son héritière contemporaine pourra de nouveau penser à accumuler les savoirs universels.

Cette passion pour les sources écrites conduisit même les Ptolémée à encourager la traduction en grec des grands textes de tous les peuples qui vivaient et prospéraient à Alexandrie, souvent en fondant leur propre quartier. Ainsi furent traduits des livres zoroastriens, romains ou égyptiens. Et, l’une de ces traductions, celle de la Torah juive, conserva même une importance universelle, puisqu’elle ouvrit la Bible au monde. Car la Septante, tout autant fruit du désir des Juifs de voir leur diaspora prendre de l’importance dans la cité nouvelle, que de la volonté des Ptolémée de contrôler un peuple qui fournissait richesses et soldats, permit non seulement un renouveau de la pensée juive hellénisée, mais ouvrit également la porte au christianisme. Etablie en plusieurs étapes par un travail conjoint de 70 savants grecs et juifs, elle fut présentée officiellement à Ptolémée Philadelphe. Elle se voulait le signe de l’intégration d’un peuple à une ville autant que d’une religion à un empire, une intégration qui resta une caractéristique majeure d’Alexandrie au moins jusqu’aux années 1980 !

Cette place importante accordée aux Juifs était la conséquence logique du choix des Ptolémée. Capitale symbolique, commerciale et culturelle, Alexandrie se voulait également capitale religieuse. Mais elle était surtout le cœur de l’administration d’une Égypte dont les trésors étaient plus que jamais nécessaires pour s’opposer aux puissances asiatiques et méditerranéennes.

Capitale religieuse par la seule volonté de ses souverains, la perle du delta ne pouvait apparemment compter que sur la proximité du sanctuaire de Siwah pour affirmer sa légitimité. C’était bien peu face aux villes grecques ou égyptiennes qui, depuis des siècles, attiraient grands prêtres, augures ou pèlerins. Mais la divinisation des rois lagides à partir du Philadelphe dans la continuité de celle d’Alexandre une tradition venue d’Orient renforça rapidement la crédibilité religieuse de la première ville égyptienne. Désormais Alexandrie n’était plus une ville comme une autre. Elle était la demeure de rois destinés à devenir dieux. Et au-delà de leurs propres personnes, les Lagides s’employèrent également à privilégier certaines divinités auquelles furent dédiés des temples somptueux. Le dieu le plus honoré était Sérapis. Ses talents étaient nombreux : aussi expérimenté qu’Osiris, il pouvait être tout-puissant comme Zeus ou simple guérisseur comme Esculape. Assimilé par de nombreux prêtres en Égypte à Amon, il était également très prisé des Grecs et c’est probablement cette faculté d’incarner un syncrétisme total qui conduisit les Ptolémée à lui forger une place particulière. Deux sérapéums géants parmi de nombreux autres temples lui avaient été dédiés, l’un dans le faubourg de Canope, l’autre contenant une statue colossale du dieu d’une splendeur exceptionnelle dans le quartier de Rhakotis sur l’emplacement de l’ancien village égyptien. Aujourd’hui encore, à côté des nécropoles très nombreuses, dont l’étendue est le signe incontestable de l’importance démographique de la cité hellénistique, ces deux temples restent les cibles privilégiés des archéologues. Car l’accroissement rapide du culte de Sérapis dans toute l’Égypte permit à Alexandrie d’asseoir très rapidement son rôle de capitale religieuse.

À côté de Sérapis, Isis dont le plus grand temple était situé près du palais royal de Lochias, bénéficiait également d’une grande popularité. Enfin, au milieu de toutes les autres divinités grecques et égyptiennes, Alexandre, héros fondateur dont la divinisation était la base de la divinisation des Ptolémée, avait droit, lui aussi, à un temple à part et, bien sûr, à un grand prêtre.

Car les maîtres lagides ne pouvaient se permettre d’oublier Alexandre. C’est de ses choix audacieux qu’ils avaient hérité le contrôle de la terre la plus stratégique du Bassin méditerranéen : cette Égypte millénaire dont le monde entier enviait les richesses. À partir d’un quartier royal qui, à chaque règne, s’embellissait de nouvelles constructions, les Ptolémée mirent au point une administration longtemps efficace, qui avait un double but : exploiter au mieux fiscalement et commercialement le potentiel agricole du delta et de la vallée du Nil et assurer la domination des souverains d’Alexandrie sur l’ensemble des terres égyptiennes. À sa tête, le dioicète, à la fois premier ministre et ministre des finances, dirigeait une armée de fonctionnaires zélés à la double culture grecque et égyptienne. Leur but : garantir que le taxes en espèces et en nature alimentent constamment le Trésor royal. Car les guerres avec les autres empires issus des partages de l’après-Alexandre coûtaient cher, comme d’ailleurs les festivités permanentes, nécessaires à la bonne marche d’une cour de plus en plus nombreuse et de plus en plus avide de cadeaux somptuaires. Mais les Prolémée disposaient, à côté des recettes fiscales remontant de toutes les circonscriptions administratives, les nomes, de revenus très importants provenant de la production de leurs ateliers d’artisanat mais aussi de la mise en valeur de leurs nombreuses terres royales ils avaient même établi de véritables fermes modernes dans l’oasis du Fayoum, qu’ils aimaient montrer aux ambassadeurs étrangers et à leurs hôtes de marque. Ainsi toute la population d’Alexandrie pouvait mener grand train.

Et pendant toute la période héllénistique et pendant la plus grande partie de l’ère romaine, elle ne s’en priva pas. Et si le quatuor monumental assurait la pérennité de l’exception alexandrine dans le monde méditerranéen, sa renommée à court terme qui lui permit d’être célébrée et glorifiée par tant d’auteurs antiques fut d’abord le fruit d’un certain art de vivre, d’une place considérable accordée aux échanges de toutes sortes et surtout d’un goût de la fête et de l’animation qui, jusqu’à aujourd’hui, ne s’est pas démenti.

Fondée par un conquérant, Alexandrie, qui saura en attirer tant d’autres : César, Bonaparte, Rommel... ne doit peut-être sa place très spéciale dans l’histoire qu’à sa capacité d’apparaître comme un carrefour réussi entre trois continents. Et si aujourd’hui la ville n’a plus l’éclat d’antan, c’est peut-être parce qu’il est de plus en plus difficile d’assumer une vocation de cité universelle !

Antoine Godbert

1.5 Alexandre et L’Égypte Début de page

Alexandre franchit l’Hellespont en 334. Dès l’automne 332, le satrape Mazakès lui remet l’Égypte sans combattre. Le pays n’en est pas à sa première domination étrangère. Depuis déjà le Ier millénaire, les Lybiens, les Ethiopiens et les Perses ont tour à tour foulé son sol.

Histoire de l’Égypte

Les civilisations néolithiques et énéolithiques du Nord et du Sud de la vallée du Nil forment dès le Ve millénaire deux grands royaumes, composé chacun de petits États.

La culture et les institutions égyptiennes se développent à compter du IIIe millénaire, sous les deux premières dynasties. Imouthès, premier ministre du fondateur de la IIIe dynastie, permet l’essor de la civilisation pharaonique. Sous son impulsion, une politique architecturale ambitieuse entraîne l’édification de nombreux monuments. Ils feront la gloire de cette civilisation, mais concourent à l’asservissement de la population.

Dès l’Ancien Empire, l’Égypte parvient à un degré de civilisation remarquable. Mais la IVe dynastie marque bientôt l’apparition de princes locaux qui contribuent à la chute de l’Empire. Il faut attendre l’avènement de la XIe mais surtout de la XIIe dynastie pour que l’Empire retrouve ensuite une certaine unité.

Après les périodes du Moyen Empire et du Nouvel Empire, l’Égypte se retrouve divisée entre deux souverains. Les ambitions de chacun sont propres à fragiliser l’Égypte pour longtemps.

C’est seulement avec Psammétique le Grand, fondateur de la XXVIe dynastie, que l’on voit un roi parvenir à restaurer l’unité et l’éclat de la civilisation pharaonique et à redonner à la monarchie sa grandeur. Amasis, usurpateur du trône, poursuit la même voie. Sous son règne, l’Égypte connaît une période de prospérité. Mais il sent déjà gronder la menace perse aux frontières.

1.5.1 L’Égypte et la Perse Début de page

Si l’on accepte le propos de Xénophon, l’Égypte et Chypre constituent les limites occidentales de l’Empire perse. Cet auteur attribue la conquête de l’Égypte à Cyrus le Grand (555-522). Mais il est peu probable que ce dernier soit le véritable conquérant de l’Égypte.

Il faut sans doute attendre son successeur, Cambyse (529-522), pour voir les Perses conquérir le territoire égyptien. Le souverain perse se tourne vers l’Égypte, que son père n’avait pas eu le temps et les moyens de conquérir. L’expédition de Cambyse est rapportée en particulier par Hérodote.

Le roi d’Égypte perçoit la menace perse. Mais des affaires intérieures l’empêchent de se préparer comme il l’entend. Au moment où l’Égypte a besoin de stabilité, le roi Amasis meurt (568-525). Lui succède Psammétique III (dernier roi de la XXVIe dynastie). Les alliés de ce dernier lui font défaut au moment où le souverain perse décide d’opérer la conquête de son territoire. Polycrate, tyran de l’île de Samos, se rapproche du roi perse et Phanès d’Halicarnasse rapporte à Cambyse des informations sur l’état des forces de l’Égypte.

Très vite Cambyse parvient à Gaza. Un traité avec les Bédouins lui permet de garantir le ravitaillement de son armée en eau durant la traversée du désert entre la Palestine et l’Égypte.

L’affrontement entre les forces de l’Achéménide et celles du nouveau roi se déroule devant Péluse. L’armée egyptienne subit une défaite. Psammétique prend la fuite mais est bientôt fait prisonnier. Cambyse ne rencontre plus d’obstacle jusqu’à Memphis. La terre égyptienne lui est promise.

L’Égypte perd son indépendance. Le souverain achéménide nomme un gouverneur perse, Aryandès, à la tête de l’Égypte.

Cambyse adopte dans un premier temps une attitude respectueuse à l’égard de cette nouvelle conquête. Suite aux troubles produits par l’arrivée des Perses en Égypte, il décide de restaurer l’ordre. Il répare donc les dégâts commis par ses troupes lors de l’invasion. Il adopte ensuite les attributs du pharaon et le titre de roi de Haute et Basse Égypte, et se fait instruire des mystères de la religion.

Mais bientôt il opère des exactions qui contribuent à le rendre impopulaire aux yeux des Égyptiens. Cette attitude du souverain est justifiée par la folie qui aurait saisi le roi selon ce que nous rapporte les chroniqueurs et historiens de l’époque.

Cambyse choque le clergé. En effet il s’en prend aux dieux et aux cultes égyptiens. Il blesse le taureau sacré Apis, qui jouit d’une immense popularité. Ce dernier meurt quelques jours plus tard. Le Grand Roi élimine également les desservants de ce culte. Il commet ensuite un sacrilège en perpétrant des exactions sur la momie du roi Amasis, qu’il fait disparaître par le feu. Enfin il s’attaque aux privilèges des temples en limitant leurs revenus tout en respectant leurs droits.

Mais un usurpateur a mis à profit sa présence en Égypte pour s’installer sur son trône. Cambyse prend donc le chemin du retour (522), mais décède au cours du voyage qui le ramène en Perse.

Darius I (521-485) lui succède. Il ne songe pas à élargir son autorité sur cette région du monde. Les échecs de son prédécesseur, qui avait tenté des expéditions coûteuses pour l’armée perse le découragent. Une expédition de Cambyse vers l’oasis de Siwah (où se trouve l’oracle d’Ammon) avait ainsi entraîné la perte d’une armée de cinquante mille hommes.

Le nouveau souverain achéménide opère un voyage en Égypte. Il cherche à bénéficier de l’appui des prêtres égyptiens, et permet durant cette période à l’Égypte de demeurer prospère. Il opère des travaux qui doivent permettre à cette satrapie de développer ses échanges commerciaux. Il fait ainsi réouvrir le canal qui relie le Nil à la Mer rouge.

Malgré cette politique la révolte gronde. Les paysans demeurent particulièrement mécontents car cette occupation étrangère accroît les charges qui pèsent sur eux.

L’Égypte va tenter à plusieurs reprises de se libérer de l’emprise perse. Une première révolte (486) intervient sous le règne de Darius I mais elle se solde par un échec. Suite à la disparition de Xerxès (485-464), successeur de Darius I, un deuxième soulèvement intervient sous le règne d’Artaxerxès I (464-424), mais une nouvelle fois le conquérant étranger parvient à réduire à néant les velléités d’indépendance des Égyptiens (464-454). Pourtant ce deuxième soulèvement montre que les Perses ne parviennent pas à maintenir une domination sans faille sur l’Égypte.

Il faut attendre le règne d’Artaxerxès II (404-358) pour voir l’Égypte parvenir à ses fins. Les Perses ne parviennent plus à contrôler cette sixième satrapie, et l’Égypte recouvre son indépendance avec Néphocritès six ans plus tard (399).

Pendant quelques années les Achéménides demeurent incapables, malgré plusieurs tentatives, de reprendre pied dans la vallée du Nil.

Pourtant l’Égypte n’arrive pas mettre à profit ce retour à l’indépendance. Incapable de s’organiser de manière à résister à la menace perse qui campe à ses frontières, elle retombe bientôt sous la domination des Achéménides. Artaxerxès III (358-338) décide la reconquête de l’Égypte (343-342). Le sol égyptien est donc rendu à l’état de province perse. Le souverain perse s’aliène la population égyptienne par une politique rigoureuse à l’égard des autochtones.

1.5.2 Égyptiens et Perses Début de page

Il ne faut pas croire que les différentes révoltes égyptiennes aient constitué des soulèvements unanimes contre la domination perse. Certes les agissements de Cambyse et d’Artaxerxès III ont contribué à entretenir un sentiment de haine à l’égard de l’occupant.

Pourtant tel n’a pas toujours été le cas. De nombreux Égyptiens n’ont pas hésité à collaborer avec les Perses. En témoigne le célèbre Udjahorresnet, qui conduit la flotte égyptienne sous Amasis puis sert Psammétique avant de se mettre au service de Cambyse puis de Darius I. Il reçoit de nombreux honneurs au cours de sa carrière, ainsi que des biens et des bijoux. Sa position lui permet d’apporter sa protection au temple de Neith à Saïs.

Les contacts étroits qui se nouent parfois entre les deux communautés incitent certains Égyptiens à chercher à s’assimiler aux conquérants tandis que certains Perses adoptent eux des coutumes égyptiennes comme celle d’invoquer les dieux égyptiens.

Peut-être l’attitude de Darius I a-telle inspiré à certains de ses compatriotes. Le souverain achéménide respecte les usages égyptiens. Il développe une activité de construteur. Sa réalisation la plus remarquable et la plus symbolique est sans doute le sanctuaire dédié à Amon-Rê qu’il fait édifier dans l’oasis d’ElKhargeh. Il s’y fait représenter en pharaon avec la couronne et les attributs caractéristiques de sa qualité, présentant des offrandes aux dieux et aux déesses.

Darius I ne semble pas avoir véritablement apporté de modifications majeures à l’administration fiscale. Certes il crée les « senti », qui ont pour responsabilité, au niveau de toute l’Égypte, de collecter l’impôt. Il ne bouleverse pas non plus l’organisation territoriale de l’Égypte, instituant simplement une division de l’Égypte en circonscriptions tout en conservant les anciens « nomes ».

Dans le même état d’esprit, s’il tâche de placer aux postes d’administrateurs de cette satrapie des ressortissants perses, nombreux sont les Égyptiens qui participent à l’administration et demeurent au service de l’empereur.

Comme un certain nombre d’Égyptiens ont su servir les intérêts du Grand Roi, nombreux sont ceux qui ne font point de difficulté à l’arrivée d’Alexandre en Égypte. Bien au contraire ils l’accueillent avec soulagement ; ils viennent d’endurer l’autorité d’Artaxerxès III, et l’arrivée du conquérant macédonien semble sonner le glas du joug perse. Les Égyptiens collaborent à la politique d’Alexandre comme déjà par le passé un certain nombre d’entre eux l’avait fait pour le Grand Roi.

François Querrec

1.6 Alexandre et l’Empire perse Début de page

Les victoires des Grecs dans les guerres médiques sont trompeuses. Aux Ve et IVe siècles, la véritable superpuissance est l’Empire perse. Et Alexandre de Macédoine ne réussit à le conquérir, que pour s’affirmer comme le dernier et le plus puissant des Achéménides.

Lorsque Alexandre découvre le cadavre du Roi des rois assassiné par les siens en 330, il ne songe pas un seul instant à triompher. Il s’incline devant la dépouille de Darius III et reprend le flambeau d’un rêve oriental vieux de plus de cinq siècles.

Grandeur et décadence de la Médie et de la Perse

L’histoire perse se confond avec l’histoire des empires et des États qui se sont succédés en Iran, la Perse n’adoptant le nom d’Iran qu’au cours de la première moitié du XXe siècle de notre ère.

À la fin du deuxième et au début du premier millénaire, des mouvements de population se produisent sur le plateau iranien. Les nouveaux arrivants mèdes et perses ne tardent pas à dominer les populations autochtones. Ils forment le premier empire proche-oriental en s’unissant sous un même sceptre à l’arrivée au pouvoir de la dynastie des Achéménides.

La première mention de ces peuples dans des sources écrites est à mettre à l’actif des Assyriens. Leurs annales nous informent de l’arrivée des Mèdes en 836.

Le puissant Assyrien voit d’un mauvais œil la montée en puissance de voisins qui peuvent se révéler dangereux. Salmanasar (roi d’Assyrie) puis ses fils ne leur laissent bientôt plus aucun répit. Mais les Mèdes s’accrochent farouchement à leurs terres et résistent. L’Assyrien met alors à profit la division des Mèdes en principautés et impose une politique de terreur.

Leurs territoires conquis, les Mèdes passent sous le contrôle de l’ administration assyrienne. Mais ils multiplient les rébellions pour recouvrer liberté et indépendance. À force de ténacité, la jeune puissance mède finit par avoir raison de l’Assyrie. Déjocès (768-675) parvient à coaliser les différentes tribus mèdes et se fait élire roi. Ecbatane devient sa capitale.

Son fils Phraorte (VIIe siècle) lui succède et impose son hégémonie sur les autres chefs mèdes. L’empire Mède culmine lorsque Cyaxare (VIIe-début VIe siècle) parvient au pouvoir et étend les frontières du territoire, malgré une parenthèse de 28 ans durant laquelle l’Empire se retrouve sous la domination des Scythes. Une fois leur indépendance retrouvée, les Mèdes associent leur force à celles des Babyloniens, des Scythes et des Cimmériens pour éliminer définitivement le danger assyrien.

La Médie devient rapidement la première puissance de l’Asie. Cyaxare développe une administration capable de le seconder efficacement dans la gestion de son empire. Celui-ci entre en conflit avec la puissance voisine, la Lydie. Une éclipse de soleil intervient le 28 mai 585 : les protagonistes l’interprétent comme la manifestation du courroux des dieux et décident de fixer les frontières de leurs territoires respectifs en l’état.

Le successeur de Cyaxare, Astyage (v.584-550), ne continue pas son oeuvre. Profitant de la douceur de vivre, du luxe que lui procure sa position, il oublie ce qui a fait la réussite de ses prédécesseurs, une vie simple et rude. Il marie sa fille avec Cambyse, roi perse vassal. Le fruit de leur amour, Cyrus, roi des Perses, va très rapidement réunir sous sa couronne les deux peuples. En 555, Ecbatane tombe, l’empire des Mèdes disparaît.

Cyrus (555-522), homme d’État intelligent et visionnaire loué par Hérodote et Xénophon, construit les bases d’un empire aux dimensions gigantesques, que plus tard Darius s’attachera à consolider. Il parvient dans un premier temps, après avoir soumis l’Hyrcanie et la Parthie, à réunir sous un même sceptre Mèdes et Perses. Puis l’expansion de l’Empire s’accélère : Cyrus le Grand conquiert la Lydie, les villes grecques du littoral, mais aussi la Drangiane, l’Arachosie, la Margiane, la Bactriane et enfin Babylone.

Les souverains perses, par une succession de victoires, soumettent de nombreux peuples. Ils développent une politique de conquête originale. Protecteur de tous, le roi perse Cyrus ne demande aux assujettis qu’une simple conduite pacifique et le paiement du tribut annuel. Il demeure respectueux des usages, de la langue et de la religion des peuples conquis.

Son successeur Cambyse (529-522) rompt avec la ligne politique tracée par Cyrus. Surnommé « le roi fou », il met, quelque temps après la conquête de l’Égypte, le feu à la ville de Thèbes, saccage les temples et persécute les prêtres égyptiens après avoir provoqué la mort du bœuf sacré Apis en enfoncant un poignard dans sa cuisse. Il sera « puni » par là où il a pêché. Informé du stratagème d’un usurpateur qui, se faisant passer pour son frère, a pris le pouvoir en son absence à Suse, il retourne en Perse. Sur le chemin qui le ramène à Suse, il est blessé à la cuisse, au même endroit où naguère il avait touché mortellement le boeuf égyptien. Il décède sans jamais revoir sa capitale.

Darius (521-485), cousin de Cambyse, poursuit la voie tracée par Cyrus et un temps abandonnée par Cambyse. Il débarrasse l’Empire de l’usurpateur avec l’aide de six nobles coalisés.

Le choix du roi revient aux sept grandes familles nobles qui ont su faire la lumière sur la traîtrise de l’usurpateur. Hérodote, historien grec, nous conte la manière avec laquelle, en l’absence de successeur direct, ces familles confient les clefs du pouvoir à Darius. Les sept prétendants laissent les dieux se prononcer et ont recours à l’hippomancie. Ils se retrouvent donc le lendemain, au lever du soleil. Le premier dont le cheval hennira sera déclaré choisi par l’animal sacré du dieu soleil. Le stratagème de l’écuyer de Darius emporte la décision : il fait passer une pouliche à l’endroit même où son maître doit immobiliser sa monture au petit matin. De fait, au moment décisif, le cheval de Darius hennit de joie. Dès lors le successeur de Cyrus prend en main la réalisation du rêve oriental des Achéménides.

Le nouveau prince renoue immédiatement avec la politique du grand Cyrus. Son avènement est porteur d’un retour à l’ordre de l’Empire. Les vélléités d’indépendance de certains peuples sont très rapidement réprimées. Les satrapes qui se gonflaient d’ambitions personnelles ne tardent pas à être éliminés.

L’Empire connaît avec Darius son âge d’or. Roi administrateur, il parachève l’organisation de L’Empire amorcée par Cyrus. Roi conquérant, il fait correspondre l’étendue de son pouvoir aux limites naturelles du territoire perse. Au Nord la mer Caspienne, le Caucase et la mer Noire ; au Sud le golfe Persique et le désert d’Arabie ; à l’Ouest l’Égypte et la Méditerranée ; enfin à l’Est l’Indus et le Penjâb.

Les successeurs achéménides de Darius n’auront pas le même talent. Intrigues de cour, complots, assassinats occupent la dynastie, tandis que régions et peuples soumis se soulèvent, sans que le roi paraisse en mesure de mettre fin au désordre.

Xerxès (485-464) pourtant, tente de renouer avec le rêve de Darius. Il lance l’immense armée perse à l’assaut de la Grèce. Mais la bataille de Salamine sonne le glas des ambitions du roi perse. À Salamine, malgré une supériorité numérique, la flotte de Xerxès est défaite, obligeant le souverain à reprendre la route de l’Asie. Toutefois il ne renonce pas encore à faire plier l’Occident et laisse une partie de ses troupes en Thessalie. C’est oublier la ligue du Péloponnèse qui impose à Platée une nouvelle défaite à l’armée perse et la prive de son général.

Après Darius, c’est au tour de Xerxès de voir s’évaporer son rêve de domination sur la Grèce. La témérité de l’âme grecque a eu raison de la puissante armée du Roi des rois. Dorénavant la Perse sait qu’elle n’est plus regardée comme invincible.

Xerxès (assassiné avec son fils), Artaxerxès (464-424), Xerxès II (424, assassiné après 45 jours de règne), Darius II (424-404), Artaxerxès II (404-358), Artaxerxès III (358-338, empoisonné), Darius III (335-330)... Les souverains perses se succédent sans qu’aucun ne sache renouer avec les vertus de ses aînés. La décadence de la dynastie achéménide amène Darius III à fuir devant l’avancée d’Alexandre le Grand.

Alexandre ne fera pas table rase du passé. Il suivra la voie tracée par Cyrus et Darius et renouera avec cette conception d’une royauté respectueuse et tolérante. Il s’inscrit comme le digne héritier des achéménides.

1.6.1 L’organisation de l’Empire Début de page

Le souverain perse est prince héréditaire. La succession au trône est réglée par le roi régnant en faveur de l’un de ses fils. Le roi prétend être l’élu du dieu mazdéen des Perses, Ahura Mazda.

Pour le peuple, il représente l’image vivante de la divinité et bénéficie de la part de ses sujets d’un véritable respect religieux : tout homme se prosterne devant lui, face contre terre. Considéré comme le représentant de la paix et de la justice, il ne peut participer directement aux combats et s’installe lors des campagnes sur une hauteur pour observer le déroulement des événements.

Si le bon plaisir de ce prince absolu fait la loi, le monarque ne décide rien sans consulter les nobles personnes qui l’entourent et le secondent fidèlement. Ceux-ci possèdent d’importants privilèges et bénéficient de nombreuses prérogatives.

Soucieux de l’adhésion des populations soumises à son autorité impériale, le roi fait respecter les usages des peuples conquis. Chaque région conserve donc ses coutumes, sa morale, ses dieux... parfois jusqu’à ses chefs, ce qui confirme le titre de Roi des rois du prince achéménide ; il est le souverain perse de multiples ethnies vassales.

Pour administrer un aussi vaste territoire, Cyrus puis Darius déléguent l’exercice de leur pouvoir. Des satrapes sont placés à la tête d’un gouvernement régional. Gens de haute naissance, ils sont nommés par le roi pour une période indéfinie et révocables à tout instant. Véritables vice-rois, ils ne sont responsables que devant le prince. Leurs pouvoirs sont très étendus et ils possèdent une réelle autonomie de gouvernement.

Le nombre de satrapies et leur étendue évoluent en fonction des campagnes des souverains achéménides. Mais à l’origine, Darius divise son Empire en vingt satrapies, dont les principales sont la Syrie des rivières-la Babylonie-l’Assyrie, l’Égypte, la Bactriane, le pays des Saces et la Drangiane.

Chaque satrape dispose d’une administration, d’un palais et d’une cour. Il gouverne au nom du roi et lui rend compte régulièrement de sa mission. Celle-ci est de maintenir la paix dans sa région, de faire régner la justice, d’assurer la sécurité des routes, de percevoir l’impôt et de lever des troupes en temps de guerre. Pour les territoires de plus faible étendue, le souverain nomme des gouverneurs qui ont le même rôle que les satrapes.

Le roi va devoir encadrer, surveiller ses satrapes, car plusieurs manifestent des velléités d’indépendance. Aux côtés de ceux-ci il place donc des autorités indépendantes des satrapes, directement liées à lui. Dans les forteresses, le monarque envoie des officiers supérieurs pour commander les troupes royales des garnisons. Ils reçoivent directement leurs ordres du roi ou de sa cour et échappent totalement à l’emprise des satrapes.

Des secrétaires royaux sont également envoyés pour assurer les travaux de chancellerie et transmettre la correspondance de la satrapie à la cour.

Enfin, des tournées de commissaires royaux sont effectuées. Surnommés « les yeux et les oreilles du roi », accompagnés d’une force de police pour faire appliquer leurs décisions, ils inspectent à l’improviste les provinces et rendent compte au roi de l’administration de ses satrapies. Leur compétence est très étendue et ils jouissent auprès du roi d’un tel crédit que leurs observations sont suivies d’effet.

Cyrus accorde une importance particulière à la perception de l’impôt, à l’organisation de son armée et à l’exercice de la justice, moyens qui constituent les bases de son empire et que Darius tâche dès son avènement de consolider.

L’impôt perçu par les satrapes est annuel et équitablement réparti en fonction des richesses de chaque satrapie. En sont exemptés les Mèdes et les Perses, qui offrent régulièrement au Roi des rois des cadeaux.

Le satrape apporte la quasi-totalité du produit de l’impôt à Suse après en avoir prélevé une petite quotité pour l’administration de sa province et son propre usage. Les versements sont effectués en espèces (lingots d’or et d’argent convertis en pièces) et en nature (chevaux, bétail, denrées diverses). La population locale prend également à sa charge l’entretien de la maison du satrape et le ravitaillement des troupes royales en campagne ou en garnison.

L’armée perse est impressionnante par le nombre de soldats engagés dans chaque campagne du souverain et par la diversité qu’elle recouvre. Lors des guerres médiques, ce sont plusieurs centaines de milliers d’hommes d’origines diverses que l’on engage dans le combat. Ce trait caractéristique de l’armée perse joue en défaveur de l’Empire, car elle manque de cohésion face à une armée grecque soudée par une même foi et parfaitement disciplinée.

L’aristocratie mède et perse constitue l’ossature de ce monstre. Le prince s’entoure d’une garde impériale de 4 000 soldats, cavaliers et fantassins. Un corps d’élite permanent, les Immortels, se charge de la sécurité de l’Empire. Il veille à assurer la paix sur le territoire et protège les frontières. En temps de guerre, ces hommes sont secondés par les recrues des différentes satrapies et par les armées des feudataires de toutes les provinces de l’Empire.

Le roi perse accorde une attention particulière à l’exercice de la justice, qu’il souhaite pondérée. Il est le juge suprême et sanctionne lui-même les atteintes à sa personne ou à la sûreté de l’État. Il délègue à des sages la justice civile.

Les châtiments sont terribles. Etouffement, empoisonnement, pendaison, crucifixion sont monnaie courante. Pour les cas de trahison, le sujet a les oreilles et le nez coupés, parfois les yeux crevés. Les souverains perses se rendent à l’occasion coupables de cruauté, Cambyse particulièrement. Mécontent d’un juge royal, il le met à mort et le fait écorcher, pour recouvrir le siège du tribunal avec sa peau. Enfin il contraint le fils à s’asseoir sur le siège de son père, en le nommant juge à son tour.

1.6.2 La civilisation Achéménide Début de page

Lorsque les dynastes achéménides fondent leur empire, la Perse n’a pas de tradition artistique propre. Des contacts que cette civilisation noue au cours de son histoire résulte un art composite qui emprunte à la tradition assyrienne puis à Babylone, à l’Égypte et à la Grèce.

On ne relève pas d’architecture religieuse. Seuls quelques autels consacrés à Ahura Mazda subsistent (le culte du dieu ne se célébrait pas dans des temples). Là était entretenu le feu sacré, manifestation de la présence de la divinité.

L’art perse se traduit par des édifices monumentaux. Cyrus puis Darius font édifier d’immenses palais où la grandeur et l’élancement des constructions le disputent au luxe de la décoration. Leur place est capitale dans l’art perse.

Le premier palais est celui de Pasargadès, lieu de couronnement des rois achéménides. Situé dans le Fars, au cœur du berceau de la dynastie régnante, il dessine le plan d’ensemble des futures réalisations impériales. Le principe est la dispersion des constructions : une entrée monumentale, puis une salle d’audience, enfin un palais.

Persépolis, autre capitale des Perses, est située dans le haut pays élamite. Proche de la nécropole royale, elle est fondée à la fin du VIe siècle par Darius Ier. Prestigieuse, elle exalte la grandeur du souverain achéménide. Le palais impérial comporte une salle du trône majestueuse où défilent pour l’éternité les tributaires de l’Empire, représentés face au Grand Roi et àson fils.

Avec l’extension progressive du territoire, le souverain s’installe bientôt à Suse, qui devient le centre politique et administratif de l’Empire. Les rois n’auront jamais de résidence fixe. Darius gouverne à Suse, où des délégations de tout l’Empire se rendent à l’occasion du nouvel an pour prêter hommage et fidélité au Roi des rois et l’assurer de la fidélité et de la loyauté de ses sujets, mais il réside durant les grandes chaleurs de l’été à Ecbatane, ancienne capitale des Mèdes, et revient régulièrement à Pasargadès.

L’archéologie ne rapporte pas l’existence d’une sculpture perse. Seuls des bas-reliefs ont été mis à jour sur les murs des terrasses et des différents palais. Les palais funéraires sont, à partir de Darius, taillés dans la roche et reproduisent les mêmes caractéristiques que les palais royaux. De proportion monumentale, le grand roi y est représenté en adoration devant le dieu Ahura Mazda. Vingt-huit personnages représentés sur deux rangées apportent le témoignage de la soumission des peuples conquis par le roi.

Darius généralise l’emploi de la monnaie, facteur d’essor économique. Sur les pièces d’or qui ont été retrouvées, l’effigie du roi montre ce dernier un genou en terre, armé de son arc.

Le souverain veut favoriser, par la paix et la sécurité, les échanges à l’intérieur de l’Empire et permettre au commerce avec les autres civilisations de se développer. Une politique de grands travaux s’ouvre avec Darius. Il développe les moyens de communication dans tout l’Empire pour relier la capitale avec les provinces les plus reculées, déplacer plus rapidement les forces militaires nécessaires à la protection des frontières et à la paix intérieure, faciliter les transactions commerciales. Les anciens chemins sont ainsi améliorés et de nouvelles routes construites. Une voie royale voit le jour, reliant Sardes, proche de la mer Égée, et Suse, proche du golfe Persique, distantes de 2 500 kilomètres.

Tout au long de ces routes, auberges et relais sont aménagés. Des forteresses sont installées aux différents points stratégiques. Sur les grandes rivières, le roi prévoit un système de bac ou de pont pour permettre le franchissement des obstacles naturels. Une poste est créée. Des cavaliers dans chaque garnison se relaient pour informer rapidement le roi de l’administration de son empire.

Les Mèdes et les Perses n’ont pas eu le souci de laisser des traces écrites de leur passage. Les Gâthâs (cantiques poétiques composés par Zoroastre), partie la plus ancienne de l’Avesta (livre sacré du Mazdéisme), nous ont été transmises par la tradition orale. Leur transcription est postérieure à la période achéménide.

Les principales informations sur leur civilisation nous sont fournies par l’archéologie et les œuvres d’historiens grecs tels que Hérodote ou Xénophon.

À la cour de Darius, le vieux perse est la langue officielle, mais bien d’autres dialectes sont utilisés, l’Empire respectant les particularismes de chaque peuple. Toutes les inscriptions que nous ont laissées les Perses sont gravées en caractères cunéiformes.

Le jeune aristocrate perse bénéficie d’une éducation qui le prépare non seulement à la vie mais aussi à assumer plus tard des responsabilités dans l’Empire. Le manque de moyens financiers limite de fait l’accès à l’enseignement des enfants issus des autres catégories sociales, sans qu’ils soient officiellement exclus du système éducatif. Le jeune Perse apprend à monter à cheval, à tirer à l’arc et à dire la vérité. Il devient un homme au caractère droit, respectueux de la parole donnée. Au contact de prêtres (mages) ou de sages, il assimile également un certain nombre de notions en matière de religion, de médecine ou de droit.

Il semble que les souverains perses n’aient pas été des adeptes de Zoroastre ou Zarathoustra, réformateur du mazdéisme (v.VIIIe-VIIe siècle). Le zoroastrisme ne devient religion d’État qu’avec les Sassanides (IIIe-VIIe siècle apr. J-C). Et plusieurs indices incitent à penser que, malgré la place accordée à la divinité Ahura Mazda, les Perses n’ont qu’un lointain rapport avec cette religion.

Cyrus se fait bâtir une sépulture royale à Pasargadès, où il fait graver cette citation : « Je suis Cyrus, qui ai conquis aux Perses cet empire. Ne m’envie pas l’infime poignée de terre qui recouvre mon corps. »

Lorsque Darius disparaît, il est inhumé près de Persépolis, à Naqsh-iRoustem. Son tombeau est taillé dans le roc d’une falaise abrupte et porte la mention : « Si tu penses : combien de pays différents possédait le roi Darius, regarde l’image de ceux qui soutiennent mon trône, tu les reconnaitras et tu apprendras ceci : la lance de l’homme perse a pénétré au loin, et tu apprendras ceci : que l’homme perse a bataillé loin de la Perse. »

Les successeurs suivront l’exemple de Darius et feront bâtir leur dernière demeure à proximité de cet endroit, alors que les zoroastriens considèrent la dépouille d’un mort comme impure et l’exposent, offerte en pâture aux vautours. La tolérance religieuse exprimée par les souverains perses ne semble pas correspondre à l’enseignement de cette religion qui demande à ses adeptes de combattre les ennemis de la foi. Les rois achéménides refusent toute forme de prosélytisme.

La puissance perse vaincue par l’Occident, le premier et le plus vaste empire du monde antique disparaît. Mais, en fait, depuis la mort de Darius quelques décennies plus tôt, l’Empire perse n’a pas connu d’empereur capable d’incarner brillamment l’idéal impérial. Dorénavant c’est l’Occident, en la personne du jeune Macédonien, qui préside aux destinées de l’Orient. Adoptant et adaptant la conception barbare du pouvoir, il s’affirme comme le dernier et le plus grand des Achéménides. Qui a écrit qu’il n’y avait pas de paradoxes en histoire ?

François Querrec

1.7 Notes Début de page





2.

2.1 Les principaux faits de la vie d’Alexandre le Grand Début de page

Pièce à l’effigie d’Alexandre le Grand
Pièce à l’effigie d’Alexandre le Grand

356 : Naissance à Pella Le 6 du mois Hécatombaion qu’on appelle Lôios en : Macédoine, c’est à dire juillet . Le même jour le temple d’Artémis à Éphèse est incendié. Hégésias de Magnésie fait cette remarque : « Il n’est pas étonnant que le temple ait été entièrement brûlé, Artémis était alors occupée à mettre au monde Alexandre. » Il est le fils de Philippe II et de la Princesse Olympias, fille du roi d’Épire.

343-340 : Aristote est nommé précepteur d’Alexandre. C’est le troisième précepteur du jeune prince.

343 : Alexandre dompte le cheval Bucéphale qui l’accompagnera dans toute ses conquêtes.

340 : Alexandre prend la direction du Royaume pendant l’absence de Philippe II parti pour une expédition contre Byzance, il a 16 ans.

Il fonde une colonie militaire : l’Alexandropolis.

338 : Il s’illustre lors de la bataille de Chéronée où il dirige l’aile gauche. Alexandre est envoyé en compagnie d’Antipater en ambassade à Athènes. Il y rapporte les cendres des soldats athéniens tombés au combat.

337 : Philippe répudie sa femme Olympias, les relations entre Philippe et Alexandre se détériorent.

337 : Philippe épouse Cléopatras (alias Eurydice, aristocrate macédonienne. Bannissement des amis d’Alexandre (Néarque, Ptolémée, Harpale...)

336 (été) : Mariage de Cléopâtre (fille de Philippe et d’Olympias avec Alexandre, prince de la famille des Molosses et frère d’Olympias, ainsi Cléopâtre épouse son oncle. Assassinat de Philippe par Pausanias.

Assassinat de Cléopatras, de son enfant, de son oncle Attale lui même gendre de Parménion, l’un des compagnons de Philippe et qui participera à la conquête d’Alexandre avant d’être également exécuté par lui.

Alexandre fait renouveler le pacte de Corinthe de 338, se fait concéder le titre de « Stratège de la guerre » contre la Perse.

335 : Parménion abandonne la plupart des cités de la côte anatolienne devant la contre-offensive perse vigoureuse menée par Memnon de Rhodes.

335 : Campagne d’Alexandre sur le Danube et dans les Balkans.

printemps : La fausse nouvelle de la mort d’Alexandre se répand dans les cités : grecques qui se préparent à se soulever. Alexandre « fond » sur elles en 13 jours , Thèbes refusant de se rendre, Alexandre laisse à l’assemblée des grecs réunis à Corinthe (assemblée de Corinthe) le soin de décider de son sort. Thèbes est rasée, ses habitants deviennent esclaves.

Charidémos est exilé, il va se réfugier à la cour du Grand Roi achéménide.

334 : Début de la campagne Perse, « guerre de vengeance » grecque et macédonienne.

La flotte groupée sur le lac Cercinite prend la mer par Amphipolis (et les bouches de Strymon). Alexandre conduit son armée en 20 jours jusqu’à Sestos. Puis il se rend sur la tombe de Protésilas pour honorer le premier des héros tombé dans la guerre de Troie.

Les macédoniens contrôlent les deux rives des Dardanelles avec en tête-de-pont en Asie, Abydos. L’armée d’Alexandre peut passer en Asie sans rencontrer d’opposition.

334 mai : Bataille du Granique et victoire d’Alexandre sur les satrapes d’Asie Mineure. Après les villes côtières, occupation de la Carie, de la Phrygie et de la Cilicie. Alexandre s’empare de Sardes puis d’Éphèse, Milet et surtout de leur richesse. Ses officiers deviennent satrapes des territoires occupés.

334 Hiver : à Gordion en Phrygie, il tranche le « noeud gordien »avec son épée. Selon la tradition antique, celui qui réussirait à dénouer le noeud gordien (qui liait à son joug le char de Gordios, père de Midias) serait le maître de l’Asie. Là où d’autres avaient échoués, Alexandre réussit.

333 (été) : L’armée d’Alexandre subit quelques revers pour avoir licencié trop tôt sa flotte (flotte ionienne). Les Perses prennent Chios et Lesbos.

333 (été) : Darius rassemble une immense armée à Babylone.

333 : Memnon ce grand stratège grec (originaire de Rhodes), au service des Perses meurt. Lors du débarquement d’Alexandre, il avait préconisé, sans être écouté, la politique de la terre brûlée. Ce qui aurait été très dommageable pour les armées d’Alexandre.

333 nov. : Bataille d’Issos, sur les bords du fleuve Piranos. Victoire d’Alexandre sur Darius III Codoman.

Alexandre retient en otage la mère du Roi des rois, Sisygambis, sa femme et ses filles.

332 : Alexandre fait la conquête des côtes de la Phénicie et de la Palestine. Tyr : surnommée, L’une des cinq villes de la confédération des Philistins (la : Pentapole des Philistins) résiste longtemps. Tyr se soumet après un siège de plusieurs mois. C’est notamment grâce à ses machines de guerre, machines de sièges construites par des ingénieurs venus de toute la Phénicie et de Chypre qu’Alexandre a la victoire.

332 : Alexandre fait son entrée en Égypte à Peluse. Le satrape perse d’Égypte, automne se rend sans combats.

332-331 : L’un de ses premiers gestes à Memphis il offre sera des sacrifices au Dieu Apis, le taureau sacré et réussit ainsi à se faire accepter sans problèmes par les Égyptiens. Il est vraisemblable qu’il se fait reconnaître (couronner) comme Pharaon. Il aura soin de prévoir le mode d’organisation du gouvernement de l’Égypte en laissant à la tête de l’autorité administrative un égyptien, et plaçant à tête du pouvoir militaire et économique, un grec de Naucratis.

hiver : Alexandre fonde sa première cité. Il lui donne son nom Alexandrie, édifiée à l’emplacement d’un village de pécheurs, Rhakotis. L’emplacement d’Alexandrie presque à égale distance de la Grèce et de l’Asie mineure offre les possibilités d’un port important. C’est avec les Ptolémées qu’elle prit un essor considérable jusqu’à être considéré comme la 1ère ville du monde hellénisé puis lors de la domination romaine comme la deuxième ville de l’Empire juste après Rome.

Alexandre se rend au sanctuaire d’Amon dans l’oasis de Siwah et 2ème coup de maître si ce n’est le plus important ; il fait reconnaître sa filiation divine ; Le prophète nous dit Diodore l’acueille en tant que fils du Dieu. Pour les Égyptiens, il est évident que le pharaon descend du dieu. Le sanctuaire d’Amon est très réputé aussi bien pour les Égyptiens que pour les Grecs tout autant que le sanctuaire de Delphes et de Dodone. Dans le monde grec Amon est réprésenté avec la tête de Zeus portant des cornes de bélier.

331 : Alexandre quitte l’Égypte. Il traverse la Palestine, la Phénicie, la Syrie : pour reprendre ses combats contre Darius.

Attentifs aux troubles en Grèce, à Tyr, il fait libérer les mercenaires athéniens à la solde des Perses et fait prisonniers lors de la bataille du Granique.

Darius aurait fait à cette date quelques propositions d’entente à Alexandre qui retient toujours en otage sa mère, sa femme et ses filles. Alexandre les rejettent avec mépris, manifestant sa volonté de mettre à son profit la notion achéménide d’Empire universel.

ll fait camper ses troupes dans le Haut Tigre sur la rive gauche au Nord Est de Ninive.

331 : Bataille de Gaugamèles qui voit à nouveau la victoire de l’armée.

1er oct. d’Alexandre. Le Roi des rois est contraint une nouvelle fois de s’enfuir, abandonnant de nombreuses richesses.

Alexandre se dirige vers la splendide et riche Babylone. Capitale ou plus exactement ancienne cité majeure de la Mésopotamie puisqu’elle est elle même tombée aux mains de Cyrus le Grand en 539. Là aussi, il prend soin d’honorer les dieux locaux et de s’allier les prêtres. Parallèlement il nomme satrapes de Babylone et de ses régions des Perses. C’est la première fois qu’il nomme des Perses à ce pouvoir.

Beaucoup se rallient à ses troupes.

331 : Alexandre emprunte la fameuse « voie royale » et se dirige vers la capitale de l’Empire.

Cette « voie royale » longue de plus de 2000 km est déjà décrite par Hérodote c’est la principale route qui relie Suse jusqu’à Sardes en passant non loin de Gordion. Elle est empruntée par les courriers du Grand Roi. Sur ses abords sont construits des places fortifiés et relais royaux. C’est un des réseaux routier important des Empires de l’Antiquité.

Suse et son prodigieux trésor se livrent sans difficultés. On parle de plus de 1 000 tonnes d’or et autres monnaies.

330 : Il déjoue les attaques des places fortes qui défendent la route de Parsa Persépolis et en prend possession en janvier de la prestigieuse capitale historique.

330 printemps : Alexandre fait incendier le palais de Persépolis manifestant la fin de l’Empire achéménide. C’est aussi bien un message clair à l’attention des Perses qui refusent de se rallier à lui qu’un signe à l’attention des Grecs. L’incendie de Persépolis est preçue comme la vengeance de la destruction de l’Acropole par Xerxès lors de la seconde guerre médique.

Après l’assassinat de Darius par les siens, Alexandre se pose en successeur des Achéménides.

Une légende ne dit-elle pas qu’accourant au chevet de Darius mourant, il aurait été désigné par lui comme son digne successeur. Cet enchainement d’événements, permet à Alexandre de se présenter maintenant comme le vengeur du Grand Roi et le point unitaire de tout l’Empire achéménide.

C’est la fin de la guerre panhellénique.

330 : Alexandre fait assassiner Parménion et son fils Philotas. Parménion était été un compagnon de Philippe II et son assassinat est ressenti durement par l’armée.

329 : Le satrape Bessos, assassin de Darius III Codoman, est mis à mort.

328 : Alexandre impose la proskynèse (prosternation) qui est un élément du cérémonial perse. La suite macédonienne et grecque refusent de la pratiquer

Assassinats de son ami et frère de lait Kleitos qui lui avait pourtant sauvé la vie à la bataille du Granique et de Callisthène, historien, l’un des biographe du conquérant et parent.

328-327 : hiver à Bactres, Alexandre épouse Roxane la fille d’un noble bactrien Alexandre recrute 30 000 jeunes Iraniens dans ses troupes.

327 : Alexandre, après une campagne difficile de trois ans, est maître des satrapies orientales.

Passe l’hiver sur le site de Kandahar.

Au printemps reprend sa marche vers la Bactriane, l’actuelle région de Kaboul.

Il passe à travers l’Indu-Kush couvert de neiges et de glaces.

Puis il franchit l’Oxus (Amou Daria) et pénêtre en Sogdiane dont la capitale en Maracanda.

Il poursuit vers l’Iaxartes (Syr Darya).

327 : à la fin du printemps , il repasse l’Indu-Kush s’arrête sur le site d’Alexandrie du Caucase puis se dirige à l’automne vers l’Indus pour soumettre l’Inde. Darius Ier a conquis l’Inde vers 512, mais sa domination n’a jamais été bien établie.

326 : Passage de l’Indus

Printemps

Eté : Victoire sur le roi Poros, sur les bords de l’Hydaspe, nord ouest de l’Inde. Celui-ci disposait pourtant de ses fameux éléphants. à Alexandre qui lui : demandait comment il voulait être traiter, il répondit : "comme un roi". Ce qui fut fait. Ou presque, il devient vassal d’Alexandre et lui resta fidèle.

Bucéphale, le cheval favori d’Alexandre périt dans la bataille, Alexandre fonde une ville à son nom, ainsi que la ville de Nicée (l’actuelle Mong) en hommage à la déesse de la Victoire.

Automne Les soldats refusent de continuer plus loin.

Alexandre est contraint d’abandonner son souhait de se rendre jusqu’à l’embouchure du Gange.

Pour ne pas perdre la face, il offre un sacrifice aux Dieux sur les bords de l’Hyphase, les présages ne seront pas favorables, d’où il décidera officiellement de renoncer à cette expédition qui l’aurait mené jusqu’à atteindre la mer extérieure à l’extrémité orientale du monde connu, habité.

Hiver Descente de l’Indus ;

325 : Il divise son armée en trois ;

Cratère prend la route traditionelle qui relie l’Inde à l’Iran par la passe du Bolan et Alexandrie d’Arachosie (Kandahar). Néarque est à la tête de la flotte s’engage sur la route maritime de l’Indus au golfe Persique jusqu’à l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate.

Alexandre suit la côte en passant par le désert de Gédrosie (Baloutchistan) et reprend la route de la Perse.

324 :

Janv. : Alexandre fait restaurer le tombeau de Cyrus à Pasargades.

Fév. : Les noces de Suse, Alexandre voulait que les Macédoniens et les Perses : s’unissent. Environ 10 000 soldats épousent des Perses.

Mars : Alexandre épouse le même jour Parsinée (Parysatis) la fille d’Artaxerxès : III et Stateira, fille de Darius III Codoman.

Il se conforme ainsi aux coutumes perse de polygamie.

Alexandre est entouré d’une garde macédonienne et d’une garde perse.

Le mécontentement des Macédoniens s’emplifie devant les privilèges accordés aux perses.

Automne : Héphaistion meurt à Ecbatane. Achille auparavant lui avait décerné le titre achéménide de Chiliarque.

Alexandre fait dresser un monument funéraire de très grande importance.

323 (Printemps) : Alexandre retourne à Babylone où il reçoit des ambassades grecques.

323 : Alexandre prépare la conquête de l’Arabie ou la cote Arabe du golfe persique.

3 juin 323 Alexandre est pris de fièvre après un banquet, il fixe néanmoins le départ de l’expédition Arabe au 22 et 23 juin.

13 juin 323 Alexandre meurt à Babylone.

Empire d’Alexandre le Grand

2.2 Notes Début de page






3. Bibliographie Début de page





4. Textes et Éncartés

4.1 Table des matières des sujets Début de page

Apologie de Socrate - Platon – Texte intégral du livre
Criton, dialogue entre Criton et Socrate - Platon – Texte intégral du livre

Héritage de la Grèce
Histoire de la Démocratie
La Démocratie athénienne
La littérature grecque
La pensée jusqu’à et après Aristote
Le véritable « père de l’histoire »
L’éducation, le mythe de Protagoras
Les royaumes hellénistiques
Mœurs de la Grèce Antique
Platon Aristote
Platon contre Aristote : La République contre l’oligarchie
Platon
Précepte de la morale des stoïciens
Socrate

Référence publication :
Avant-propos
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Alexandre le Grand et L’Alexandrie

Alexandrie
Antoine Godbert

Alexandre et L’Égypte
François Querrec

Alexandre et l’Empire perse
François Querrec

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Antoine Godbert – François Querrec Début de page
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